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Institutions / Trois têtes pour l'EuropeImprimer l'article | Imprimer cet article

Les prétendants au poste de Haut représentant

Par Nicolas Gros-Verheyde | vendredi 05 juin 2009

LE CANDIDAT NATUREL, CARL BILDT (SUÈDE, PPE)

Sans doute une des meilleures candidatures pour le poste. Doté d’une solide expérience des Balkans, il vient d’un pays qui présente certaines garanties pour ce poste : ni petit, ni grand, pionnier en matière de défense européenne, notamment d’opérations de maintien de la paix, non membre de l’OTAN mais pas très loin non plus, à mi-chemin entre l’Est et l’Ouest. Il présente deux handicaps : il ne parle pas vraiment le français (condition posée par la France) et la nomination d’un autre scandinave à l’OTAN lui fait de l’ombre.

Né en 1949, Carl Bildt devient député en 1979, poste qu’il occupera jusqu’en 2001. Devenu président du parti conservateur « les Modérés » (1986-1999), il accède à la fonction de Premier ministre de 1991 à 1994, quand la Suède prépare son adhésion à l’UE. Battu aux élections, il passe à l’international, particulièrement dans le Sud-Est européen. Envoyé spécial de l’UE puis Haut-représentant en Bosnie-Herzégovine de 1995 à 1997, il devient envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU dans les Balkans de 1999 à 2001. Atlantiste déclaré, il fait partie notamment du « Board » de la Rand Corporation, un des plus anciens et importants think-tanks américains.

L’EXPÉRIENCE, JAAP DE HOOP DE SCHEFFER (PAYS-BAS, PPE)

Actuel secrétaire général de l’OTAN, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Balkenende, cette candidature pourrait apparaître comme une suite logique de son prédécesseur, Javier Solana. Mais elle pourrait apparaître aussi comme sonnant le glas d’une certaine indépendance de la politique étrangère de l’UE.

Né en 1948 à Amsterdam, Jaap de Hoop de Scheffer est diplômé de droit de l’Université de Leyde. Il effectue son service militaire dans l’armée de l’air (1974-76) puis entre au ministère des Affaires étrangères. Il sera en poste notamment à l’ambassade néerlandaise d’Accra, comme porte-parole, mais aussi à la représentation permanente des Pays-Bas à l’OTAN, en charge des questions de planification de défense (1978-1980). Il devient ensuite secrétaire particulier des ministres successifs des Affaires étrangères, notamment de Van den Broek (qui deviendra ensuite commissaire européen). Elu député chrétien-démocrate (CDA), en 1986, notamment aux commissions « affaires étrangères », « affaires européennes » ou défense », il devient président du groupe parlementaire en 1997. Il participe également aux débats de l’Union de l’Europe occidentale, avec un rapport sur la crise du Golfe en 1990. Il pratique couramment l’anglais et s’est mis sérieusement au français.

LA SURPRISE, MICHEL BARNIER (FRANCE, PPE) OU BERNARD KOUCHNER (FRANCE, SOCIALISTE)

Même si le gouvernement français n’a marqué officiellement aucun intérêt pour le poste, il n’a aussi indiqué aucun autre nom qui ait sa préférence. Et, pour le président français Nicolas Sarkozy, la diplomatie est un dossier important qu’il importe de « ne pas laisser à un petit pays ». Outre Michel Barnier, le candidat pressenti, une autre carte pourrait s’affirmer : Bernard Kouchner.

Pour Michel Barnier, qui a été de 1999 à 2004 chargé de la politique régionale et de la réforme constitutionnelle, Bruxelles n’est pas une terre inconnue. Né en 1951, diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Paris, il milite au parti gaulliste et devient député en 1978, puis président du Conseil général de Savoie en 1982. ministre de l’Environnement (1993-1995) puis aux Affaires européennes (1995-1997), sous Jacques Chirac, il passe ensuite à Bruxelles. Commissaire à la politique régionale (1999-2004) et à la réforme constitutionnelle, il participe aux travaux de la Convention européenne. En 2004, il revient à Paris pour devenir ministre des affaires étrangères. Le « non » au référendum sonne le glas de cette expérience ministérielle. Devenu ministre de l’Agriculture du gouvernement Fillon en 2007, il s’est présenté en tête de liste aux européennes pour l’UMP, le parti présidentiel, et devrait siéger au Parlement européen, nouvellement élu.

Bernard Kouchner a plusieurs facettes susceptibles de convaincre à ce poste. Atlantiste convaincu (pour l’intervention américaine en Irak) mais engagé dans l’humanitaire, il s’est illustré dans la gestion de crises internationales, au Kosovo notamment. Malgré sa fougue inébranlable, c’est aussi le plus vieux des prétendants. Il a traversé l’échiquier politique, de gauche à droite : de sa jeunesse dans les étudiants communistes à l’âge adulte avec les socialistes avant de devenir ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Nicolas Sarkozy, poste primordial durant la présidence française de l’UE et la crise russo-géorgienne de l’été 2008. Né en 1939 à Avignon, après des études médicales, il s’engage en mission à la Croix-Rouge, puis participe à la création de « Médecins sans frontières » puis de « Médecins du Monde » et milite pour le « droit d’ingérence ». De 1988 à 2001, il occupe plusieurs postes ministériels (Action humanitaire, Santé) dans plusieurs gouvernements socialistes successifs, sous François Mitterrand. De 1999 à 2001, il est nommé Haut représentant de l’ONU au Kosovo, après l’intervention de l’OTAN dans l’ancienne province serbe placée sous protection internationale.

LA FEMME, DORA BAKOYANNIS (GRÈCE, PPE)

Ministre grecque des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis préside aussi aux destinées de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe). Née en 1954 à Athènes, dans une famille très politique – son père, Kostandinos Mitsotakis a été Premier ministre –, elle suit celui-ci en 1968 en exil à Paris pour revenir en Grèce en 1974, après la chute du régime des colonels. Ses études ont donc été itinérantes : Paris, Munich puis Athènes. Elle entre véritablement en politique en septembre 1989, après l’assassinat de son mari alors député de la Nouvelle Démocratie par l’organisation terroriste « 17 Novembre ». Dora Bakoyannis est élue députée, puis à la mairie d’Athènes en 2002. Véritable europhile, elle parle le grec, le français et l’allemand.



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