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Elections françaises

La victoire de Hollande ravive l’espoir d’un « pacte de croissance »

Par Gaspard Sebag et Nathalie Vandystadt | lundi 07 mai 2012

La volonté de François Hollande de réorienter la construction européenne vers la croissance a été saluée par plusieurs de ses homologues, dont beaucoup espèrent que son élection à la présidence française, le 6 mai, va inciter à s’écarter de la politique d’austérité surtout défendue par la chancelière allemande Angela Merkel. Serait ainsi envisagé un pacte de croissance pour compléter le « pacte budgétaire » visant à renforcer la discipline budgétaire au niveau national. Une grande partie de son contenu dépendra de la nouvelle relation franco-allemande.

Après sa victoire contre Nicolas Sarkozy, M. Hollande a annoncé qu’il soumettrait fin mai à ses homologues européens ses propositions pour un «  pacte de responsabilité, de croissance et de gouvernance » en vue du Conseil européen des 28-29 juin. «  L’austérité ne peut plus être la seule option », a-t-il affirmé.

Mais l’appel du nouveau président socialiste pour une renégociation du pacte budgétaire a été catégoriquement rejeté par la chancelière allemande. Les dirigeants de vingt-cinq Etats membres ont signé le nouveau traité, qui restera en dehors de l’architecture de l’UE, et trois pays l’ont déjà ratifié. Il s’agirait donc de lancer plutôt un «  pacte de croissance » au niveau de la zone euro, comme l’a suggéré le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi. Ceci semble convenir à Berlin : «  nous allons oeuvrer ensemble [avec Hollande] sur un pacte de croissance pour l’Europe », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle. La grande question sera quel type de mesure mettre en avant pour encourager la croissance.

Stimuler la croissance via le modèle keynésien est cependant hors de question : «  les moyens ne peuvent être des dépenses publiques supplémentaires, puisque nous voulons les maîtriser, ni des allègements fiscaux, qui nous sont interdits », a déclaré M. Hollande sur Slate.fr. Tout au long de sa campagne, il a mis en avant quatre propositions au niveau européen : augmenter le capital de la Banque européenne d’investissement (BEI), introduire une taxe sur les transactions financières (TTF), remobiliser les fonds structurels en faveur de la croissance et créer des euro-obligations ou des emprunts obligataires pour le financement de projets. Les positions de M. Hollande et de Mme Merkel sont très éloignées sur ce dernier point, qui signifierait soit une mise en commun de la dette intérieure, soit une plus grande implication de la BCE. Il faudra trouver des terrains d’entente car le nouveau président français ne se satisfera sans doute pas de mesures de croissance non contraignantes comme ce fut le cas durant le Conseil européen de mars. Mme Merkel a déjà invité M. Hollande à Berlin pour une rencontre prévue dans un délai d’une semaine au plus tôt.

Le rééquilibrage des politiques d’austérité préconisées en Europe en vue de la croissance a été salué dans plusieurs capitales et au niveau européen. Le Premier ministre italien Mario Monti a dit espérer une coopération plus étroite ciblant «  une union de plus en plus efficace et orientée vers la croissance ». «  Nous avons clairement un objectif commun : relancer l’économie européenne pour générer une croissance durable, reposant sur des bases saines et source de nouveaux emplois. Il nous faut maintenant transformer ces aspirations en actions concrètes », a déclaré José Manuel Barroso.

Le président intérimaire du PSE, Sergei Stanishev, a qualifié le résultat des élections présidentielles françaises de «  rejet profond de la folie Merkozy qui a étouffé la croissance économique européenne durant les deux dernières années ». La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, qui assure la présidence tournante de l’UE, a dit espérer une coopération «  bénéfique et étroite » avec M. Hollande.

Les dirigeants du PPE, le parti de M. Sarkozy, ont salué sobrement la victoire socialiste. Le porte-parole du Premier ministre britannique David Cameron a félicité M. Hollande et a insisté sur la volonté de continuer à «  construire la relation très étroite qui existe déjà entre le Royaume-Uni et la France ». Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol, a évoqué son «  obligation » de s’entendre avec le nouveau président.

Au Parlement européen, le président PPE Joseph Daul (France) a encouragé M. Hollande à maintenir la relation spéciale de la France avec l’Allemagne et à se concentrer sur la méthode communautaire plutôt que sur la méthode intergouvernementale préférée par M. Sarkozy. Le leader de l’ADLE Guy Verhofstadt (Belgique), qui dirige le groupe ADLE, espère que M. Hollande pourra redynamiser le projet européen et donner un élan décisif à son projet fétiche, la création d’euro-obligations. Enfin, tout naturellement, le leader S&D, Hannes Swoboda, a salué la victoire du candidat socialiste français et la chance d’un virage vers la croissance.

Nicolas Sarkozy est le onzième dirigeant de la zone euro à être éjecté du pouvoir depuis le début de la crise de l’euro.

La grande question sera quel type de mesure mettre en avant pour encourager la croissance  

La Commission prête au débat sur la croissance

Après avoir salué le «  président capitaine » qu’était, selon lui, Nicolas Sarkozy sur la scène européenne, le commissaire français Michel Barnier (Marché intérieur) a dit ne pas s’étonner de la volonté de François Hollande de lancer un débat sur la croissance à l’échelle européenne. Il y a même «  urgence » à le faire, a-t-il estimé devant la presse française, «  dès l’instant où l’on ne touche pas au pacte budgétaire, à la règle d’or, au semestre européen », autrement dire à l’arsenal européen de contrôle des déficits budgétaires nationaux. A l’occasion de rencontres entre les deux hommes, le nouveau président français «  a dit qu’il respecterait les engagements de maîtrise des déficits », a insisté M. Barnier. S’agissant du débat sur la croissance, «  la Commission s’y est préparée », a précisé le commissaire, citant les projets du collège visant à mieux dépenser les milliards affectés aux fonds structurels, à renforcer l’efficacité de la BEI et à lancer des emprunts mutualisés (Project Bonds) pour financements des grands réseaux d’infrastructures. Il plaide aussi pour une politique industrielle européenne. «  Mais je ne crois pas que l’on puisse faire de la relance par la dépense publique, pas massivement en tout cas. Il faut d’abord mieux utiliser l’argent disponible (…) en donnant de la force, au niveau des Vingt-sept, aux initiatives isolées », via les outils du marché intérieur européen, a conclu le commissaire.



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