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Politiques sectorielles / Marché intérieurImprimer l'article | ![]() SchengenBonne nouvelle : on ouvrira (peut-être) la frontière franco-belgePar Pierre Lemoine | lundi 28 juin 2010
![]() On a fêté en juin dernier les 25 ans du premier accord signé à Schengen entre cinq pays pionniers de la construction européenne (Allemagne, Benelux, France), concrétisation du principe de libre circulation des personnes et des marchandises. Même s’ils sont nés hors du cadre communautaire, par le biais d’arrangements de type intergouvernemental classique, les accords de Schengen, signés aujourd’hui par 25 États membres de l’Union européenne, traduisent aussi une volonté de rapprocher l’Europe de ses citoyens. Touristes, transporteurs ou hommes d’affaires ont pu finalement apprécier la disparition des interminables queues de véhicules aux points de passage. « Finalement », car la lenteur de mise en œuvre de cet effacement des frontières physiques a souvent affadi l’avancée qu’il constituait. Ainsi, dix ans ont passé (1985-1995) entre leur signature et leur début de mise en œuvre. Depuis l’ouverture progressive des frontières en 1993, dix-sept ans se sont écoulés. Et le goulot d’étranglement du trafic automobile est toujours présent à la frontière franco-belge sur l’autoroute Bruxelles-Paris (E 19), obligeant les automobilistes à réduire leur vitesse de 120 km/h à 10 km/h, sans raison apparente. Est-ce pour obliger à marquer une « minute de silence », à se souvenir des limites physiques qui nous séparaient, en mémoire des guerres ou des contrôles douaniers qui se résumaient souvent à la question stérile : « Rien à déclarer ? Alcool, cigarettes ? ». Venant de Belgique par l’autoroute, on entre aux Pays-Bas ou en Allemagne sans devoir ralentir, avec la même facilité pour passer les frontières internationales que pour franchir des limites régionales et entrer en Andalousie, en Bourgogne, en Écosse ou en Moravie. Hormis la présence d’un panneau de bienvenue, la voie est libre de tout obstacle rappelant les frontières d’avant-Schengen et d’avant-guerre. Pour passer de Belgique en France, des chicanes en béton ralentissent encore le trafic sur deux autoroutes, vers Lille (à hauteur de Baisieux) et vers Paris (entre Mons et Valenciennes). Comme toute survivance de barrières physiques, ces chicanes ont sûrement une raison d’être et ne sont probablement pas les derniers vestiges des frontières intérieures de l’Union. Mais elles détonnent beaucoup dans le paysage de 2010. Tout particulièrement dans cette région d’Europe, qui fut pionnière en réunissant en 1987 le Kent et le Nord-Pas-de-Calais dans l’Eurorégion Transmanche, étendue en 1991 à la Flandre, la Wallonie et Bruxelles-Capitale. L’Eurorégion, qui n’est pas un nouveau type d’administration, visait à saisir les retombées du tunnel sous la Manche et des grandes infrastructures ferroviaires, fluviales et autoroutières pour favoriser localement les échanges économiques, scientifiques, culturels et humains dans un creuset d’amitiés transfrontalières. L’ancien poste frontière autoroutier d’Hensies (Hainaut) sur l’E19 est particulièrement connu des automobilistes par la « poignée de main » monumentale en béton (œuvre du sculpteur belge Jacques Moeschal) qui le domine depuis 1972 et symbolise l’amitié franco-belge. Les pouvoirs publics y maintiennent des bâtiments délabrés et les fameuses chicanes en béton. Le ministère wallon de l’Équipement a promis depuis des années une réhabilitation du site en friche, mais le projet a plusieurs fois avorté. Selon nos informations, il pourrait passer à l’acte à l’automne 2010. Mais l’échelon régional est-il seul responsable ? L’échelon national, la France voisine, la Commission européenne n’ont-ils pas réalisé que, politiquement et symboliquement, les barrières physiques ralentissent aussi la construction européenne, brident l’évolution des mentalités, freinent l’essor de la citoyenneté européenne ? Il faut espérer que la présidence belge de l’Union européenne aura à cœur de faire sauter les derniers verrous. Juste à temps, avant la sortie annoncée pour février 2011 d’un film du Français Dany Boon, avec l’acteur belge Benoît Poelvoorde, dont l’action se situe en janvier 1993. Les deux hommes jouent deux douaniers, l’un belge, l’autre français, qui viennent d’apprendre la disparition de leur poste frontière. Ils sont contraints d’inaugurer la première brigade volante mixte franco-belge et de sillonner les routes de campagnes en mission d’interception à bord d’une Renault 4L. Le film s’appelle… « Rien à déclarer ». Que vous soyez bon public ou non, ce film risque d’être populaire. Les frontières à l’ancienne, il vaut mieux en rire. |
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