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Tribune libre

L’arc du chaos

Takis Hadjigeorgiou (*) | mercredi 30 novembre 2011

Je commencerais par une brève explication du titre. Il s’agit en fait d’une paraphrase de l’expression bien connue «  l’arc du temps », signifiant que le temps s’écoule toujours dans la même direction : vers l’avant. Il en est de même pour le chaos, qui a lui aussi une seule direction, un seul et unique aboutissement : davantage de chaos !

Je pense donc que, si les dirigeants ne parviennent pas à maîtriser les choses à temps, en jouant essentiellement avec l’expression « on verra bien demain » ou, pire encore, en perdant du temps de façon insouciante avec l’expression « attendre de voir avant d’agir », ils s’approchent alors dangereusement des abords du chaos, avec le risque réel qu’il y ait un point de non-retour. Le chaos engendre le chaos !

Leadership signifie prise de bonnes décisions en temps opportun. Tout le reste n’est que balivernes !

Actuellement (ou, pour être plus précis, depuis longtemps) l’Europe tout entière souffre d’un manque de vrai leadership. Et, en l’absence de leadership, les rênes sont aux mains, autrefois des militaires, aujourd’hui des marchés.

Le leadership européen dans sa totalité et notamment les dirigeants des grands Etats membres, de pair avec les dirigeants grecs, ont soit échoué à diagnostiquer l’étendue du problème, soit eu peur à l’idée de son étendue. Ils ont ainsi laissé le temps passer dans l’espoir d’un miracle. Qui, bien sûr, ne s’est jamais produit !

Le problème résiderait, d’après eux, dans l’appât du gain de quelques personnes, dans l’incapacité des Etats à contrôler cette petite minorité qui boit, tout comme le dragon du conte, toutes les réserves d’eau de la ville. En fait, il s’agit bien plutôt de l’incapacité à redistribuer la richesse nationale de façon équitable et de l’incapacité absolue à contrôler l’économie parallèle ainsi que l’économie fictive ; de l’incapacité de l’Etat de droit à intervenir dans les pillages commis par les marchés ! La vérité est que nous sommes arrivés au point où, au mot marché, tout le monde se tait ! Parce que c’est ainsi que sont les « marchés ». Si vous les laissez croître dangereusement sans contrôle, ils vous mangeront vifs ! Nous sommes arrivés au point où, à cause de l’échec de leur économie, les citoyens (les peuples), ne croient plus aux alliances, ne croient plus à la solidarité, ne croient plus à la construction européenne et, finalement, se replient sur eux-mêmes, ont peur du contact avec les Autres et estiment qu’il vaut mieux que « chacun reste chez soi ». Il n’y a rien de plus dangereux que cela !

Malheureusement, l’effondrement de l’économie entraîne la perte de la foi en des valeurs universelles, ce qui constitue la pire des évolutions. Notre humanisme est emporté par l’effondrement de l’économie ! L’Union européenne ne tombe pas seule ; avec elle tombe aussi la volonté, la conviction qu’ensemble nous pouvons mieux faire. Les Etats du Nord accusent le Sud (à savoir nous) de dilapider leurs richesses, tandis que nous, nous accusons le Nord de saigner les Etats les plus pauvres. Dans ces conditions, comment faire exister ou faire renaître la vision d’une Europe véritablement meilleure ? Une Europe plus unie et basée davantage sur l’égalité des peuples et des Etats ? Aux Etats-Unis, par exemple, les Etats ont le sentiment de perdre leur autonomie tout en concédant des pouvoirs à Washington. Et Washington transfère des capitaux de Manhattan au Mississippi ! Je ne suis plus guère optimiste ! L’Europe a gaspillé trop de temps et a perdu de vue ses objectifs au sein de l’Union européenne. Tout ce qui arrivera à partir de maintenant sera considéré comme imposé. Et cette contrainte, en particulier dans ce contexte terriblement négatif, engendrera un conflit. Et le conflit nous rapprochera encore plus du chaos !

Certes, il arrive que le conflit débouche quelquefois sur un état des choses nouveau et vrai. Mais pour que cela puisse avoir lieu, les forces qui plaident pour cette nouvelle lumière doivent être en mesure de diffuser la bonne parole aux citoyens européens. Je crains fort, hélas, que les forces progressistes de ce continent, qui croient en un monde nouveau et meilleur, n’aient pas encore trouvé le moyen de communiquer réellement et substantiellement avec ces derniers.

(*) Député européen (Chypre) - Vice-Président du groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique au Parlement européen



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