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Trois tetes pour l’europe demaiLes prétendants à la Commission européenne

Par Nicolas Gros-Verheyde et Floriane Pellegrin | vendredi 05 juin 2009

LE CANDIDAT NATUREL, JOSÉ-MANUEL BARROSO (PORTUGAL, PPE)

L’actuel président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, est candidat à un nouveau mandat. C’est même le seul candidat officiellement déclaré et soutenu à la fois par son parti – le parti populaire européen – et par plusieurs leaders européens (Portugal, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, République tchèque, Pologne). De lui, on connaît tout ou presque. Son passé d’activiste maoïste au Mouvement de réorganisation du parti du prolétariat (MRPP), son passage, après la mort de son père et un séjour à Londres, au parti social-démocrate qui est classé au centre-droit (PSD), des études aux Etats-Unis, et surtout sa lente conquête du pouvoir.

Secrétaire d’État à l’Intérieur en 1985, puis aux Affaires étrangères, dans le gouvernement d’Anibal Cavaco Silva, il finit par en être le ministre des Affaires étrangères. Après la défaite électorale du PSD, il prend la tête de son parti et finit par être Premier ministre en 2002. Il se range naturellement aux côtés des Américains dans la guerre d’Irak qui s’annonce (il sera l’hôte du fameux sommet des Açores entre Bush, Blair et Aznar). Mais il a aussi une ambition : l’Europe. Aussi, quand le poste de président de la Commission européenne lui est offert en juin 2004, il n’hésite pas : il quitte Lisbonne pour Bruxelles.

Aujourd’hui, il rêve de rééditer le score de Delors, rester dix ans à la tête de la Commission européenne. Dans ce premier mandat, l’ancien Premier ministre portugais n’a pas démérité. Disposant d’un certain brio linguistique — il parle couramment le français, l’espagnol et l’anglais —, il est chatoyant, doté d’une bonne analyse de la situation, habile à déceler les évolutions politiques. Plus proche de l’attentisme que de l’audace, il reste cependant pusillanime, oscillant sans cesse d’un projet à un autre. Ainsi, il n’a pas su défendre un budget ambitieux pour l’Europe, s’est montré adepte du « moins légiférer » plutôt que du « mieux réguler » et, surtout, n’a pas vu venir la crise financière et économique. La Commission européenne a, ainsi, eu un « retard à l’allumage » d’une bonne année.

Son maître-mot demeure cependant : « être à l’écoute » des gouvernements. Ce qui lui assure une nette majorité parmi les dirigeants actuels, avec une réelle inconnue du côté gouvernemental : la France. Du côté du Parlement européen, en revanche, il compte de sérieux ennemis, chez les Libéraux, les Socialistes et les Verts. Mais qui n’ont pas réussi à s’entendre, durant la campagne, sur un candidat commun.

L’ALTERNATIVE, JAN PETER BALKENENDE (PAYS-BAS, PPE)

Le Premier ministre des Pays-Bas (CDA/PPE), même s’il a déclaré que la présidence de la Commission européenne ne figurait pas à son agenda politique actuel, « ne dirait pas non », selon son ministre des Affaires étrangères, Ben Bot, qui a un peu lancé sa candidature.

Né le 7 mai 1956 à Biezelinge, une petite province calviniste des Pays-Bas, il débute sa carrière, après des études d’histoire et de droit, dans l’équipe de recherche de l’Institut des Chrétiens démocrates et comme conseiller municipal d’Amstelveen (Amsterdam). Il occupe ensuite la chaire de « doctrine sociale chrétienne » à l’Université libre d’Amsterdam. Mais c’est surtout en politique qu’il s’illustre. Elu à la chambre des représentants en mai 1998, il prend la tête du groupe chrétien-démocrate en 2001, où il succède à Jaap de Hoop Scheffer, futur ministre des Affaires étrangères et surtout actuel secrétaire général de l’OTAN.

Surnommé « Harry Potter » pour ses lunettes rondes et son visage poupon, il devient Premier ministre en 2002, poste qu’il a depuis assuré à la tête de plusieurs coalitions (il gouverne aujourd’hui avec les sociaux-démocrates du PvDA). Il a joué un rôle déterminant dans la réduction de la dette nationale et dans l’assainissement de la dette. Sa politique nationale s’articule autour de la modernisation des services publics, de la lutte contre la criminalité, et un strict contingentement de l’immigration. Au niveau international, réputé atlantiste, il a soutenu l’intervention américaine en Irak comme en Afghanistan. Mais il a été un des artisans de l’introduction dans le Traité de Lisbonne d’un protocole sur les services publics.

LE RETOUR, GUY VERHOFSTADT (BELGIQUE, ALDE)

Ancien Premier ministre belge durant une dizaine d’années, barré une fois au poste de président de la Commission européenne, Guy Verhofstadt se rêve un destin européen. Et sa candidature a été adoubée par le parti démocrate européen (dont font partie le Modem français et la Margherita italienne).

Né en 1953, il entre en politique à 24 ans aux côtés de Willy De Clercq, le dirigeant du parti libéral flamand, PVV. Surnommé « Baby Thatcher », pour ses prises de position très libérales, il transforme le PVV en un parti plus moderne, le VLD, capable de rivaliser avec son vieil ennemi, les Chrétiens-Démocrates. Même s’il a mis un peu d’eau dans son vin au fil des ans, il ne renie pas ses convictions mais est considéré au niveau européen plutôt comme de… centre-gauche. Bizarrerie de l’effet d’optique continental. Il défend ainsi passionnément l’idée d’une régulation européenne, y compris en matière financière, l’établissement de « minima et maxima » sociaux ou fiscaux, et une organisation européenne plus intégrée.

L’OPPOSANT, POUL NYRUP RASMUSSEN (DANEMARK, PSE)

Ancien Premier ministre danois (de 1993 à 2001) et actuel président du Parti Socialiste Européen (PSE), il est souvent cité comme un prétendant possible. Même si son parti s’est refusé à l’investir, il ne désespère pas, espérant « qu’une autre majorité se dégage et que José Manuel Barroso ne pourrait pas être reconduit. » Il est d’ailleurs soutenu par les leaders d’autres partis, comme Daniel Cohn-Bendit (Verts). La nomination d’un autre Danois, homonyme, actuel Premier ministre (conservateur) à la tête de l’OTAN a cependant jeté beaucoup d’ombre sur sa candidature. La présence de deux Danois simultanément à la tête de deux organisations européennes paraît exclue.

Né en juin 1943 à Esberg au Danemark, issu d’un milieu modeste, il étudie à l’Université de Copenhague pour obtenir en 1971 un diplôme en économie. Economiste en chef pour la Confédération travailliste danoise, il devient le président du parti social-démocrate (DK) en 1992. Outre ses fonctions de Premier ministre, il est connu pour avoir été l’artisan de la politique de relance, appelé « kick-start », en 1993-1994. Réélu en 1998, il obtient l’adhésion de la population au Traité d’Amsterdam (à 55 %) mais échoue à l’entraîner dans l’Euro (53,2 % de Non). Rasmussen organisa des élections anticipées en 2001 à la suite des attentats du 11 septembre.

LE TECHNICIEN, MARIO MONTI (ITALIE)

Son nom n’est apparu que très récemment, porté par le parti démocrate européen. Il a l’avantage d’être plutôt neutre politiquement et de jouir d’une bonne « cote » de responsable politique. Il a le tort d’être de la même nationalité que Romano Prodi qui a déjà occupé le poste de président de la Commission (de 1999 à 2004).

Né en 1943, « il professore » est avant tout un universitaire pragmatique. Professeur de théorie et de politique monétaire, puis de science politique à l’université Bocconi, avant d’en devenir le recteur, il devient membre de la Commission européenne nommé par le gouvernement Berlusconi, confirmé par le gouvernement D’Alema. Ce qui est en soi une prouesse. Chargé du Marché intérieur dans la Commission Santer de 1995 à 1999 puis de la Concurrence sous son compatriote Prodi, de 1999 à 2004, il se fait une réputation de « dur à cuire », n’hésitant pas à utiliser ses pouvoirs pour contrer des fusions - comme General Electric et Honeywell – ou des aides d’État – au Français Alstom - qu’il estime néfastes pour le marché européen.

L’INCONNU, HANS-GERT PÖTTERING (ALLEMAGNE, PPE)

Officiellement, il n’est pas candidat. Cependant, d’après ses proches, si on le lui demandait, il n’hésiterait pas. Il a l’avantage d’être allemand. Et un Allemand n’a pas été à la tête de la Commission européenne depuis plus de 40 ans.

L’homme a l’Europe chevillée au corps. Né quelques jours après la fin de la 2e guerre mondiale, le 15 septembre 1945, Hans-Gert Pöttering suit des études de droit et de sciences politiques aux universités de Bonn et Genève puis part à New-York (à l’université de Columbia). Porte-parole en 1974 des jeunes de Niedersachsen, sa région de naissance, il devient membre du Parlement européen dès sa transformation en assemblée élue au suffrage universel, en 1979. Et il en a été le président durant ces 30 derniers mois. En 2004, il a été un des faiseurs de « rois », notamment en contrant la candidature de Guy Verhosftadt et en soutenant celle de José-Manuel Barroso en 2004. En tant que président du groupe parlementaire PPE (chrétiens-démocrates), il a en effet toujours défendu qu’un des siens soit à la tête de la Commission européenne.



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