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Politiques sectorielles / Sommet UE/AfriqueImprimer l'article | Imprimer cet article

Tribune libre

L’UE est-elle prête à payer la facture du changement climatique ?

Par Raquel C. Alvarez, ancienne chercheuse sur le climat à l’IPPR (Institute for Public Policy Research) | mercredi 05 décembre 2007

Le changement climatique devrait être au premier plan du Sommet UE-Afrique, la semaine prochaine à Lisbonne. Il s’agit de la deuxième tentative en sept ans de l’Europe de resserrer ses liens avec un partenaire vital - l’Afrique. Le fait que la Présidence portugaise se tourne vers le sud résulte d’une conjonction de facteurs internes et externes. Parmi ceux-ci le changement climatique en Afrique occupe une place centrale. Citons aussi le rapport développement/sécurité, le recentrage sur les ressources naturelles et la sécurité énergétique, l’engagement croissant des Etats-Unis dans la région et l’émergence de la Chine en tant qu’acteur majeur.

Sur les huit «partenariats Afrique-UE» spécifiques qu’approuvera le sommet, le plus important sera peut-être le sixième: le changement climatique. Le réchauffement de la planète frappe déjà l’Afrique et comme dit Andrew Simms, des New Economics Foundations basées au Royaume-Uni, «  [le changement climatique] va fortement aggraver bien des problèmes auxquels l’Afrique est déjà confrontée ». Par ce partenariat, l’Afrique et l’UE vont intensifier le dialogue, la coopération et les échanges directs pour réagir au changement climatique et partager une même vision. Deux priorités sortiront du lot: définir un agenda commun de coopération et de mesures politiques, et s’unir face à l’aridité croissante et la dégradation des terres.

Le partenariat a l’ambition de lutter sur plusieurs fronts contre plusieurs aspects du changement climatique. Il vise à améliorer l’efficacité énergétique et à promouvoir les technologies qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Une stratégie d’adaptation est aussi prévue avec le développement de ressources internes pour réagir aux effets des manifestations climatiques extrêmes. Le partenariat aidera l’Afrique à bénéficier des répercussions économiques en l’encourageant à participer aux marchés mondiaux du carbone. Tout aussi porteur, l’aspect du partenariat sur l’intégration des politiques du changement climatique aux stratégies africaines de développement national/régional, et sur la coopération au développement Afrique-UE. Au final, une approche européenne mieux équilibrée pour créer une relation d’égalité entre les deux continents. Et avec à la clef d’énormes retombées potentielles.

DÉFIS

Pour que ces retombées se concrétisent, encore faut-il trouver un mode de financement. L’ONU a estimé, la semaine passée qu’il faudrait 1 trillion d’euros par an. Pour récolter les fonds nécessaires, l’UE espère pouvoir compter sur le 10ème Fonds européen de développement, les instruments budgétaires de l’Union, les contributions bilatérales, voire les investissements privés. Le défi majeur ne sera pas de convaincre les Etats membres de trouver des fonds nouveaux, mais d’empêcher que les fonds ne dévient des sources de financement du développement vers le partenariat lié au climat. Plusieurs pays d’Afrique craignent déjà que le peu de ressources disponibles pour des projets de développement (logement, infrastructure, enseignement) ne soit détourné vers cette cause.

En intégrant le changement climatique à la coopération au développement, le risque est grand d’assortir le financement de strictes conditions et de voir les bénéficiaires se tourner vers des sources moins exigeantes. Réduire la déforestation est une manière très rentable de diminuer les émissions de carbone, mais pour d’autres pays, le bois est une source vitale de revenus. De 0,4 % à 0,7 % des forêts africaines sont abattues chaque année, pour être exportées en bonne partie à la Chine - premier importateur mondial de bois. Ce partenariat ne doit pas et n’empêchera pas les gouvernements africains de garder leurs échanges commerciaux avec des économies hors UE. Mais pour qu’il ait un impact réel, il doit être financé de manière appropriée et séparée, sans surcharger le bénéficiaire de stipulations onéreuses.

Quel que soit l’intérêt que la presse porte à la présence du Président Mugabe, ce Sommet est avant tout l’occasion de rééquilibrer la nature des relations entre l’Afrique et l’Europe, et de créer un précédent en plaçant le climat au coeur même des négociations futures. Il faudra vraisemblablement attendre le Sommet de Copenhague de 2009 pour voir si les gouvernements auront la volonté politique de concrétiser ces intentions.



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