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Institutions / Réformes institutionnellesImprimer l'article | Imprimer cet article

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Jacques Delors : « Aux Etats la rigueur, à l’Union l’expansion et le dynamisme »

vendredi 30 mars 2012

Son autorité est intacte auprès de ses amis socialistes et sociaux-démocrates européens auquel il était venu apporter son soutien jeudi 28 mars à Bruxelles. Sa voix est écoutée dans les autres formations politiques du Parlement européen dont certains représentants étaient venus le saluer jusque devant l’auditorium Anna Lindh. Après un compte-rendu analytique (Europolitique N° 4296), nous publions ici de larges extraits du discours que l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors a prononcé (en français) à l’invitation du chef de file du groupe S&D Hannes Swoboda et de l’eurodéputé Harlem Désir, en présence également du ministre belge Paul Magnette, chargé des entreprises publiques, de la politique scientifique et de la coopération au développement. La conférence marquait le lancement officiel d’un appel « Pour une alternative socialiste européenne ». Les coupures, les intertitres et les passages en gras sont de la rédaction d’ Europolitique.

Monsieur le Président, Monsieur le ministre, chers amis, Mesdames, Messieurs,

Je suis venu ici pour soutenir sans réserve l’appel des camarades socialistes pour un renouveau de l’Europe, pour un redressement de l’Europe. Ils savent qu’il faudra du temps. Une de leurs échéances est bien entendu l’élection au suffrage universel du Parlement européen en 2014. Mais il n’est pas trop tôt pour commencer. Cette solidarité sans réserve ne va pas sans quelques nuances qui sont le propre de mes défauts, mais enfin, cette solidarité, je voulais aujourd’hui l’apporter totalement, parce que je crois que les signataires de cet appel ont emprunté un chemin qui doit nous rendre plein d’espoir et plein de vigueur pour une renaissance de l’Europe.

Je sais que la situation n’est pas facile, et je n’ai pas l’intention ici de délivrer des propos démagogiques, ça n’a jamais été mon genre. (…) Je dois constater que l’Union économique et monétaire est prise dans un étau, que je ne vais pas contester, entre d’une part, le feu qui couve encore sur les marchés financiers et qui est l’argument essentiel de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire car ils n’ont pas d’autres arguments – je reviendrai sur ce pacte qui est une sorte d’usine à gaz – et d’autre part, le risque d’une stagnation qui, outre ses dommages dramatiques – emploi, inégalité et pauvreté – confirmerait, hélas, il faut bien le dire, l’évolution de l’Europe vers son déclin, quand on considère le monde dans son ensemble. Donc, je suis bien conscient que nous sommes dans un étau, je n’ai pas de remède miracle. J’appuie simplement une proposition, une démarche qui tend à essayer de sortir de cet antagonisme entre deux éléments.

Comment concilier l’assainissement financier nécessaire, réclamé par ce qu’on appelle les marchés, et d’autre part redonner confiance à une Europe dans son dynamisme, dans sa croissance dont je préciserai les contenus et dans sa création d’emplois qui est même synonyme de réduction des inégalités ? Je ne sous-estime pas ces problèmes, c’est pour cela que je n’ai pas considéré les efforts des gouvernements majoritairement de droite comme inutiles. Le feu couve, mais il ne faut pas entretenir ce feu. Et je le dis tout de suite : quand l’Espagne, sous un gouvernement de droite, essaie de réduire son déficit budgétaire, mais n’arrive pas au chiffre fixé par la technocratie, en est à 3/10e, et que, aussitôt, un chef de gouvernement, plus un membre de la Commission s’alarment, quitte à réchauffer les angoisses des marchés, je dis que c’est dramatique et que c’est irresponsable. Il faut garder donc la notion du temps, se rendre compte qu’il y a ce risque, mais ne pas l’alimenter par des réflexions qui, dans le fond, vous donnent bonne conscience. Je rentre chez moi, je dis que les Espagnols n’étaient pas sérieux, et après quoi, en quoi cela a-t-il fait avancer l’Europe ?

LE DÉBUT D’UNE OFFENSIVE DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE

Donc, j’ai bien conscience de cet étau dans lequel nous sommes. Et je considère que l’appel détaillé des responsables socialistes a bien compris cet étau. La conjoncture est donc complexe. Et d’ailleurs il n’y a pas que l’appel socialiste qui s’en préoccupe. Permettez-moi de vous rappeler que douze pays ont fait une déclaration commune pour s’inquiéter de la récession qui menace. Dans ces pays, il y a l’Italie mais aussi la Grande-Bretagne. Tiens, tiens, de temps en temps, la Grande-Bretagne revient en Europe. Bonjour, bon accueil, à condition d’y rester. D’autre part, une déclaration de personnalités italiennes et allemandes, inspirée par le Mouvement européen et par mon cher ami Dastoli, une sorte de réveil que j’ai approuvé aussi, et qui se situe au moment de la rencontre entre la chancelière allemande et M. Monti. Et l’appel qui nous réunit aujourd’hui, que je suis venu non seulement soutenir mais qui, à mon avis, montre le début d’une offensive de la social-démocratie au sens large, je n’ose pas dire socialiste, je dis toujours social-démocrate, je sais que je suis un social-démocrate du Nord, les Français n’aiment pas beaucoup ça, mais c’est un terme générique. Bon, la social-démocratie réagit et dit : Au nom de nos valeurs et au nom de notre espoir de l’Europe, on ne peut pas continuer comme ça. Voilà ce qui est en cause et qui nous amène vers 2014. Il y a une phrase d’ailleurs dans cet appel que j’ai retenue et que je me permets de vous relire : « une réforme socialiste qui pourrait constituer les bases d’un nouvel appel aux citoyens européens ». Deux ans de travail pour faire ça. Pas d’impatience, mais pas non plus de distraction pour y arriver.

Bien sûr, dans la suite de mon exposé, je serai obligé de parler tantôt de l’Europe des 17, de l’Union économique et monétaire, et de l’Union des 27. Je sais que le président permanent du Conseil européen n’aime pas ça, parce qu’il aime bien jouer de l’un et de l’autre. Mais il faut voir les réalités en face. Le saut vers une monnaie européenne est plus radical que celui d’avoir choisi le marché unique ou bien d’autres choses. C’est un saut radical avec ses exigences particulières et peut-être que, depuis 15 ans, nous ne l’avons pas assez compris.

TEL QU’IL EST, LE SYSTÈME INSTITUTIONNEL NE PEUT PAS MARCHER

Je voudrais donc brièvement tirer les leçons du passé, parce que, sans mémoire, nous n’existons pas, revenir à quelques principes qui sont les miens, que je ne vous demande pas d’adopter, mais il faut bien que mon exposé se base sur quelque chose, et enfin, pour dire qu’il y aura sans doute, hélas, un passage obligé par l’institutionnel, je fais un clin d’œil à Henri (Weber) en passant, parce qu’il me semble que, tel qu’il est, le système institutionnel ne peut pas marcher. Et, pourtant, si vous parlez aux gouvernements : « Houlala, un nouveau traité, pas question ! » Mais l’institutionnel ne va pas et ne permet pas de faire avancer les choses.

Le dialogue social est absent

Donc, un sursaut s’impose, avec une double implication nationale et européenne. Il ne s’agit pas simplement de changer l’Europe. Il faut que chaque pays fasse son travail, d’où mon soutien à cet appel, je l’ai déjà dit et en disant en plus que l’insatisfaction monte de toute part. Je sais que c’est une question très discutée, j’ai horreur de parler de moi-même, mais j’ai fait beaucoup pour le dialogue social en Europe et pour la dimension sociale. Et bien, je suis au regret de dire aujourd’hui que le dialogue social est absent. Et pourquoi cela me contrarie ? Non pas parce que c’est contraire à ce que j’ai essayé de faire, mais parce que le dialogue social est à côté du système parlementaire un des fondements de la démocratie. Et d’ailleurs les pays qui réussissent le mieux sont ceux qui ont su associer les forces du capital et du travail à leur effort comme l’ont fait l’Autriche et l’Allemagne. Donc ceci a été oublié et cela me navre d’autant plus.

Mais je voudrais revenir aux leçons du passé. Tout d’abord, si vous reprenez l’Acte unique… Je ne le reprends pas parce que j’en suis l’initiateur mais pour une raison simple : on va fêter dans quelque temps les 20 ans du marché unique, et parce que, selon certains Commissaires, c’est l’alpha et l’oméga. Pour moi, ce n’est pas l’alpha et l’oméga, c’était nécessaire. Mais c’était fondé sur trois notions : la compétition qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit. Où en sommes-nous aujourd’hui ? J’y reviendrai. Où en est le dialogue social ? Je vous en ai déjà parlé, mais c’est extrêmement important. Historiquement, les organisations syndicales ont eu le courage et l’audace, à partir de 1985, de soutenir l’objectif du marché unique. Ils y prenaient des risques, ils ont assumé ces risques. Mais il y avait des contreparties, sans doute insuffisantes, mais ils avaient des contreparties.

LES CAUSES NON-INTERNATIONALES DE LA CRISE DE L’EURO SONT LÀ

Ensuite, il y a les causes non-internationales de la crise de l’euro. Evidemment, il est facile pour le secrétaire d’Etat au Trésor américain de parler de la crise de l’euro, en oubliant son propre déficit et la domination du dollar. Ne parlons pas des Anglais, je préfère me taire, je serais atroce. Mais les causes non-internationales de la crise de l’euro sont là : c’est bien entendu l’excès du financement, l’excès de l’idéologie du financement. Je vous donnerai une seule phrase qui m’a frappé quand j’ai discuté avec un grand banquier français. Il m’a dit : « Jacques Delors, vous ne comprenez rien, la création de valeur, c’est essentiel ». Et qu’est-ce que c’est que la création de valeur ? Je lui ai demandé. Je n’ai pas attendu sa réponse, je la connaissais, c’est l’augmentation du cours en bourse. On est loin de l’entrepreneur schumpetérien, de celui qui visait l’avenir. Donc, on a vécu pendant des années dans cette euphorie idéologique dont les services de la Commission n’ont pas été étrangers, ils l’ont subi aussi. Après tout, si on résumait les choses : la finance était la reine du jeu et le capitalisme fonctionnait bien si les salariés acceptaient d’être mobiles et de toucher moins de salaire. C’est ça leur système. Et bien, nous avons tous plus ou moins communié dans ce système. C’est ça les causes internationales de l’UEM. Je ne dis pas que l’Union économique et monétaire n’aurait pas connu de crises s’il n’y avait pas eu la crise internationale, parce que l’augmentation de notre endettement était considérable et il a commencé avant le début de la crise, avant 2007, mais il était quand même assez raisonnable ou assez gérable. Si vous regardez les courbes, après 2007, bien entendu, on est venu au secours des banques, de tout le monde pour essayer de résoudre les choses.

JUSQU’EN 2007, L’UEM A BIEN FONCTIONNÉ

Donc, on en vient maintenant, après cette cause internationale, au point essentiel : pourquoi l’Union économique et monétaire a-t-elle mal fonctionné ? Je dois ajouter que, de 1999 à 2007, en dépit de mes avertissements… Mon avertissement essentiel, vous le connaissez, il faut un pilier monétaire et un pilier économique dans l’Union, il n’y avait qu’un pilier monétaire, le pilier économique n’existait pas. Le mien était peut-être angélique venant d’un chrétien démocrate, je pensais que la coordination des politiques économiques compenserait le pouvoir de la Banque centrale, mais le fait est là, ça ne s’est pas passé. Mais, jusqu’en 2007, l’Union économique et monétaire a bien fonctionné. Je vous cite de mémoire : plus de 2 % de taux de croissance, plus de 4 % de taux d’investissement, 12 millions d’emplois créés en 10 ans. Bref, il ne faut jamais oublier ça. Simplement, nous avons été pris à la fois dans la crise internationale et dans l’absence d’un équilibre entre la coordination des politiques économiques et la coordination des politiques monétaires. S’il y avait eu coordination des politiques économiques, autrement dit si les ministres des finances avaient voulu se parler franchement… A ma connaissance, pendant les dix ans où j’ai été président, ça n’a jamais été le cas. Ils se ménagent entre eux pour dire du mal de leurs collègues, ce qui explique qu’on ait voulu monter au plus haut, aux chefs d’Etat européens, mais s’ils avaient voulu se rendre compte, ils auraient vu que l’Irlande faisait des folies avec ses banques, que l’Espagne faisait des folies avec le crédit immobilier, que la Grèce nous cachait ses véritables statistiques, mais non, ils n’ont rien vu. Ce qui fait que j’ai toujours pensé, dès le début de la crise, que le conseil de l’euro était moralement et politiquement responsable de la crise et pas simplement des causes extérieures.

Donc, l’Europe, l’euro, pendant cette période, protégeait mais ne stimulait pas. L’Union économique et monétaire a continué à prendre du retard en termes de compétitivité si j’excepte l’Allemagne, bien sûr, j’y reviendrai, mais, en plus, l’euro nous protégeait de nos propres bêtises. L’Espagne, l’Irlande, la Grèce et d’autres, le Portugal ont pu faire des bêtises à l’abri de l’euro. On ne tenait plus compte de la balance commerciale entre les pays. (…) Alors, vous me direz, c’est de la faute du conseil des ministres des Finances. Sans doute, mais n’en déplaise à M. Trichet qui est un ami, un petit peu de la Banque centrale européenne. Pourquoi ? Parce que la Banque centrale européenne n’avait, c’était une exigence des Allemands, comme but que la stabilité des prix. Mais tout le monde sait que, dans le monde d’aujourd’hui, une Banque centrale doit s’occuper de la stabilité financière. Dites-moi, à quel moment le gouverneur de la Banque d’Irlande, le gouverneur de la Banque d’Espagne ont dit au conseil de la Banque centrale qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas ? Nobody, personne, et ils sont aussi responsables de cette situation. Alors qu’ils ne viennent pas aujourd’hui nous donner des leçons.

ON NE PEUT AVOIR UNE MONNAIE UNIQUE QUE PAR UNE UNION DE TRANSFERTS

Voilà ce qu’il faut voir pour tirer les leçons du passé. (…) Il ne peut y avoir d’Union économique et monétaire que dans un équilibre entre l’économique et le monétaire.

J’avais proposé une coordination des politiques économiques en 1997, je n’étais plus président de la Commission, rassurez-vous, j’étais un simple citoyen français dans son coin mais je l’avais proposé comme conséquence du rapport que nous avions fait. Cela n’a pas été suivi, on a simplement rajouté « Pacte de stabilité et de croissance ». Cela, c’est tout-à-fait français. Excusez-moi pour les non-Français, mais les Français adorent les formules. Ils sont revenus chez eux tranquilles parce qu’on avait ajouté « croissance ». Quelle absurdité ou quelle folie ou quelle irresponsabilité ! Mais enfin, nous en étions là. Rien n’est possible sans un rééquilibrage entre l’économique et le monétaire. Là où le problème s’est compliqué, il fallait donner aux ministres des Finances la responsabilité de coordonner les politiques économiques et ils ne l’ont pas fait. Et il y a une chose que j’ai sous-estimée pour ma part, je le reconnais, parce que, sachant qu’on ne pouvait pas aller plus loin dans le fédéralisme, j’ai cru à la coopération. J’ai dit tout à l’heure : compétition, coopération et solidarité. J’ai cru à la coopération. Et là, je me suis trompé. Car, pendant cette période, le marché unique, avec une monnaie unique, a amené une diversification de plus en plus grande, une spécification des activités productives au profit de certains pays, dont l’Allemagne, et aux dépens des autres. Que les autres aient fait des bêtises, ça ne change rien. Cela veut dire qu’en termes économiques, on ne peut avoir une monnaie unique que par une union de transferts. Union de transferts raisonnables, il ne s’agit pas de payer les bêtises de tout le monde, mais une union de transferts. Et ça, c’est la leçon à mes dépens, puisque je ne l’avais pas vu venir, que j’ai retenu de cette période.

Mais, jusqu’en 2007, cela a bien marché. Voilà où nous en sommes. Et après la crise internationale, il y a la crise de l’euro qui n’est pas seulement une crise de l’endettement, qui est une crise de conception de l’Union économique et monétaire. Et d’ailleurs, pour faire une confidence, quand j’allais aux Etats-Unis et qu’on savait que j’étais chargé de ce groupe, on me disait toujours : « Mais vous croyez vraiment qu’une monnaie européenne est possible ? Rappelez-vous les expériences précédentes. Vous croyez que c’est possible sans le fédéralisme ? » Si j’avais proposé une solution fédérale, je me serais fait envoyer au bain parce que ce n’était pas possible. Mais je me rappelle que, non pas des adversaires au Département d’Etat de la puissance de l’Europe et de l’euro, non, des universitaires me disaient : « Est-ce que c’est possible sans un minimum de fédéralisme ? » J’ai retenu ça pour la suite. Sans aller plus loin, parce que je sais que c’est très compliqué. Donc voilà les leçons que je tire du passé, y compris à mes propres dépens. Tout en sachant maintenant quelle est la puissance de l’Allemagne et tout en étant absolument affligé quand j’entends des économistes qui ne sont pas dans cette salle parler de compétitivité à l’identique comme si on parlait de l’Allemagne, de la Grèce ou du Portugal ou ailleurs. Ridicule ! L’Europe est fondée sur la diversité. Est-ce qu’elle peut vivre sur cette diversité, ou est-ce qu’elle doit accepter une domination implicite de l’Allemagne ? That is the question.

TROIS PRINCIPES QUI ONT GUIDÉ LA RELANCE DE L’EUROPE DEPUIS 1985

J’en reviens maintenant aux trois principes qui toujours ont guidé la relance de l’Europe depuis 1985 : la compétition, la coopération et la solidarité. Pour essayer, à partir de là, non pas de construire, j’en suis incapable, mais de donner un élan à votre effort de réflexion qui va se poursuivre, je l’espère, et avec sa persuasion aussi.

La compétition : elle a été positive et stimulante. Depuis l’annonce du marché intérieur en 1992, l’Europe a créé 12 millions d’emplois. L’Europe des 12. Donc il y a besoin de compétition. Et d’ailleurs, qui pourrait contester ça ? Puisque à l’intérieur de vos propres partis socialistes, c’est la compétition entre vos dirigeants. On sait que la compétition est une partie de la vie. Je l’accepte comme telle. Je n’aime pas, moi, la compétition mais enfin, je suis obligé de considérer que, partout où je vais, il y a de la compétition. Et quid de la zone monétaire avec des effets de spécialisation ? Et c’est là où la politique de cohésion économique et sociale, dont je suis prêt à défendre les avancées depuis qu’elle a été créée, depuis l’Acte unique, la politique de cohésion économique et sociale n’a pas été suffisante pour la zone euro. Mais pourquoi ? Parce que tout le monde a refusé que la zone euro devienne une coopération renforcée, avec ses propres instruments. Est-ce que c’était gênant pour les dix pays et autres qui ne participent pas à l’Union ? Non, car l’Europe a toujours progressé sur la différenciation. Je vous pose deux questions, quelles que soient les contestations sur Schengen, elles sont surtout « sarkozysiennes », si je puis m’exprimer ainsi : est-ce qu’il y aurait eu Schengen si quelques pays n’avaient pas décidé de le faire ? Où en serions-nous de la liberté de circulation des personnes, qui est une formidable liberté dont on ne dit jamais les avantages par rapport aux inconvénients. Où en serait l’euro s’il avait fallu attendre l’accord de la Grande-Bretagne pour le faire ? La différenciation n’est pas la division de l’Europe, elle est le dynamisme de l’Europe. C’est pour ça qu’à mon sens, la zone euro aurait dû être une coopération renforcée avec ses propres instruments. Et c’est ça qui nous a manqué. Faute de moyens. Bien sûr, rien n’excuse les tromperies de la Grèce, rien n’excuse les folies de l’Espagne et de l’Irlande, je vous ai expliqué qu’on aurait pu les voir. Mais, pour le reste, il ne peut y avoir de zone monétaire unique sans avoir des instruments de transfert raisonnables. Pourquoi ? Parce que le seul instrument qu’a un Etat national pour résister à une baisse de compétitivité, c’est la dévaluation. Or la dévaluation est interdite. Fort heureusement d’ailleurs parce que, me rappelant l’expérience de la France, ça n’a jamais bien réussi. Mais voilà la question. L’Union économique et monétaire n’est pas une coopération renforcée, elle n’a pas les éléments pour progresser. Elle peut le faire sans nuire au contrat de mariage entre les 27 - j’insiste, sans nuire au contrat de mariage entre les 27- simplement en la poussant en avant.

La coopération : deuxième élément. C’est le chaînon manquant. J’expliquais mes propres erreurs d’analyse. Mais là, nous sommes devant un problème que le Pacte de stabilité n’a pas résolu. Est-ce que l’on peut régler l’Europe uniquement par des règles et non par la politique ? Les règles, c’est utile. Pourquoi nous avons pu faire la libre circulation, la concurrence ? C’est les règles, c’est la politique de la concurrence, on peut en discuter. Mais est-ce que l’on peut gouverner une Union avec une monnaie commune uniquement par des règles, sinon par la politique ? Et si l’on met la politique, qu’est-ce qui se passe ? Ou bien la politique résulte d’un accord entre les 17 pays, sœur Anne je ne vois rien venir ? Ou bien il y a une délégation de pouvoir et un peu plus de fédéralisme ? La question est aussi brutale que ça. (...) Bien entendu, je respecte tout-à-fait, je connais mieux que quiconque l’histoire allemande. Je connais la Liberal Ordnung, je connais leur passion pour la Soziale Marktwirtschaft accompagnée de règles, (…) sur la concertation sociale, sur la Soziale Marktwirtschaft, mais il n’y a pas non plus que les règles. Mais je considère que si l’on veut uniquement résoudre les problèmes de l’Union économique par les règles, on peut être punitifs, à condition de sortir de l’usine à gaz dont je parlerai tout-à-l’heure, mais on ne peut pas diriger l’Europe. Il faut donc une délégation de souveraineté. A qui ? Implicitement à l’Allemagne ou explicitement par une organisation de l’Union économique et monétaire ? Telle est la question. Car, croyez-moi, et là je parle en tant qu’économiste et je suis à peu près sûr de moi, tous les pays ne pourront pas adopter le modèle allemand. Nous sommes une union dans la diversité. Et cette union de la diversité ne veut pas dire une union entre les forts et les faibles, ça veut dire que nous avons chacun nos atouts, et que nos atouts, nous les mettons ensemble, et que cela implique, à mon avis, une gestion politique différente. Oui, mais, me dira-t-on, c’est la part du discrétionnaire. C’est le sens de l’argument employé par le remarquable Jean Pisani-Ferry. Il m’a dit : à côté des règles, le discrétionnaire doit être une délégation de pouvoirs contrôlée par les Parlements nationaux. Et sinon, je ne vois pas la solution. Là où je me suis trompé, c’est que j’ai cru qu’ils coopéreraient entre eux comme ils l’ont fait dans d’autres domaines. Mais non, ils n’y arrivent pas, ils n’y arrivent même pas pour Schengen. Donc, ils sont obligés de faire appel à une délégation de souveraineté, que ça plaise ou que ça ne plaise pas. C’est le choix nécessaire. Bien sûr, quand on parle de croissance aujourd’hui, quand j’entends nos chefs de gouvernement, j’ai l’impression qu’ils ont oublié tout ce qu’ils ont fait depuis 20 ans. Moi, je me rappelle une des plus belles propositions de la Commission : sur l’environnement - moins 20, moins 20, plus 20 - mais cela veut dire un nouveau modèle de développement créateur d’emplois. Qu’est-ce qu’on fait pour ça ? On ne s’en sortira pas par le modèle de croissance traditionnel, sinon en accroissant la distance entre l’Allemagne et les autres pays, mais par un nouveau modèle de développement auquel on donnera une chair. Et c’est là où le budget de l’Union ou le budget des 17, ou un fonds des 17, les project bonds, la coopération sur les grands projets, ont un rôle. Mais si, après avoir dit, dans ce magnifique rapport de la Commission, que nous allions prendre en compte le souci de Notre-Dame-la-Terre, de notre Mère la Terre, nous ne faisons rien et nous ne croyons pas que le nouveau modèle de croissance est capable de créer des emplois, nous n’y arriverons pas dans le modèle traditionnel. Et c’est ça qui nous manque, le signe d’optimisme qui pourrait être donné, c’est : nous allons créer ensemble des moyens pour ce nouveau modèle de développement qui créera des millions d’emplois de types différents, pas simplement dans le numérique, pas simplement dans l’alter énergie, et nous reprendrons confiance en nous. Mais, bien entendu, il ne peut y avoir cela sans une certaine cohésion territoriale et c’est là où je rappelle la nécessité de la diversité. La diversité des modèles. Et c’est pour ça que je n’ai pas aimé… C’est un gouvernement de droite en Espagne, je n’ai pas de sympathie particulière pour lui ni d’antipathie, mais il a expliqué qu’il ne pouvait pas faire davantage. Aussitôt, on lui tombe dessus. Au nom de quoi ? De la crainte des marchés ! C’est les pompiers incendiaires. En disant ça, on rallume davantage les marchés. Mais où est la responsabilité de ces gens ? Où est la responsabilité de l’Europe ? Qui parle pour l’Europe ? C’est ce que nous demandent Obama, le président de la Chine. Tout le monde parle pour l’Europe. Cela a été la cacophonie pendant trois ans, ça recommence. Mais ils n’ont rien compris. Il faut une voix unique pour l’Europe.Tout ça, chers amis, c’est du bon sens, ce n’est pas de la grande politique. Mais quand les marchés - les marchés c’est une notion vague, il y a les spéculateurs et à côté il y a tous ceux qui gèrent des fonds d’épargne, pour la retraite, pour l’assurance et tout ça. Ces gens-là se disent : « Houlala, M. Monti se plaint de l’Espagne, M. Olli Rehn - ce n’est pas son premier exploit d’ailleurs -, ça va mal ». Mais de quoi parle-t-on ? Est-ce que l’on veut rassurer les marchés ou est-ce qu’on veut les affoler ? Est-ce que l’on est une Union ou est-ce qu’on ne l’est pas ?

Donc, le troisième élément, c’est la solidarité. J’ai déjà expliqué ce que pourrait être une union de transferts pour moi. Je voulais dire qu’il ne peut pas y avoir d’Europe sans une certaine cohésion territoriale. La sensibilité à toutes les régions de l’Europe. L’Europe, c’est l’addition de nos nations, mais c’est aussi des territoires. Et si vous voyez en Europe combien le fait d’avoir délaissé des territoires entraîne la pauvreté et l’inégalité, y compris en France, vous comprendriez aussi cela. La cohésion économique et sociale n’a pas réussi, de ce point de vue. Et puisqu’il faut cette solidarité, parlons des eurobonds, refusés jusqu’à présent par l’Allemagne. Les eurobonds, ce n’est pas la pompe à incendie, lancée comme ça d’une manière indiscrète pour calmer ou effacer les erreurs des uns et des autres. Les eurobonds, c’est selon des règles, et les meilleures règles jusqu’à présent que j’ai vues, personne n’en parle, c’est celles qu’a proposées Romano Prodi, qui seraient capables de rassurer l’Allemagne, car les eurobondsseraient fondés sur des garanties des autres pays, la solidarité est là aussi. Les eurobonds , c’est, Mesdames et Messieurs, la possibilité de créer un marché financier de l’euro qui est le support indispensable pour permettre à l’euro d’être une monnaie à la fois qui nous défend et une monnaie internationale. Les eurobonds, ce n’est pas une fantaisie du moment, ce n’est pas pour venir sans condition au secours de la Grèce ou de l’Irlande. Les eurobonds est le complément nécessaire, moyennant certaines conditions, de l’existence de l’euro et d’un marché financier. Et d’ailleurs, dans les derniers temps de la crise il y a deux trois mois, les marchés eux-mêmes réclamaient les eurobonds. L’entêtement de Mme Merkel, enfin peut-être d’autres, moi je ne fais que lire les journaux, je ne suis pas un confident de Mme Merkel, hélas d’ailleurs, mais je ne le suis pas. Voilà, c’est ça la question. Les eurobonds, ce n’est pas une facilité, c’est un support pour permettre à l’euro d’avoir ses deux dimensions : sa dimension interne, facteur de stabilité et de stimulation, sa dimension externe, facteur de puissance de l’euro, de respect de nous et de notre capacité de financer notre développement. Alors que si vous regardez les mouvements financiers, ce n’est pas ainsi.

Est-ce que ce que je viens de dire est possible sans changement institutionnel ?C’est la question que m’avait posée Henri Weber l’autre jour, qui est là, et qui m’a beaucoup préoccupé. Il y a des projets à l’échelon des 27 : l’élection au commun du président de la Commission, revenir sur les présidences successives, un bilan est nécessaire. Je suis toujours ennuyé de parler à la fois des 27 et des 17. J’ai l’impression que je ne suis pas clair et ce que je vous ai dit jusqu’à présent, c’est que je suis partisan d’une coopération renforcée prévue par les traités pour l’Europe des 17, et prêt à démontrer que ce n’est pas aux dépens des 27. Mais pour le reste, je voudrais rappeler les avantages de la méthode communautaire. Car, quand j’entends mon président, M. Sarkozy, rassurer les Français en disant que c’est la méthode intergouvernementale qui domine, comme si l’Europe ne pouvait être qu’une Europe française. L’Europe sera une Europe européenne, ou ne sera pas. Et quand j’entends les actifs actuels me dire qu’ils ne suppriment pas, ils préservent la méthode communautaire, je ne suis pas convaincu. Pour une raison simple, c’est que de tout temps, depuis que l’Europe existe, ce sont les gouvernements qui ont décidé, il n’est pas question de revenir là-dessus. C’est le gouvernement qui décide. Bon, les chancelleries, c’est autre chose. Que les chancelleries aient des combinatione entre elles, qui essaient de contourner le système européen, c’est une autre affaire. Mais les gouvernements ont toujours décidé. Qu’est-ce qui est en cause ? C’est la méthode communautaire dans des principes simples. Il y a deux exécutifs, deux législatifs, et une Cour de justice. Voilà. Et dans les deux exécutifs, il y a la Commission. Mais le rôle de la Commission, c’est de penser à l’intérêt européen tous les jours et de le manifester tous les jours. Elle n’a qu’un argument pour cela : le droit d’initiative. Ce droit d’initiative, elle doit l’utiliser le moins souvent possible. Elle est au service des gouvernements. Mais quand elle l’utilise, cela doit avoir une certaine solennité. Je vais prendre un exemple personnel, excusez-moi. Si je n’avais pas brandi le droit d’initiative, il n’y aurait jamais eu de programme Erasmus. Parce que les gouvernements ont eu peur que je dise que c’était à cause d’eux qu’on ne pouvait pas le faire. Je viens de lire le livre d’un scientifique hollandais qui est l’adjoint de M. Van Rompuy qui explique que tout dans le fond est pour les gouvernements et que le reste, c’est de la salade, les bureaux de la Commission, les agitateurs du Parlement, etc. Je suis totalement en désaccord avec cette vision des choses, qui en même temps est fausse et méprisante. La méthode communautaire ne nous demande pas de nous substituer aux gouvernements, elle demande qu’il y ait des institutions qui pensent tous les jours à l’Europe et qui laissent aux gouvernements, le Conseil européen dans ses grandes orientations, le Conseil des ministres dans des décisions législatives, de prendre le nécessaire. Nous sommes en train de nous faire travestir la méthode européenne pour nous faire avaler je ne sais quelle méthode qui est le retour au congrès de Vienne et au nationalisme des gouvernements. Avec des chancelleries qui ne brillent que par leur cynisme et par leur concept du rapport de puissance. Si l’on fait ça, c’est que l’on veut tuer l’Europe, c’est qu’elle n’existe plus. Elle n’aurait même pas dû exister, puisque les gens qui ont voulu faire l’Europe ont voulu ce combat, ce nationalisme étroit, cette vision des choses qui fait que je gagne quand l’autre Européen perd, alors que nous perdons tous les deux dans le monde actuel. Voilà pourquoi il faut défendre la méthode communautaire mais ramener les choses à son temps. Non, M. Van Rompuy, vous ne défendez pas la méthode communautaire, vous jouez de la méthode communautaire et de la méthode intergouvernementale pour obtenir des résultats, parce qu’il faut des résultats. Mais la méthode communautaire, c’est la présence constante de l’intérêt européen, c’est la responsabilité de chaque Commissaire, non pas d’être là parce que c’est bien d’être là et qu’on gagne bien sa vie, mais d’être toujours en souci de l’intérêt européen et même de se tromper, des fois d’exprimer un point de vue, de voter, d’être un collège, de faire des propositions. Si les gouvernements ne l’acceptent pas, c’est leur responsabilité. Il ne s’agit pas de gouverner après eux. Il ne s’agit pas d’un Anschluss, la méthode communautaire. Il s’agit du seul système qui permet à des pays souverains ayant accepté de déléguer une partie de leur souveraineté, de vivre ensemble selon à la fois des règles, mais pas simplement des règles, des organismes vivants, le Parlement et la Commission, qui essaient de faire vivre ce système. C’est cela qui est en cause. Et attention, je vous le dis, attention à cette explication qui nous est donnée actuellement, et qui a pour but de détruire totalement l’héritage des pères de l’Europe.C’est ça qui est en cause actuellement, sous prétexte de la nécessité ou de je ne sais quoi. Donc je n’en dis pas moins qu’il faut avoir attention aux débordements démocratiques, ils existent parce que moins la Commission a de pouvoir, plus les fonctionnaires sont audacieux. Des fois pour dire des bêtises. Donc il faut faire attention aussi à cela. Mais ça, c’est le rôle de la Commission de le faire. Voilà ce qui est important aujourd’hui en matière institutionnelle, à partir d’une claire conception de la méthode communautaire : des transferts de souveraineté qu’on accepte, voire le reste. Par exemple, dans le traité budgétaire, cette usine à gaz, il manque en plus de son complément sur la croissance, le nouveau modèle de développement, ce qui expliquerait déjà de le récuser.Mais dans cette usine à gaz, qui est constituée là, on ne voit plus clairement qui va décider de quoi. Essayez. Moi, j’ai mis en sept pages le traité budgétaire, le six-pack et le reste, pour me dire comment ça va marcher. Parce que moi, qui suis un esprit simple, il faut que je sache comment ça marche. Parce que how to proceed est pour moi autant important que faire. Et bien, je me dis qu’il ne se passera pas grand-chose, et que, par conséquent, il faut revoir cela. Je sais d’un autre côté qu’il y a la menace des marchés, mais il faut quand même trouver un système simple. Vous savez, la démocratie, c’est la démocratie parlementaire, puis c’est le dialogue social, c’est la simplicité. Etre inventeur de simplicité, c’est permettre aux citoyens de mieux comprendre ce qui se passe. On n’a rien de cela pour l’instant. Alors, bien entendu, je suis un peu véhément, je sais que nous sommes conscients que nous ne sommes pas sortis de la crise et qu’il nous faut en tirer les conséquences. Nous sommes inquiets des risques de destructions sociales et politiques. Au bout d’un moment, l’absence de dynamisme économique entraîne la dislocation d’une société et le déclin. Et moi, depuis 1970, je vous l’ai déjà dit, l’Europe a le choix entre la survie ou le déclin. Voilà, c’est aussi simple que ça. Il manque donc cette contrepartie. Il faut réfléchir sur ce nouveau modèle de développement, l’investissement, les créations d’emplois, des atouts à fournir à notre jeunesse. Ce qui n’empêche pas chaque Etat membre de faire ce qui lui incombe dans le cadre de son modèle pour assainir ses finances publiques. Je dis bien dans le cas de son modèle. Il y a dans EuroPlus des analyses qui ne correspondent pas à la situation démographique respective de l’Allemagne, de la France ou d’autres pays. Enfin ! Il faut tenir compte de la diversité de l’Union. On nous avait sorti cet argument pour empêcher davantage de fédéralisme. Je le retourne cet argument aujourd’hui : union dans la diversité, soyez compréhensifs avec les autres pays. Voilà ce qui est en cause actuellement. Et chaque pays doit faire ce qu’il lui incombe.

J’aime beaucoup cette réflexion de l’ancien président, hélas décédé, de Notre Europe, Tommaso Padoa-Schioppa. Cette réflexion va heurter certains d’entre vous. Il a dit : « Aux Etats la rigueur, à l’Union l’expansion et le dynamisme ». Et bien, cette formule, je la reprends, et je vous le dis : sans dynamisme et sans force du côté de l’Europe, rien ne sera possible. Merci.

REPONSES A QUELQUES QUESTIONS

Banque centrale européenne

Je ne suis pas d’accord pour que la Banque centrale européenne devienne à tout moment un prêteur en dernier ressort. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas un pays unique, nous sommes un ensemble de pays avec une Banque centrale commune et que nous n’avons pas, en face de cette Banque centrale commune, un pays unique avec sa souveraineté. Et que, par conséquent, je crains que si la Banque centrale européenne allait jusque-là, elle perde son crédit, et l’Europe avec. Ce n’est pas pour ça que j’étais d’accord avec M. Trichet quand il a dit lorsqu’on a nommé M. Juncker, président du Conseil de l’euro : « L’euro, c’est moi ». Non, moi je n’ai jamais dit que l’Europe c’était moi. Je suis simplement un ouvrier de l’Europe comme Jo, voilà. Mais je pense qu’un seul pays peut se permettre d’avoir une Banque centrale européenne en dernier ressort, c’est les Etats-Unis parce que leur monnaie est dominante et qu’ils sont débiteurs du monde. Et je suis conforté dans mon idée par les initiatives prises par M. Draghi, avec les 1 000 milliards offerts à trois ans et à un pourcent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont eu deux avantages : ils ont réanimé le marché financier et ils ont permis, hélas, je sais que ce n’est pas très de gauche ce que je vais dire, aux banques de se réconforter un peu et de retrouver des assises normales par rapport à Bâle III - je ne m’étends pas sur Bâle III parce que ce serait très long et très sophistiqué. Donc, je trouve que la Banque centrale européenne depuis quelque temps a bien agi, et qu’aller plus loin, ce serait peut-être une facilité à court terme. La pompe à eau serait plus grande mais peut-être un risque sans doute politique pour l’Europe à moyen terme.

Coopération renforcée à 17

Cela pose beaucoup de problèmes. Je ne sais pas si vous avez lu le texte du traité budgétaire : c’est incompréhensible parce qu’il est question tantôt des 17, tantôt des 27. Bon il faut appeler un chat un chat, une union monétaire, c’est une union monétaire. Donc je suis partisan que le Parlement européen, réduit aux membres des 17, soit l’interlocuteur des dirigeants de l’UEM et qu’elle coopère avec les Parlements nationaux et que la Commission, elle, est une. On ne doit pas distinguer entre les Commissaires, ce doit être un collège, on l’a trop souvent oublié. Quand j’étais président de la Commission, j’obligeais à voter pour que les gens sachent qu’ils sont un collège et non pas une bande de gens qui repartent chez eux, dans leurs capitales, en disant : « vous savez moi, je me suis opposé à ça ». Non, on est un collège avec des responsabilités. Donc voilà pour cette question.

Union de transferts

Ce que j’ai voulu dire, c’est que les transferts devaient correspondre à des possibilités nationales des pays, qui font leur devoir du point de vue de l’assainissement financier. Cela ne peut pas être une union de transferts en disant : l’Union vous protège, vous faites des bêtises, on sera là pour payer. Donc, le mot union de transferts, je l’emploie avec beaucoup d’hésitations mais, pour moi, si vous voulez, il est un petit caillou sur plus de fédéralisme, pas plus. Mais il ne faudrait pas abuser de ce mot. Si, par exemple, il y a trois ans, on m’avait dit : union de transferts, on paye tout pour les Grecs, j’aurais dit non. Pour les Grecs, d’ailleurs, j’ai quand même une opinion qui date d’il y a 15 ans, très méchante, mais je peux vous le dire aujourd’hui, elle date d’il y a 15 ans, je disais en parlant du Fonds monétaire : il aide les pays à mourir guéris, point à la ligne. Donc, pour la Grèce, je trouve qu’on y a été trop fort.



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