Analytique, complet, indépendant |
|
Politiques externes / Traité de Lisbonne - Un anImprimer l'article | ![]() UE/Etats-UnisLe Parlement européen s’est rendu incontournablePar Brian Beary à Washington | lundi 17 janvier 2011
![]() Le choc a été aussi brutal que soudain, pour les Américains. A peine deux mois après avoir obtenu, via le traité de Lisbonne, un véritable droit de regard sur les accords internationaux, le Parlement européen a exercé ce nouveau pouvoir le 11 février 2010 en rejetant l’accord SWIFT UE/Etats-Unis que les Américains jugeaient capital pour leur sécurité nationale. Même si elle avait été prévenue que le Parlement européen ne décolérait pas, furieux d’avoir été exclu de la négociation de l’accord, l’administration américaine a été prise de court. Elle a tenté d’exercer un lobbying de haut niveau à Bruxelles, mais trop tard. L’accord a dû être renégocié, les eurodéputés ayant arrêté une nouvelle version en juillet. Entre février et juillet, Washington a eu le temps de prendre la mesure des nouveaux pouvoirs post-Lisbonne du Parlement européen. Dès lors, lorsque Jerzy Buzek, le Président du PE, s’est rendu à Washington en avril 2010, on lui a déroulé le tapis rouge. M. Buzek a eu une série de réunions à haut niveau, notamment avec le vice-Président Joe Biden, la secrétaire d’État Hillary Clinton, et la Présidente de la Chambre Nancy Pelosi, mais pas le Président Barack Obama. C’est que le Parlement se pose en défenseur des données personnelles, ce qui rend les Etats-Unis nerveux. Washington craint que ne soit mis à mal l’accord PNR UE/Etats-Unis, par lequel les compagnies aériennes sont tenues de transmettre les données personnelles des passagers aux autorités américaines. Le PE doit encore ratifier cet accord PNR. La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure Janet Napolitano n’a certainement pas envie de rouvrir l’accord, mais si les députés européens le rejettent par vote, elle n’aura pas d’autre choix que de renégocier. Le PE aura aussi son mot à dire sur l’accord que négocient l’UE et les Etats-Unis sur les principes communs de protection des données, qui doit faciliter la communication des données personnelles entre autorités américaines et européennes. OBAMA APPUIE LISBONNEIl n’aura échappé à personne que le gouvernement Obama a accueilli favorablement les changements institutionnels issus du traité de Lisbonne, surtout la concentration de pouvoirs à Bruxelles. Le président américain a rencontré pour la première fois le nouveau Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à un sommet sur la sécurité nucléaire en avril, tandis que Mme Clinton s’est entretenue avec la Haute Représentante européenne Catherine Ashton. Plus parlante peut-être que ces réunions, la fameuse réunion qui n’a pas eu lieu. En janvier, la Maison Blanche a indiqué que Barack Obama n’accepterait pas une invitation du Premier ministre espagnol José Luis Zapatero à un sommet UE/Etats-Unis au printemps, à mi-chemin de la présidence espagnole du Conseil. Ce refus américain a porté un coup au prestige de la présidence tournante du Conseil sur la scène internationale. Le rôle de représentation de la présidence sur la politique étrangère européenne reste d’ailleurs assez flou. Après l’Espagne, la présidence belge garde un profil bas à l’international, soucieuse de ne pas faire ombrage au Belge Van Rompuy. Lisbonne a redistribué les cartes du corps diplomatique européen à Washington. La présidence européenne ne dirige plus les réunions de coordination entre diplomates des États membres, c’est désormais la délégation de l’UE qui s’en charge. L’appellation « Délégation européenne » est née avec Lisbonne, le 1er décembre 2009, en lieu et place de la délégation de la Commission européenne. La nomination d’un nouvel ambassadeur aux Etats-Unis pour remplacer l’ambassadeur sortant John Bruton, dont la mission a pris fin en octobre 2009, a créé bien des remous. Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a réussi, en février 2010, à y placer son ancien chef de cabinet, Joao Vale Almeida. Les États membres n’ont pas caché leur mécontentement, car ils auraient préféré une personnalité moins proche de la Commission. Le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt a même estimé publiquement que la fonction d’ambassadeur avait été dégradée en étant confiée à un bureaucrate et non à un responsable politique. M. Almeida, qui a pris ses fonctions en août, dirige une délégation un peu nerveuse à Washington. Les officiels se demandent comment la composition de la délégation changera pour respecter les exigences de Lisbonne ajoutant des diplomates des États membres et des représentants du Conseil pour former le nouveau Service européen d’action extérieure. PRÉSENCE DU PEPar ailleurs, la délégation du PE à Washington travaille aux côtés de neuf représentants du Parlement européen. Avec ce nouveau bureau, créé à Washington DC en janvier 2010, le PE dispose de son premier office dans un pays tiers. Une création qui ne découle pas directement du traité, même si Lisbonne a donné aux eurodéputés l’élan nécessaire. Physiquement localisé dans les bâtiments de la délégation européenne, le bureau du Parlement n’est pas placé sous l’autorité de M. Almeida, le chef de la délégation, mais fait rapport au secrétaire général du PE, Klaus Welle. L’évolution des relations entre le bureau du PE et la délégation de l’UE sera suivie avec intérêt. Sur certains dossiers, notamment la politique du climat, les positions des deux sont très proches. Mais sur d’autres, comme la protection des données et les libertés civiles, leurs divergences sont considérables. Après tout, c’est la Commission et le Conseil qui ont négocié ensemble, avec les Etats-Unis, l’accord SWIFT, ensuite rejeté par le Parlement. Si l’on croyait, à Washington, que Lisbonne lèverait toute ambiguïté quant à qui parle au nom de l’Europe et ce que pense l’Europe, l’on risque d’être déçu. |
|




Le Parlement européen s’est rendu incontournable -
