Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques externes / USA ObamaImprimer l'article | Imprimer cet article

Agriculture

Incompréhension transatlantique sur les produits alimentaires

Par Luc Vernet | vendredi 16 janvier 2009



Impossible de faire dialoguer un vétérinaire européen et un autre, américain, sans qu’ils en viennent aux mains, ou presque. Tout divise les experts de la sécurité alimentaire entre les deux rives de l’Atlantique, au point que les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont toujours pas relancé les négociations sur un accord de reconnaissance des pratiques mutuelles entamées il y a plus de dix ans.

Le Vieux continent, au nom de la défense de ses terroirs et de ses pratiques ancestrales défend ses camemberts au lait cru ? L’Amérique rechigne à les placer sur son marché, regardant d’un œil suspect des produits qui offrent des garanties sanitaires incertaines : rien ne vaut le pasteurisé.

C’est dans cet état d’esprit que les uns et les autres ne parviennent à trouver un terrain d’entente ni sur la question de la lutte contre le développement de bactéries sur le poulet, ni sur l’utilisation des hormones de croissance pour les bovins ou sur la banalisation des OGM. Résultat : les contentieux se multiplient, y compris dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.

Depuis 1999, les Etats-Unis et le Canada imposent chaque année respectivement à 79 millions d’euros et de 8 millions de pénalités à l’Europe sous la forme de taxes à l’importation de la moutarde, de porc et d’autres produits de l’UE à cause du rejet par celle-ci du bœuf aux hormones.

Sur la question des organismes génétiquement modifiés (OGM), Washington laisse planer la menace de sanctions similaires depuis plusieurs années en raison des retards accumulés par l’Europe dans la commercialisation des semences High tech sorties de ses laboratoires. Mais pour éviter d’en arriver à une situation de blocage, comme c’est le cas sur le bœuf, aucune sanction n’a pour le moment été mise en place. Jusqu’à quand ?

De même sur l’utilisation de bains chlorés pour désinfecter les carcasses de volailles. Les ministres de l’agriculture de l’UE ont envoyé une fin de non recevoir aux Etats-Unis qui réclamaient avec insistance le retour du poulet américain dans les assiettes des consommateurs européens. Une de leur priorité du Conseil économique transatlantique. Les Européens estiment que les méthodes américaines sont trop radicales, et surtout, bien moins coûteuses que les techniques communautaires de réfrigération tout au long de la chaîne de production qui permettent d’éviter le développement de bactéries plutôt que de les éliminer en fin de chaîne. Faute d’avoir obtenu satisfaction, les Etats-Unis réclameront probablement tôt ou tard un arbitrage international, d’autant qu’ils rejettent les accusations portées sur les risques pour la santé humaine liés à l’utilisation du chlore.

Les contentieux portent aussi sur des questions purement commerciales, sans lien avec les problèmes sanitaires. C’est le cas par exemple du dossier du riz. La Commission européenne est prête à ouvrir des négociations avec Washington pour modifier l’accord de 2004 sur le régime d’importation communautaire de riz américain. Un accord complexe dont le fonctionnement mécontente les Américains. Leur irritation est la conséquence de la réforme de l’organisation commune du marché du riz en 2003 qui a obligé Bruxelles à modifier les concessions commerciales offertes aux pays tiers fournisseurs, au titre de l’accord du Gatt de 1994.

CLONAGE

Par ailleurs, il est fort à parier que les raisons des nouvelles frictions ne manqueront pas d’apparaître dans les prochaines années. A ce titre, il est probable qu’un consensus sur l’utilisation du clonage comme technique de reproduction pour les animaux de ferme soit très difficile à obtenir entre les deux rives de l’Atlantique. Les Etats-Unis viennent d’estimer que la consommation de produits issus de clones ou de leur descendance ne posait pas de problème. Ils ont déjà mis en cause la qualité du travail scientifique réalisé par l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments qui a émis des doutes. La Commission européenne, soucieuse de ne pas froisser Washington et de ne pas décourager la recherche scientifique a renoncé pour le moment à interdire le clonage, même temporairement. Mais la pression des associations du bien-être animal, les associations de consommateurs, relayées par les députés européens, réclament avec force un embargo total et durable sur cette technique de manipulation du vivant assimilée, de ce côté-ci de l’Atlantique aux OGM.

Un consensus sur l’utilisation du clonage comme technique de reproduction pour les animaux de ferme sera très difficile à obtenir 

Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover