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Présidence Obama

Le changement arrive, mais il sera limité

Par Brian Beary à Washington | vendredi 16 janvier 2009



« Un grand moment d’histoire (...) un nouvel espoir est né ». Cette réaction de Francis Wurtz, chef de file GUE-NGL au Parlement européen, traduisait bien l’allégresse de l’Europe apprenant l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis. Dans son premier discours de président élu, Obama a annoncé son soutien à ceux qui veulent la paix et la sécurité. Après George W Bush, considéré par beaucoup comme un va-t-en guerre, ce message avait tout pour plaire. «La véritable force de notre nation», a déclaré Obama, «  ne provient pas de la puissance de nos armes (...) mais de la puissance de nos idéaux ».

D’un père kényan et d’une mère américaine, Barack Hussein Obama a suivi une formation pendant quatre ans en Indonésie, a passé l’essentiel de sa vie au sein des communautés mélangées d’Hawaï, et a étudié le droit à la Harvard Law School. Un bagage qui ne peut que le rendre plus adroit sur la scène internationale que son prédécesseur. Les Américains voudraient retrouver une place dans le cœur des populations du monde. En recourant à un ton conciliateur, Obama trouvera nécessairement un écho favorable auprès de ses concitoyens. Son image est embellie parce qu’elle est mise en regard avec celle de Bush, note Jeffrey Anderson, auteur d’un ouvrage sur les relations transatlantiques. «  Bush personnalisait tout ce que les Européens détestent dans l’Amérique - l’arrogance, le mépris de l’histoire, le caractère belliqueux, le manichéisme, l’anti-intellectualisme. Obama est à l’opposé de tout cela, et son élection rehausse l’image de la société américaine aux yeux des Européens ».

LA FORCE MILITAIRE, ENCORE ET TOUJOURS

Si la musique se fait plus mélodieuse, les États-Unis continuent de voir le monde par le prisme des attentats du 11 septembre 2001, tandis que l’Europe le voit plus par le prisme de la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989. Si Obama peut instinctivement être plus orienté que Bush vers la paix, son équipe aura plus conscience de la menace et sera plus disposée à faire usage de la force militaire que l’Europe, ce qui pourrait mettre à mal les relations transatlantiques.

Le premier test sera l’Afghanistan. Obama s’est fermement opposé à la guerre en Irak, pays dont il retirera les troupes américaines dès que possible. Mais c’est dans l’idée de les redéployer en Afghanistan, où 31 000 soldats américains tentent aux côtés de leurs alliés de l’OTAN de vaincre Al-Qaida. Barack Obama pourrait obtenir un appui national pour ce redéploiement en Afghanistan. Ceux des pays européens qui sont présents sur le terrain sont confrontés à une opposition croissante à domicile contre la poursuite de cette campagne. Certains estiment que l’Afghanistan est indomptable pour des raisons géographiques et de par la présence de bandes armées qui prêtent allégeance à des clans et des idéologies et non à un gouvernement central.

Selon Karen Donfried, analyste du German Marshall Fund à Washington, «  70 % de l’opinion allemande ne veut pas voir de ses troupes là-bas ».

POSITION PRO-ISRAëL

La politique étrangère des États-Unis changera à peine dans toute une série de registres. Ainsi, dans le conflit israélo-palestinien, Barack Obama devrait rester ancré solidement aux côtés d’Israël. Il pourrait toutefois faire preuve de plus de tact que son prédécesseur lorsqu’il tentera d’amener les parties à un accord de paix. Pour rappel, George Bush soutenait en théorie un Etat palestinien indépendant. Le haut négociateur d’Obama sera la secrétaire d’État Hillary Clinton. Elle s’appuiera sur son expérience en matière de pacification de l’Irlande du Nord dans les années 1990, lorsque son mari était le locataire de la Maison Blanche. Mais elle entre en fonction avec un handicap majeur : les États arabes l’estiment trop pro-Israël et se méfient d’elle.

Concernant l’Iran, la promesse d’Obama de contacts directs avec Téhéran devrait faciliter la tâche des Européens, qui ne devront plus jouer aux intermédiaires entre les deux adversaires. A l’égard de la Russie, Obama devrait faire moins confiance à Moscou que son prédécesseur lorsqu’il est devenu président. Hillary Clinton a déjà annoncé qu’elle voulait réduire la dépendance européenne de l’énergie russe. Dans deux dossiers, la Géorgie et l’Ukraine, Barack Obama ne devrait pas militer avec autant de véhémence que Bush pour leur adhésion à l’OTAN ou à l’UE. Il devrait faire preuve de la même prudence concernant le projet d’installation du bouclier antimissiles en Pologne et en République tchèque, qui irrite Moscou. Concernant le Visa Waiver Programme, cinq États membres ne sont toujours pas membres du club (Roumanie, Pologne, Bulgarie, Chypre, Grèce). Sans freiner leur entrée dans le programme, M.Obama ne devrait pas plaider ce dossier autant que son prédécesseur.

POLITIQUE INTÉRIEURE

Barack Obama se consacrera surtout à la politique intérieure : créer des emplois, réduire le déficit commercial et budgétaire abyssal de son pays, réformer le système des soins de santé. C’est sincèrement qu’il s’est engagé à signer un nouveau traité sur le changement climatique pour succéder au protocole de Kyoto, et à plafonner les émissions américaines de gaz à effet de serre. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire dans le contexte économique actuel des États-Unis. Il lui sera quasiment impossible d’obtenir que deux tiers des sénateurs ratifient un nouveau traité si ce dernier n’exige pas de la Chine et de l’Inde des efforts environnementaux similaires. Enfin, après le quasi-effondrement du système bancaire, Obama pourrait, plus que Bush, être favorable à une réforme de la manière dont sont réglementés les marchés financiers mondiaux.



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