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Economie & monnaie / UE2020Imprimer l'article | Imprimer cet article

UE 2020 Eviter de répéter les erreurs de la stratégie de Lisbonne

Par Sarah Collins | lundi 15 mars 2010

Fragilisée par les problèmes budgétaires de la Grèce, mais aussi de l’Espagne et du Portugal, mise sur la touche durant le sommet de Copenhague, l’Union européenne traverse des temps difficiles. Et le tremblement de terre en Haïti a accentué la mauvaise image de l’UE, qui a donné une impression de dispersion. Lors d’un Sommet informel organisé par le nouveau président du Conseil européen Herman Van Rompuy, le 11 février à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont évalué la situation et surtout tracé les grandes lignes de la prochaine stratégie économique décennale « UE 2020 ». Ce plan vise un objectif double : sortir l’UE de la crise et atteindre l’objectif que la stratégie de Lisbonne (2000-2010) avait fixé, sans y arriver : «  faire de l’UE l’économie basée sur la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive au monde ».

Car la stratégie de Lisbonne a échoué : seuls huit Etats membres ont atteint l’objectif du taux d’emploi de 70 % , et deux ont réussi à consacrer plus de 3 % de leur PIB à la recherche et au développement. La pression des pairs et la désignation des « retardataires » étaient les seuls outils à la disposition de la Commission européenne et du Conseil pour ramener les Etats défaillants dans le droit chemin et pour les encourager à poursuivre les réformes. Il est donc peu surprenant qu’en 2008 le taux d’emploi était de 66 % - proche de l’objectif, mais sans l’atteindre - et que les dépenses en R&D atteignaient le taux dérisoire de 1,9 % du PIB.

La crise a eu raison des maigres succès. Avec un taux de chômage de 10 % et plus et un taux de croissance chutant de plus de 4 % dans l’UE l’an dernier, certains Etats membres luttent pour survivre. La Grèce, le Portugal et l’Espagne ne sont pas les seules victimes. Le FMI (avec l’aide de la Commission) a dû intervenir pour sauver la Roumanie, la Lettonie et la Hongrie. L’Irlande a été une source d’inquiétude jusqu’à ce que, en décembre dernier, son programme de réduction du déficit calme les marchés. Vingt pays ont dépassé la limite de 3 % de déficit fixée par l’UE et leur dette atteint des sommets.

GOUVERNANCE

M. Van Rompuy tente à présent de prendre le contrôle de la nouvelle stratégie, accordant aux chefs d’Etat et de gouvernement plus de latitude quant à son fonctionnement. Mais les Etats membres avaient déjà cette responsabilité sous la stratégie de Lisbonne, sans que cela soit concluant. Pour Ann Mettler, du think-tank économique Lisbon Council, «  le Conseil n’a pas réussi à surmonter les résistances à ce qu’il disait souhaiter ». Les Etats membres hésitent à donner à la Commission un rôle plus actif. Un rapide coup d’œil aux contributions nationales à la consultation de novembre de la Commission européenne le confirme. Le Royaume-Uni propose que l’on organise des sommets annuels pour évaluer les progrès dans la réalisation des nouveaux objectifs, quels qu’ils soient, mais sans préciser quelle sera l’amélioration par rapport aux exercices de ce type prévus par Lisbonne. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré à l’occasion du lancement de la nouvelle alliance franco-allemande, le 4 février, que la Commission devait avoir un rôle d’évaluateur, mais que le Conseil devait rester le «  gouvernement économique » pour la stratégie.

SANCTIONS

Parallèlement, le Premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, demande plus d’objectifs «  contraignants » pour s’assurer de la réalisation des futurs objectifs. La question est de savoir s’il faut prévoir des sanctions. Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE pense que le budget UE pourrait servir de carotte ou de bâton : celui qui n’atteindrait pas l’objectif de 2020 pour l’innovation, par exemple, recevrait moins d’argent du programme-cadre de recherche. Les Etats membres reçoivent actuellement 350 milliards d’euros des fonds structurels et 50 milliards pour la recherche ; ils ont donc beaucoup à perdre. Mais selon Ann Mettler, ceci est contre-productif : «  quand vous faites ce qu’il faut, cela doit être reconnu. Pourquoi ne pas féliciter les pays qui font ce qu’ils doivent faire ? »

BUDGETS

Le problème majeur sera de réaligner les dépenses afin d’atteindre les objectifs. Le déficit budgétaire moyen dans l’UE est juste sous la barre des 7 % du PIB, et il devrait atteindre 7,5 % cette année. L’endettement brut atteindra 80 %, selon les estimations de la Commission, et les dépenses de crise devront être réduites d’ici 2011, comme convenu lors du Conseil européen de décembre. Faut-il dès lors réviser le budget communautaire en vue de financier la réalisation des objectifs  ? «  Il y a incohérence entre ce que nous disons vouloir et ce que nous faisons vraiment », fait remarquer Ann Mettler. L’objectif de la Commission - du moins tel que souligné dans la consultation de novembre - est de développer les compétences, l’éducation, l’innovation et les technologies vertes. «  Mais sur la base du budget, nous sommes une union agricole », souligne Mme Mettler, en référence aux 40 % consacrés aux dépenses agricoles.

CALENDRIER

Ce qui est ressorti du Sommet du 11 février n’est pas encore clair. Les discussions étaient censées alimenter le Conseil européen de mars, en vue d’un accord en juin. Pour Daniel Gros du Centre for European Policy Studies (CEPS) le résultat sera sans doute moins ambitieux que ce que d’aucuns pensent. «  Ils auront un Lisbonne II, sauf que certains processus seront différents et qu’ils auront moins d’objectifs. » Pour les Socialistes et les Verts du PE, le calendrier est trop serré et il faut reporter la décision à la fin de l’année. De fait, deux rapports clés sur l’avenir de l’Europe sont attendus dans les prochains mois (rapport du groupe d’experts de l’ancien commissaire Mario Monti sur le marché intérieur et rapport du comité des sages 2030 de l’ancien Premier ministre espagnol). M. Van Rompuy et le président de la Commission, José Manuel Barroso, ont présenté tous deux, le 11 février, un rapport officieux sur la manière dont ils conçoivent ce plan décennal. Mais il reste beaucoup à faire. Peu importe ce qui se passera au cours des six prochains mois, Mme Mettler estime qu’il est impératif de procéder à des réformes. «  L’Europe ne pourra pas supporter une nouvelle stratégie décennale d’objectifs qui ne sont pas atteints ni un processus qui est très bureaucratique ».

UE 2020 : les positions

Groupe S&D : obligations européennes et taxes vertes pour financer UE2020, report des débats

ADLE : la Commission doit avoir un rôle central, il faut utiliser le budget UE comme un bâton et une carotte

Verts/ALE : report de l’adoption jusqu’en décembre 2010

BusinessEurope : concentration sur la levée des obstacles au marché intérieur et financements pour les entreprises

UEAPME : augmenter les parts de marché pour les PME (marché intérieur et à l’international)

CES : développer un programme social (politiques marché du travail)

BEUC : accent accruesur l’inclusion sociale et la protection des consommateurs



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