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Entretien avec Flo Clucas, membre du Comité des Régions

La politique de cohésion : « le meilleur concept jamais conçu par l’UE »

Propos recueillis par Gaspard Sebag | lundi 02 avril 2012

Le Comité des Régions (CdR) veut s’assurer que la taille globale du cadre financier pluriannuel (CFP) 2014-2020 équivaudra au moins à 1 % du PIB de l’UE et que les dépenses de cohésion ne seront pas réduites. Pour faire passer ce point de vue, la Britannique Flo Clucas (ADLE), présidente de la commission ad hoc du CdR sur le budget de l’UE et membre du Liverpool City Council, construit des alliances avec des parties prenantes qui partageant les mêmes objectifs, par exemple des députés européens, et défend ses arguments auprès de représentants des Etats membres qui préconisent une réduction du budget à long terme.

Quel type de convergence existe-t-il entre le CdR et le Parlement européen à propos du CFP 2014-2020 ?

Nous soutenons la position du PE et il semble que nous soyons d’accord sur ce que nous voulons voir.

Comment allez-vous faire passer vos idées au Conseil ?

Simplement. Nous disons aux gouvernements nationaux « vous devez écouter ». Même si vous n’êtes pas d’accord vous devez entendre pourquoi.

Pourquoi donc ?

La raison pour laquelle les autorités locales et municipales vous diront que l’Europe peut faire ce que les Etats membres ne peuvent pas, c’est précisément parce qu’elle peut garantir un financement sur une longue période. Si c’est fait comme il faut, cela veut dire que ces secteurs peuvent planifier à long terme. La deuxième chose que l’Europe fait et que les Etats membres ne peuvent pas faire, c’est permettre la souplesse dans les règles sur les aides d’Etat. Pour une région plus pauvre ou de transition - j’espère que nous aurons des régions de transition après l’adoption de la prochaine enveloppe budgétaire à long terme - le taux d’intervention sera différent de celui appliqué aux régions qui s’en sortent mieux. Je pense que si les Etats membres veulent mettre le budget de l’UE à feu et à sang, ils le regretteront.

Mais pour que l’UE se dote d’un budget moderne, il faudra peut-être faire certains sacrifices économiques sur des priorités traditionnelles.

Tout dépend de ce que vous entendez par sacrifices économiques. Je pense qu’il faut un réexamen de la PAC (Politique agricole commune). Je vais vous donner un exemple : si vous êtes agriculteur, vous pouvez vendre votre droit et en obtenir un forfait de la part d’un investisseur. Je sais que durant les 2, 3, 5 ans suivants, cet investisseur récupérera sa mise 3, 4, 5 fois en termes de droit avec de l’argent provenant du budget de la PAC. Je pense que ce n’est pas juste. Je ne suis pas sûre non plus que les grandes industries agro-alimentaires devraient en bénéficier.

C’est donc là que vous procéderiez à des coupes ?

Je n’utiliserais pas le mot « coupes » car je pense qu’il faut un examen sérieux plutôt qu’une simple réduction. Par exemple, je ferais passer une grande partie vers le développement rural plutôt que le soutien agricole.

La politique de cohésion, selon moi, est le meilleur concept jamais conçu par l’Union européenne. Pas parce qu’il est sans défauts, car il en a. Mais parce que s’il est adéquatement utilisé, il joue un rôle considérable et quand il est possible d’arriver à cela avec un élément comme la politique de cohésion, ce qui est impossible aux Etats membres, il faut considérer que c’est un élément précieux, qu’il convient de peaufiner avec le temps et il faut faire en sorte que cela puisse continuer à fonctionner. C’est une des politiques qui réunit l’Union européenne, c’est un succès, cela fonctionne et j’aime cette politique.

Cette Union a besoin de croissance, d’emplois et d’investissements. Si ce que l’on voit, c’est un problème de croissance dans la plupart des Etats membres, alors il faut quelque chose qui donne un coup de pouce aux investissements du secteur privé. N’oublions pas que les compagnies d’assurance et les grands groupes nationaux et internationaux sont assis sur des milliards d’euros. Nous devons les inciter à investir. Si l’on peut utiliser les fonds structurels pour y arriver, si l’on peut s’appuyer sur les règlements relatifs aux aides d’Etat, dans les domaines où la politique de cohésion opère, alors il faut le faire ; c’est de cette façon que l’on va amener les gens à ne plus dépendre des allocations de l’Etat et donc à ne plus peser sur les budgets nationaux qui n’augmentent pas mais que l’on va aider ces pays à réduire le nombre de chômeurs.

Le PE souhaite un budget à long terme ambitieux pour l’UE et l’introduction de nouvelles ressources propres.

Je crois que les députés ont défini une limite et qu’ils ne veulent pas qu’elle soit franchie. Ils pensent que s’ils disent « non » au budget tel que le Conseil le présente, les financements 2013 vont simplement être reconduits. Ils pensent donc qu’ils n’ont rien à perdre.

Le problème c’est que plusieurs bases juridiques auront expiré d’ici là.

Ils devront se pencher sur ce point. Ils pensent qu’ils peuvent tout surmonter. Le Conseil ne peut pas se permettre d’ignorer le Parlement.

Le PE a tendance parfois à parler sans agir.

Ce n’est pas faux. C’est arrivé dans le passé mais je dois dire que cette fois je pense que la situation est différente car c’est la première fois que le PE a eu l’occasion de faire ce qu’il peut faire. Le sentiment qui prédomine actuellement, selon moi, c’est que le PE a fait connaître sa position et qu’il ne peut plus faire marche arrière. S’il se rétracte, il passera les 5 à 10 prochaines années à être ignoré par les gouvernements nationaux. Il réalise que c’est une chose dont il ne veut pas.

Si le PE agit, ce sera au moment opportun, sinon il passera pour un beau parleur. Et je pense que l’ambition est plus grande cette fois, une ambition pour les gens. n



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