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Institutions / Réformes institutionnellesImprimer l'article | ![]() Le respect des règles, premier problème de l’UEPar Pierre Lemoine | vendredi 09 mars 2012
La Grèce maintenue en coma artificiel, l’Italie et l’Espagne retrouvant des taux d’intérêt normaux, les Etats promettant tous des réformes structurelles pour retrouver la stabilité budgétaire, l’Union européenne s’engage lentement vers la sortie de crise de la dette. Mais, semaine après semaine, rien n’indique que les 27 veulent « mettre le paquet » pour sortir de la crise économique. La Grèce a réussi (le 8 mars) à convaincre ses créanciers privés d’accepter un rabais de 53,5 % contre de nouveaux titres (à 3,5 %) qui arriveront à échéance dans 20 ou 30 ans. Après avoir longtemps refusé une restructuration de la dette grecque, les banques et consorts avaient commencé en juillet 2011 à envisager de perdre 20 %, puis 50 % fin 2011. Il a fallu tout ce temps pour organiser le « défaut ordonné et partiel » du pays. Ce n’est qu’une partie du problème. La Grèce, Etat tricheur et désorganisé, reçoit de l’UE une nouvelle piqûre de 130 milliards d’euros. Pour le reste, on continue de lui imposer l’austérité, la récession et une baisse sévère du niveau de vie de la population. Le spectre d’une faillite totale et d’une sortie de la Grèce de la zone euro est repoussé. Il faut maintenant mettre en place le Mécanisme européen de stabilité susceptible de venir en aide à d’autres Etats en difficulté (un sujet pour l’Eurogroupe et l’Ecofin). C’est avant fin mars que l’Allemagne devrait abandonner sa résistance à l’augmentation d’une dotation du MES, ce futur « FMI européen », qui passerait de 500 à 750 milliards d’euros. La chancelière allemande cèderait à la pression internationale, malgré des oppositions radicales dans son pays, y compris au sein de sa coalition gouvernementale. Après avoir soufflé le chaud pendant quatre mois (en lâchant mille milliards d’euros aux banques), la Banque centrale européenne a soufflé le froid en annonçant (le 8 mars aussi) le retour de la priorité à la lutte contre l’inflation. C’est un coup d’arrêt à la politique monétaire accommodante qui a donné aux banques un coup de pouce salutaire au risque de déplaire à l’Allemagne (Jens Weidman, président de la Bundesbank, aurait mis en garde à ce sujet le président de la BCE, Mario Draghi, par écrit). Ce retour à l’orthodoxie allemande anti-inflation s’explique de deux manières. Primo, l’inflation dans l’UE sera de 2,4 % en 2012 (contre une estimation de 2 % en décembre) et de 1,6 % en 2013 (contre 1,5 %) : elle résulte de la hausse des prix de l’énergie et de celle de la TVA que certains Etats ont jugé nécessaire pour retrouver des recettes. Couplée à un ralentissement économique plus marqué que prévu, elle est un poison dangereux pour l’économie européenne. Secundo, les banques ont reçu assez d’argent pour se refinancer. Dans sa conférence de presse mensuelle, Mario Draghi a noté que sur les 800 banques qui s’étaient rassasiées à sa deuxième distribution d’argent frais en février, 460 étaient des établissements allemands, pour la plupart de très petites banques, celles auxquelles s’adressent les entreprises locales. Et quand on sait que l’Allemagne doit sa santé exportatrice à son tissu de PME, la remarque de l’habile président italien de la BCE est un joli clin d’œil au sourcilleux président de la Buba. La Commission européenne est furieuse du dérapage des comptes publics espagnols et néerlandais. Jusqu’où ira-t-elle pour obliger ces Etats à suivre scrupuleusement leurs engagements ? Si les explications du Premier ministre espagnol semblent sincères (voir article séparé), osera-t-elle appliquer des sanctions, comme elle a fini par en menacer la Hongrie ? C’est bien de cela dont il s‘agit dans le « pacte budgétaire » signé (mais non ratifié) par 25 Etats. Que se passera-t-il quand d’autres Etats déraperont ? N’est-ce pas l’Allemagne et la France qui ont été les premières à s’affranchir des règles communes ? Le premier problème de l’UE, estime-t-on dans les rangs du Parlement européen, est qu’elle a du mal à faire appliquer ses propres règles. Ceci vaut non seulement pour les comptes publics mais pour l’ensemble des politiques communes. Réunis ces derniers jours en séminaire à Palma de Mallorca, des députés du camp majoritaire (PPE) ont déploré une nouvelle fois que nombre d’Etats ne transposaient pas les directives européennes, que, bien souvent, les transpositions dévoyaient les intentions premières et que les mises en application n’étaient ni respectées, ni sérieusement surveillées. Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur (ce même marché qu’on essaie de finaliser depuis vingt ans), a dû avoir les oreilles qui sifflaient quand les élus commentaient le peu de conviction des Etats à répondre à son appel en faveur d’une « initiative de croissance ». Mêmes remarques pour ses « project bonds », des emprunts mutualisés des Etats pour financer des « investissements d’avenir ». Ou encore pour toutes propositions visant à faciliter la vie des PME qui, aux dires des groupes PPE ou ADLE (les plus en flèche sur le sujet), représentent 60 % de la « valeur ajoutée de l’Union européenne ». |
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