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Service diplomatique

SEAE : nouveaux couacs avant le vote d’approbation

Par Pierre Lemoine à Strasbourg | mercredi 07 juillet 2010

Entre la Haute représentante Catherine Ashton et le Parlement européen, ce n’est pas le grand amour. Le Président du PE Jerzy Buzek avait cru bien faire en organisant le 8 juillet à 10h une rencontre entre elle et les présidents des groupes politiques, comme il y a déjà eu des réunions à ce niveau avec d’autres dirigeants. La rencontre était prévue juste avant le vote devant intervenir jeudi midi en plénière pour approuver l’accord de compromis sur le nouveau service européen d’action extérieure (SEAE). Devant le peu d’enthousiasme de certains présidents, selon leur entourage, cette rencontre a finalement été annulée mercredi.

Diplomatiquement, dans certains groupes parlementaires, on explique que tout aura été dit la veille dans le débat en plénière et qu’une telle rencontre sera davantage nécessaire en septembre. D’autres sources expriment un mécontentement assez répandu qui précède le vote de jeudi annoncé comme positif mais organisé sous le forcing conjugué de la Haute représentante, du Conseil, des capitales européennes et des parlementaires européens signataires du compromis du 21 juin à Madrid (Europolitique n° 4003) pour ne pas davantage retarder le processus. Des dissensions se sont faites jour aussi au sein du Parlement européen.

Parmi les mécontents, le libéral allemand Alexander Graf Lambsdorff est le plus explicite. Pour lui, le vote de ce jeudi est carrément un «  affaiblissement » de la capacité du Parlement européen à négocier des points substantiels ; il aurait préféré un vote à l’automne englobant des points techniques non encore décidés. L’élu ADLE attendait du débat en plénière des éclaircissements importants notamment au sujet de ceux qui seront les vrais «  représentants politiques » de la Haute représentante et au sujet de la «  direction de la gestion des crises » dont la forme encore floue lui paraît contenir le risque de voir se développer «  un Etat dans l’Etat ». Et cela d’autant plus que cette direction reviendrait encore à un Français.

Le parlementaire allemand est particulièrement remonté contre le ministère des affaires étrangères de son pays qui n’a pas su prévenir ce qu’il considère comme une mainmise du Royaume-Uni et de la France sur le SEAE. Il dénonce en particulier le fait qu’on trouve des Britanniques et des Français du haut en bas de la pyramide. Aux échelons supérieurs, le Royaume-Uni a obtenu quatre postes : la Haute représentante, son chef de cabinet, le chef du Centre de situation ou SitCen, agence de renseignement de l’UE, et le chef du personnel, qui n’est évidemment pas un emploi administratif. La France a le secrétaire général, le responsable de la gestion de crises au cabinet de la Haute représentante, le directeur de la gestion de crise et du planning (CMDP) et le chef des missions PSDC. Face à ces huit poids lourds, l’Allemagne devrait se contenter d’avoir, dans les sphères dirigeantes, un seul représentant : une secrétaire générale adjointe. Le député allemand passe sous silence le fait que les autres Etats membres de l’UE (il y en a 24 autres) n’ont plus, dans ces conditions, à se partager que des miettes.

Enfin, M. Lambsdorff écrit dans un communiqué que «  l’accord (trouvé à Madrid) est incompatible avec la question de savoir si les diplomates nationaux détachés seront autorisés à rester fonctionnaires du SEAE ». «  Si l’on parvenait à construire au sein du SEAE un véritable esprit d’équipe, explique-t-il, ceux qui voudraient rester devraient avoir la possibilité de le faire, comme le Bundestag et le Parlement européen le demandent. Nous voulons un service européen qui offre à ses membres des perspectives, nous ne voulons pas des conflits de loyauté et de contrôles à distance depuis les capitales nationales ».

Si aucun contretemps ne vient s’y ajouter, les ministres des affaires étrangères des Etats membres devraient prononcer formellement la mise en place du SEAE dès juillet. A l’automne auront lieu de nouvelles négociations sur le projet de budget et le statut du personnel, deux sujets sur lesquels le Parlement européen a pleinement son mot à dire, et pas seulement les Etats membres, puisqu’il s’agit d’un service… européen, censé diriger une politique… européenne.



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