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Institutions / Trois têtes pour l'EuropeImprimer l'article | ![]() Trois têtes pour l’Europe demainEn vingt ans, les « nominés » n’ont pas toujours été les élusPar Nicolas Gros-Verheyde | lundi 08 juin 2009
![]() Les nominations des présidents de la Commission européenne n’ont jamais été chose aisée. Depuis vingt ans, les coups de force marquent l’intronisation à ce poste qui reste, malgré toutes les critiques dont il a été l’objet, l’un des plus recherchés car le symbole le plus marquant et le plus réussi de l’intégration européenne. Le premier candidat affiché n’étant pas toujours celui qui sort du chapeau, veto d’un pays ou de l’autre aidant. COMMISSIONS DELORSEn 1984, pour prendre la tête de la Commission au 1 er janvier 1985, quatre candidats sont affichés publiquement : le Belge Etienne Davignon, l’Allemand Kurt Biedenkopf, le Néerlandais Frans Andriessen, le Français Claude Cheysson qui paraît avoir ses chances. Mais Margaret Thatcher oppose un veto à l’encontre de ce dernier. Et Helmut Kohl n’est pas très chaud sur le nom. Finalement, ce sera Jacques Delors qui sera proposé, côté français, et adoubé, par un commun accord franco-allemand avec l’assentiment britannique. En 1988, au Conseil européen de Hanovre, Delors est reconduit pour un deuxième mandat (celui-ci est alors de 4 ans). Et, en juin 1992, au Conseil européen de Lisbonne, alors que la guerre de Bosnie fait rage, il est nommé pour un dernier mandat (1993-1994), plus court (2 ans), afin de correspondre à la modification par le Traité de Maastricht de la durée du mandat de la Commission. COMMISSION SANTEREn 1994, pour remplacer Jacques Delors, le Premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, est pressenti. Le veto britannique de John Major, au Sommet de Corfou, le 24 juin 1994, sonne le glas de ses espérances. L’intéressé avait pourtant obtenu le soutien de la majorité des Etats : de 8 au départ, ils étaient passés à 11 sur 12 lors d’un second tour. La présidence allemande de l’Union européenne prend son bâton de pèlerin. Klaus Kinkel, le ministre des Affaires étrangères allemand est envoyé en démineur. Helmut Kohl met en place la procédure mise en place par le Traité de Maastricht en venant rendre compte devant les groupes du Parlement européen de l’avancée des négociations. Et un sommet extraordinaire est convoqué début juillet pour désigner le candidat de compromis, le Premier ministre luxembourgeois Jacques Santer. COMMISSION PRODIEn 1999, quand la Commission Santer chute sur le rapport des Sages, deux noms se détachent rapidement : l’Espagnol Javier Solana, alors secrétaire général de l’OTAN, qui a la préférence notamment des Allemands, et l’Italien Romano Prodi, ancien Premier ministre qui a réussi la qualification de son pays à l’euro. Même si tous les chefs de gouvernement ne sont pas prêts, l’ambiance délétère oblige à une décision rapide. Les 15 se mettent rapidement d’accord sur un doublé : Prodi est désigné comme président de la Commission européenne et son challenger est intronisé au nouveau poste créé par le Traité d’Amsterdam, celui de Haut représentant pour la politique extérieure. COMMISSION BARROSOEn 2004, seul candidat officieusement déclaré, le nom de Guy Verhofstadt est proposé au Conseil européen. Le Premier ministre belge a le soutien du couple franco-allemand mais suscite aussi une franche hostilité du Royaume-Uni, de la Pologne, des pays baltes, de l’Italie, voire des Pays-Bas. Ces Etats ont peu apprécié son engagement contre la guerre en Irak. Son profil « fédéraliste » irrite particulièrement les Britanniques. Il a également contre lui le parti populaire européen (PPE). Le président du groupe parlementaire, Hans-Gert Pöttering, fait tout pour « torpiller » cette candidature, estimant que le poste doit revenir à un de ses membres. Cela fait beaucoup. Mais peu d’autres candidats « alternatifs » semblent possibles. Le Britannique Chris Patten, présenté par le PPE, s’est heurté au veto français, Jacques Chirac considérant que le président de la Commission ne peut être issu d’un pays qui ne participe pas à toutes les politiques européennes (euro compris). Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui a la préférence de nombre de dirigeants européens, refuse de « monter à Bruxelles », estimant qu’il se doit à ses électeurs luxembourgeois. Le PSE n’a présenté aucun candidat, considérant qu’un candidat socialiste n’a aucune chance vu que 21 chefs de gouvernement sur 25 sont à droite. Le Conseil européen, réuni les 17 et 18 juin, se sépare donc sur un échec. De nombreux noms alternatifs circulent alors, comme ceux d’Anders Fogh Rasmussen (Premier ministre danois, libéral), de Pat Cox (président du Parlement sortant, Irlandais), de Michel Barnier (ministre des Affaires étrangères français), de Wolfgang Schüssel (Premier ministre autrichien, conservateur) ou Antonio Vitorino (commissaire socialiste, Portugais). Aucun n’emporte la palme. Les 25 se mettent, en effet, très vite d’accord sur un nom de compromis : celui de José Manuel Durao Barroso, Premier ministre portugais. Membre du PPE, opposé à l’extrême-droite, francophile, venant d’un petit pays participant à toutes les politiques européennes, il s’est engagé délibérément aux côtés des Américains dans la guerre d’Irak et est bien vu de Londres. Il a tout pour plaire aux deux camps qui ne sont pas disposés à s’étriper, considérant que le futur Traité sur la Constitution européenne, qui devrait entrer en vigueur en 2007, leur offre des postes de « compensation ». Un Conseil européen extraordinaire est convoqué, le 29 juin 2004, pour entériner le choix du Portugais. |
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Un renouvellement soumis à l’aléa démocratique ? -
