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Défense

Un rééquilibrage politique de sécurité à réinventer

Par Nicolas Gros-Verheyde | vendredi 16 janvier 2009



Sur le terrain de la sécurité, l’Europe qu’aura face à lui Barack Obama ne sera pas tout à fait celle qu’avait Georges Bush à son arrivée ni lors de son deuxième mandat.

D’une part, les nouveaux Etats membres sont pleinement intégrés. Et si leur atlantisme reste intact, il n’est plus automatiquement synonyme d’opposition à l’Europe de la défense. L’expérience irakienne, notamment, a sonné le glas de la fidélité sans doute.

D’autre part, la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) est pleinement opérationnelle. Incontestablement, les quatre opérations menées dernièrement — au Tchad (militaire terrestre), en Somalie (militaire aéronavale), au Kosovo (Etat de droit) et en Géorgie (observation) - ont marqué un changement de nature dans les capacités opérationnelles et politiques d’intervention, observé avec attention à Washington. L’UE est désormais autonome, pouvant se déployer, là où les Etats-Unis ou l’Otan ne le peuvent pas.

Enfin, les Etats-Unis – enlisés en Afghanistan et dont la victoire en Irak reste très fragile — ne sont plus l’hyperpuissance des années 1990-2000. L’émergence avec l’Europe, de la Russie ou de la Chine, pourrait obliger à davantage de compromis ou de répartition des tâches que les années précédentes.

L’EUROPE DE LA DÉFENSE

Après un certain attentisme, pour ne pas dire une hostilité, l’Amérique a une soudaine tendresse pour la PESD. A Bucarest, en avril dernier, Georges Bush avait reconnu l’intérêt de l’Europe de la défense. De manière plus concrète, des policiers américains sont venus rejoindre la mission européenne « Eulex Kosovo ». Un expert militaire américain est déjà présent dans la mission de réforme des armées en Guinée-Bissau. Et un autre devrait le rejoindre au Congo. L’approfondissement de ces relations pourrait être à l’ordre du jour.

PACTE DE SÉCURITÉ EUROPÉEN

La proposition « Medvedev » d’un nouveau pacte de sécurité, reçue avec condescendance outre-Atlantique, a cependant été saluée par plusieurs partenaires européens (France, Allemagne, Espagne) comme une avancée digne d’être examinée, même si son contenu reste pour l’instant très flou. Ne serait-ce que pour rétablir des relations plus confiantes avec la Russie. Cet examen reste inséparable de la nécessaire refonte des deux autres organisations de sécurité en Europe – militaire avec l’Otan et diplomatique avec l’OSCE – toutes les deux « au milieu du gué ».

NOUVELLE ORIENTATION POUR L’OTAN ?

La fin de la guerre froide avait pris de court l’organisation euro-atlantique, qui s’était repositionnée comme un opérateur « mondial » de sécurité. La guerre en Géorgie, au mois d’août 2008, pourrait avoir sonné le glas d’un expansionnisme sans fin. Certains Etats (de l’Est européen) s’inquiètent de voir l’organisation courir le monde, et abandonner leur propre sécurité. Le retour à la bonne vieille défense territoriale qui avait fait la gloire de l’Otan dans les années 1950-60 n’est-il pas nécessaire ? En matière d’organisation, plusieurs Etats – notamment à l’Ouest-européen - militent pour une meilleure prise en compte des partenaires non-américains et la création d’un véritable pilier européen de l’Alliance. Dans une lettre ouverte adressée à Obama, le ministre des Affaires étrangères allemand (SPD) Frank-Walter Steinmeier estime qu’une «  nouvelle orientation » de l’Otan est nécessaire. Ce double débat devrait culminer lors du sommet Kehl-Strasbourg, au moment où la réintégration de la France dans la plupart des commandements de l’organisation devrait mettre fin à toute une époque de suspicions réciproques. La venue d’Obama, première visite en tant que président sur le continent européen, sera en elle-même un événement.

L’ENGAGEMENT EN AFGHANISTAN

La double stratégie américaine en Afghanistan – menée sous couvert de l’Otan et directement par l’opération « Enduring freedom » – est de plus en plus critiquée publiquement, même par des hauts gradés. Les généraux britanniques et les allemands étant les plus virulents. Le général allemand, Egon Ramms, commandant de l’Allied Joint Force de l’Otan, a ainsi considéré, dans le magazine allemand Stern, que la stratégie de renfort à outrance, approuvée par le candidat Obama, n’était pas la bonne. «  L’Alliance ne devrait pas essayer de contrôler tout le pays mais seulement les zones où la population est la plus nombreuse ». Même sentiment pour le général Mark Carleton-Smith, commandant des forces britanniques de l’Alliance, expliquant, dans une interview au Times début octobre, que l’Otan ne pouvait gagner cette guerre et que l’objectif devait être désormais de maintenir l’activité des rebelles à un niveau contrôlable par l’armée afghane.

BOUCLIER ANTIMISSILES

L’accord signé entre les Etats-Unis, la Pologne et la République tchèque pour l’installation d’éléments du bouclier antimissiles américain (radar et rampe anti-missiles) sera-t-il confirmé ? Les conseillers du candidat démocrate, lors de la campagne électorale, avaient affirmé que la poursuite du programme serait liée à son utilité, son coût et son objectif. A défaut d’abandonner le programme, l’idée de la réorienter est possible, comme l’a expliqué le chef de la diplomatie polonaise, Radek Sikorski, au sortir d’une entrevue, en septembre dernier, avec Obama : «  le principe d’un bouclier, seulement à condition qu’il ne soit pas dirigé contre la Russie ».

La double stratégie américaine en Afghanistan est de plus en plus critiquée publiquement, même par des hauts gradés  

Robert Gates, un fidèle de Bush

Il était secrétaire à la Défense sous le républicain Georges W. Bush, depuis novembre 2006 (quand il succède à Donald Rumsfeld démissionnaire). Il le reste sous le démocrate Obama. Etonnant. Né en 1943, historien de formation, spécialiste de l’Europe - diplôme en histoire européenne et doctorat sur la Russie et l’Union soviétique (1974) – il est entré à la CIA en 1966 pour finir par la diriger (1991-1993) malgré une controverse sur les livraisons d’armes aux contre-révolutionnaires nicaraguayens. Il a été également conseiller adjoint au sein du Conseil national de sécurité du président George HW. Bush (senior) de 1989 à 1991 et après la CIA, a dirigé la « George Bush School of Government and Public Service » de l’université A&M du Texas.



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