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Politiques externes / Réformes institutionnellesImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Poul Christoffersen, conseiller spécial de Catherine Ashton sur le SEAE

« Nous devons gagner la confiance des Etats membres chaque jour sur des sujets très sensibles »

Propos recueillis par Chiade O’Shea | lundi 19 juillet 2010



Le conseiller spécial de la Haute représentante Catherine Ashton sur le Service européen d’action extérieure (SEAE), Poul Christoffersen, est confiant dans le fait que le nouveau service diplomatique pourra être opérationnel en décembre 2010. Selon lui, les délégations européennes sur le terrain devront être des postes avancés qui communiquent et expliquent les politiques : la représentation de l’UE dans les pays tiers sera l’un des plus grands défis du SEAE.

A quel moment avez-vous su que vous aviez remporté les négociations avec le Parlement ?

Même lors de la première rencontre quadrilatérale (SEAE, Parlement, Commission et présidence du Conseil), nous avons eu le sentiment d’évoluer vers un accord. J’ai eu des contacts avec le Parlement dès le début du processus ce qui m’a permis d’avoir meilleur espoir que les autres quant à la possibilité d’arriver à un résultat positif. Je pense en toute objectivité que c’est une décision qui est meilleure que notre proposition initiale.

Pensez-vous que le SEAE sera opérationnelle à la date du 1er décembre 2010 ?

Jusqu’à présent nous avons réussi à respecter le calendrier. Il est vrai que nous ne pouvons pas faire grand-chose sur la seule base de la décision du Conseil établissant le SEAE car, dans une certaine mesure, c’est une coquille vide tant que nous n’aurons pas adapté le règlement sur le personnel, celui sur le financement, et le budget pour 2010. Mais nous allons y travailler. Nous espérons que la question du budget supplémentaire sera réglée pour le 1er octobre et qu’ensuite nous pourrons recruter le personnel de haut niveau. Notre intention est de commencer par les postes les plus élevés : le secrétaire général, les secrétaires généraux adjoints et plusieurs directeurs généraux.

Quels sont les grands défis pour les nouvelles délégations européennes sur le terrain ?

Le gros du travail que nous effectuons actuellement est celui des délégations de la Commission. Mais il faut noter que les délégations de la Commission se concentrent actuellement dans une large mesure sur l’aide au développement et le commerce. Il y a eu des domaines très spécifiques et jusqu’à présent très peu de personnes s’occupaient de ce que l’on peut qualifier de travail diplomatique général, dans le vieux sens du terme. Il faut donc s’atteler maintenant à une tâche énorme, à savoir faire en sorte que ces délégations puissent remplir leurs nouvelles tâches. L’une d’entre elles est la représentation de l’UE dans les pays tiers, un rôle qui jusqu’ici était assuré par les Etats membres via la présidence du Conseil. Il faut donc augmenter sensiblement notre personnel dans ces lieux.

Sera-t-il désormais plus facile de convaincre les Etats membres d’agir en tant qu’Union, plutôt que bilatéralement, dans le domaine des affaires étrangères ?

Il est essentiel de créer un service dans lequel les Etats membres ont confiance. Quand on parle de politique étrangère et de sécurité, on parle d’un domaine politique qui est encore intergouvernemental avant tout. Nous devons gagner la confiance des Etats membres chaque jour sur des sujets très sensibles.

Quel sera le rôle des délégations de l’UE dans les régions où d’autres grands acteurs sont présents, comme un Etat membre avec une relation spéciale, une autre grande puissance ou une organisation internationale ? Par exemple, au Pakistan où le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les Nations unies ont déjà établi leur rôle et signent de gros chèques ?

Nous devrons trouver notre rôle mais la comparaison peut être à notre avantage. Premièrement, elle peut l’être par rapport aux Etats-Unis, dans le sens où nous pouvons opérer dans des domaines où les Américains ne le peuvent pas, comme en Iran. Pour citer l’exemple du Pakistan, ce que nous faisons dans le domaine des exportations de textiles pakistanais est bien plus important que les sommes que le Royaume-Uni et les Etats-Unis peuvent offrir dans le cadre de l’aide bilatérale. Nous avons aussi des instruments que personne d’autre ne possède, comme notre capacité de gestion de crise civile et militaire. Et, enfin, il y a des domaines où nous ne pouvons tout simplement pas compter sur les autres : les Balkans et notre voisinage en général.

Diriez-vous donc que les délégations de l’UE s’éloignent du commerce et de l’aide pour se diriger vers une mission plus diplomatique ?

Je n’aime pas le mot « diplomatique » car il peut laisser entendre que nous avons besoin d’un travail diplomatique classique. Mais la tâche principale de nos délégations devrait être de promouvoir nos politiques. Il ne s’agit pas non plus de se contenter d’étendre leur travail. Pour moi, nos délégations doivent être des postes avancés qui communiquent ce que nous voulons réaliser et expliquent nos politiques. Il ne s’agit pas de changer nos politiques mais de faire en sorte qu’elles soient mieux comprises.

Que faudra-t-il pour que le SEAE puisse fonctionner à sa pleine capacité, quelles sont les dernières étapes ?

Nous pensons qu’il faudra trois ans pour que le personnel soit en place. Dans certains domaines, il faut développer de nouvelles fonctions. Ainsi, par exemple, il sera important de convertir les bureaux africains afin qu’ils ne s’occupent plus uniquement de coopération au développement pure et simple mais de la relation globale avec ce pays.

C’est donc cette réalité qui sous-tend concrètement les termes « cohérence et coordination » ?

Oui, et nous devons aussi développer une unité au sein de laquelle nous assumerons sérieusement cette responsabilité de la coordination de la politique extérieure de l’UE. Nous aurons besoin d’une autre unité qui assurera une réflexion plus conceptuelle et stratégique sur la politique extérieure. Ici aussi il faudra tout créer car cela n’existe pas encore.



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