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La Commission mise sur l’éolien

Par Dafydd ab Iago | jeudi 08 octobre 2009

L’énergie éolienne a la cote. Elle se taille une place de choix dans la communication sur le financement des technologies à faible émission de carbone, que la Commission européenne a adoptée le 7 octobre. L’exécutif européen évalue à 6 milliards d’euros sur dix ans le budget nécessaire pour financer une initiative européenne en faveur de l’éolien, qui devrait permettre à cette source d’énergie renouvelable de devenir pleinement compétitive et contribuer jusqu’à 20 % de l’électricité dans l’UE en 2020 et 33 % d’ici 2030. Le projet table aussi sur la création de 250.000 emplois qualifiés (1).

L’initiative en faveur de l’éolien identifie les défis, technologiques et autres, à relever pour réduire les coûts et doper le déploiement offshore. Cela passe par des turbines éoliennes onshore (terrestres) plus grandes et mieux conçues. L’offshore, surtout l’ « offshore profond » (fonds marins profonds), nécessitera des turbines plus puissantes, sur base de nouveaux matériaux, composants et sous-structures. La Commission semble privilégier le financement de processus de production mieux automatisés et optimalisés et le concept de réseaux d’électricité modernisés capables de faire fonctionner un grand nombre de centrales électriques.

La Commission note la nécessité de mieux cerner les ressources éoliennes en Europe, de construire 5 à 10 installations d’essai des nouveaux composants des turbines, et de lancer jusqu’à dix projets de démonstration des turbines de prochaine génération. Les autres points de la liste englobent, le programme de recherche destiné à améliorer l’efficacité de la conversion énergétique, cinq prototypes de nouvelles sous-structures offshore testés dans différents environnements, la démonstration de nouveaux procédés de fabrication, et l’évaluation de nouvelles stratégies logistiques et de techniques d’érection.

FÉDÉRATION AMBITIEUSE

Lors d’une récente conférence, le président de l’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA), Arthouros Zervos, a indiqué que des projets d’éolien offshore pour plus de 100 GW étaient prévus en Europe. Ces 100 GW correspondent à quelque 373 TWh d’électricité, soit de 8,7 % à 11 % de la demande d’électricité de l’UE. Ils éviteraient 200 millions de tonnes d’émissions de CO2 par an. EWEA promet 230 GW d’énergie éolienne au total en 2020, avec 40 GW provenant de l’offshore à cette date et 150 GW d’offshore en 2030.

Cet optimisme s’explique par un simple calcul. Le directeur d’EWEA, Christian Kjaer, note la hausse nette de capacité énergétique dans l’UE pour la période 2000-2008. Le gaz a progressé de plus de 83 GW, l’éolien dépasse 55 GW de nouvelle capacité installée pour cette période. Le nucléaire a baissé (-6251 MW), tout comme le charbon (-11216 MW) et le fuel (-13021 MW) pour la même période. Avec le photovoltaïque (8827 MW), l’hydroélectricité (2921 MW), la biomasse (1907) et d’autres énergies (1183 MW), les renouvelables ont représenté un peu moins de la moitié de la hausse nette d’électricité.

M. Kjaer reconnaît que des défis seront à relever. «  Le coût de l’amélioration du réseau pour faciliter le nucléaire a été payé par tous. Ce n’est pas le cas pour l’éolien. Les adaptations du réseau comptent déjà pour quelque 20-25 % de nos coûts », note-t-il. 2010 sera une année clé. La Commission devrait présenter un schéma directeur du réseau de la mer du Nord axé sur l’éolien offshore. EWEA invite les GRT européens à se révéler «  visionnaires » lorsqu’ils rédigeront le premier plan de développement du réseau sur dix ans.

Des goulets d’étranglement pourraient provenir de la chaîne d’approvisionnement, surtout pour l’offshore qui se fonde sur une logistique complexe. EWEA, dans son rapport sur l’offshore, reconnaît qu’il faudra développer toute une nouvelle chaîne, à une échelle comparable à l’industrie du gaz et de l’électricité de la mer du Nord. Autre problème majeur, l’absence de planification spatiale maritime intégrée, et le besoin croissant d’une consolidation à l’échelle européenne.

Le cas de Thornton Bank, un parc d’éoliennes de C-Power, à 30 km au large des côtes belges en mer du Nord, illustre les difficultés bureaucratiques. Le directeur général de C-Power, Filip Martens, fait état d’une période de dix ans pour obtenir les permis de bâtir. En outre, la construction de turbines individuelles nécessite des permis de parfois douze autorités différentes (portuaires, maritimes, police navale, etc) et la prise en compte de conditions météo difficiles.

SOUTIEN POLITIQUE

Le commissaire à l’Energie Andris Piebalgs, présent à la conférence d’EWEA, a rappelé que l’UE avait alloué, en mai 2009, 565 millions d’euros du plan de relance de l’économie européenne à des projets d’éolien offshore. M. Piebalgs s’attend à ce que cette enveloppe bénéficie à dix projets pour un investissement total excédant les 4 milliards. La Banque européenne d’investissement a approuvé en juillet, pour la première fois, le risque lié au cash-flow dégagé par le projet d’un parc éolien offshore (d’une valeur de 300 millions d’euros pour le projet belge BELWIND).

La feuille de route de l’éolien offshore:  www.europolitique.info > recherche = 256537

6 milliards d’euros sur dix ans pourraient être alloués à une initiative européenne en faveur de l’éolien 

Plate-forme européenne contre l’éolien

La Plate-forme européenne contre les parcs éoliens (EPAW) a tenu sa première conférence de presse en mai, à Bruxelles. Selon cette ONG, les parcs sont la « peste moderne de l’Europe ». EPAW réclame un moratoire sur les projets éoliens dans l’UE. Fondée à Paris en octobre 2008, la nouvelle ONG regroupe 363 organisations signataires dans dix-neuf pays d’Europe. EPAW a pour objectifs de s’opposer aux propositions d’éoliennes, de remettre en cause l’efficacité des parcs d’éoliennes pour résoudre les problèmes énergétiques, et de protéger la faune, la flore et les paysages des ravages que causent directement et indirectement les éoliennes. L’organisation entend aussi lutter contre les dégâts des éoliennes sur le tourisme, l’économie, la qualité de vie, la santé et la valeur des propriétés foncières (www.epaw.org).


(1) A la fin de 2008, la capacité éolienne cumulative dans l’UE-27 s’établissait juste sous les 65 GW, tandis que 8,5 nouveaux GW étaient installés, rien qu’en 2008.

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