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Éducation/formation

L’apprentissage à la suisse, un modèle pour l’UE

Par Sophie Petitjean | jeudi 19 avril 2012

Le modèle d’apprentissage suisse, axé majoritairement sur la formation en entreprise, est souvent cité en exemple par ses voisins européens. Et pour cause, la Confédération affiche un taux de chômage des jeunes de 3,4 % (taux équivalent à celui de la population active) et d’abandon scolaire de 7,6 %, alors que la moyenne européenne pour ces deux indicateurs atteint, respectivement, 22,4 % et 14,4 %. «  En Suisse, la grande majorité des jeunes apprennent à travailler dans un environnement professionnel, avec une équipe, et cela explique partiellement le faible taux de chômage de la Suisse », explique François Baur, représentant du patronat suisse à Bruxelles.

Le système éducatif suisse permet aux étudiants, après leur scolarité obligatoire, de poursuivre une formation générale ou d’entamer une formation professionnelle. Deux tiers des jeunes optent pour cette dernière option, dont la caractéristique principale est de faire alterner l’apprentissage à l’école et le travail en entreprise. Ils suivent un à deux jours de cours dans une école de formation professionnelle et passent le reste de la semaine dans une entreprise. La relation de travail est encadrée par un contrat d’apprentissage, dont la bonne mise en œuvre est surveillée par des commissions d’apprentissage. Selon le baromètre des places d’apprentissage, en 2010, 87 000 places d’apprentissage ont été attribuées, tandis que 6 500 places sont demeurées vacantes. Les formations professionnelles les plus choisies - parmi les 230 disponibles - sont celles relative au commerce et à la santé. Toutefois, entre 2010 et 2020, on peut s’attendre à une baisse des effectifs d’entrants de quelque 6 %, selon l’Office fédéral de la statistique.

LES « 3 P » DU SUCCÈS

La Suisse n’est pas la seule à proposer des formations professionnelles, cette formule étant également répandue au Danemark, en Autriche, en Allemagne et aux Pays-Bas. Toutefois, le système suisse se distingue à travers plusieurs particularités.

On pourrait parler des « trois P » pour perméabilité, partenariat et profit. La Confédération met en effet un point d’honneur à assurer la perméabilité de ses filières afin de laisser la possibilité aux apprenants de suivre ultérieurement des offres de formation plus exigeante ou de changer d’activité durant leur vie professionnelle sans perdre de temps. Le partenariat entre les entreprises, les associations professionnelles, l’État et l’école est un autre ingrédient du modèle suisse. Selon François Baur, c’est même la clé du succès. «  Les fédérations professionnelles sectorielles participent à l’élaboration des programmes scolaires. L’avantage, c’est que les programmes sont à la pointe des derniers développements dans la branche et que les qualifications sont reconnues par l’ensemble de la profession ».

Enfin, la troisième caractéristique est le profit partagé. Sur le site web www.formationprofessionnelleplus.ch, qui sensibilise les jeunes et les entreprises aux possibilités de la formation professionnelle, on peut lire : «  La formation d’apprentis est une activité rentable : deux tiers des apprentissages génèrent un bénéfice net au terme de la formation (selon une étude datant de 2004, les coûts bruts de formation se montent à 3,9 milliards d’euros, contre 4,3 milliards d’activités productives de la part des personnes en formation (soit 4,7 milliards de francs suisses contre 5,2 milliards). Outre les aspects purement économiques, il y a de nombreuses autres raisons de s’engager dans la formation professionnelle : 1. Former aujourd’hui, c’est avoir suffisamment de personnel qualifié demain ; 2. Former, c’est un bon calcul puisque les apprenants sont productifs et contribuent au succès de l’entreprise ; 3. Former, c’est être dans l’air du temps grâce à une touche jeune ; 4. Former, c’est soutenir l’économie et la société ; 5. Former, c’est renforcer son image ». Les entreprises formatrices reçoivent en particulier une vignette signalant leur engagement dans le domaine de la formation professionnelle.

Pour Calixe Cathomen, ancien apprenant aujourd’hui dessinateur en bâtiment, le système d’apprentissage suisse offre de nombreux avantages : «  Dans certains pays européens, l’apprentissage est totalement dévalorisé par rapport aux formations universitaires. En Suisse, c’est également le cas mais dans une moindre mesure. Moi, je suis titulaire d’un certificat fédéral de capacité (quatre années d’apprentissage, Ndlr) et je pense que cela m’a ouvert des portes. Cela m’a en tout cas apporté une certaine reconnaissance. (...) D’une manière générale, je dirais que les gens qui obtiennent leur certificat fédéral de capacité trouvent plus facilement du travail qu’un ouvrier lambda, grâce à leur connaissance du terrain » affirme-t-il. Néanmoins, les premières années n’ont pas été simples, nuance-t-il : «  Au début, je gagnais très peu. La première année, j’ai reçu quelque chose comme 200 euros. Cette somme a ensuite augmenté avec les années, pour atteindre 1 000 euros au bout de la quatrième année. Tout cela est normalisé à travers des tarifs minimaux, mais ça n’empêche pas certaines entreprises de prendre des apprentis parce que cela leur coûte moins cher qu’un employé plus âgé ».

UNE SOURCE D’INSPIRATION

À la différence de la Suisse, l’Union européenne dispose d’un système d’apprentissage relativement peu développé. Certains pays – comme la Suède, l’Espagne, la Finlande, la Grèce, l’Italie, la France, le Royaume-Uni, le Portugal et la Belgique - se limitent tout simplement à proposer des filières théoriques.

S’inspirant partiellement du modèle suisse, la Fédération européenne des employeurs privés, Business Europe, a adressé le 6 mars dernier une série de recommandations pour améliorer la qualité et l’image de l’apprentissage et ainsi réduire le taux de chômage des jeunes. Elle demande d’abord à l’Union européenne de réserver une part minimum du Fonds social européen (FSE) et du programme « Erasmus pour tous » pour donner un coup de pouce aux États membres qui souhaitent mettre en place, réformer et/ou élargir leur système d’apprentissage dual.

Business Europe émet ensuite une série de recommandations à l’attention des États membres : ainsi, pour recevoir des fonds communautaires, les États membres devraient offrir un système éducatif performant qui prépare les élèves à l’apprentissage en entreprises ; établir les conditions cadres pour les systèmes d’apprentissage dual ; et intégrer la formation en entreprises dans les systèmes éducatifs. Enfin, les organisations d’employeurs sont invitées à contribuer à l’élaboration des programmes d’étude et à sensibiliser les entreprises aux avantages de l’apprentissage dual. Les entreprises, de leur côté, sont encouragées à assurer des stages de qualité, à signer un contrat avec l’apprenti et à encourager les employeurs à partager leur expérience comme ancien apprenti. Pour François Baur, il importe avant tout de changer les mentalités. «  Les entreprises doivent comprendre qu’il est dans leur intérêt de prendre des apprentis et les fédérations professionnelles doivent s’investir. Il ne faut pas faire tout le travail à leur place, mais plutôt mettre à disposition le cadre nécessaire pour développer l’apprentissage. Une idée pour certains pays pourrait être de favoriser la possibilité pour les entreprises de déduire certaines dépenses liées à la formation d’apprentis » explique-t-il.

Avec la montée du chômage des jeunes en Europe, les Vingt-sept et la Commission semblent de plus en plus enclins à promouvoir l’apprentissage, même s’ils rappellent qu’il n’existe pas de solution unique convenant à tous. «  Chaque pays doit adopter des mesures personnalisées en fonction de sa conjoncture socio-économique » estime-t-on à la DG Education et Culture de la Commission. Cette dernière pourrait toutefois soutenir cette approche dans ses recommandations par pays, qu’elle présentera en juin 2012.

Autres collaborations UE-Suisse

La Suisse participe depuis le 1er janvier 2011 au programme-cadre européen d’éducation et de formation tout au long de la vie (LLP), qui se compose des programmes Erasmus, Leonardo da Vinci, Comenius et Grundtvig. Elle a d’ores et déjà annoncé sa volonté de participer à la nouvelle génération de programmes Erasmus for All 2014-2020. Parallèlement, la Confédération élabore actuellement un cadre national des certifications (CNC-CH) et de suppléments aux diplômes de la formation professionnelle afin de répondre aux objectifs du processus de Copenhague. Cette dernière est une stratégie de l’UE en faveur du renforcement de la collaboration internationale dans le domaine de la formation professionnelle et d’une amélioration de la comparabilité, de la transparence et de la perméabilité dans la formation générale et dans la formation professionnelle.



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