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Politiques externes / Sommet UE/AfriqueImprimer l'article | ![]() CommerceL’ombre des APE plane sur le Sommet de LisbonnePar Sébastien Falletti | mercredi 05 décembre 2007
Le timing ne pouvait pas être plus désastreux. Au moment même où l’UE affirme vouloir fonder un nouveau partenariat d’égal à égal avec l’Afrique, elle doit endosser l’uniforme de gendarme pour forcer les pays en développement à signer, coûte que coûte, des accords de libéralisation commerciale, imposés par l’OMC. Ce mauvais film inquiète la présidence portugaise, qui craint que l’enlisement des négociations des Accords de partenariat économique (APE) ne vienne gâcher le Sommet de Lisbonne. Une crise qui cristallise les difficultés et les défis du développement économique de l’Afrique à l’heure de la mondialisation. A quelques semaines de la date butoir du 31 décembre fixée par l’OMC, le bilan des négociations lancées en 2002 est peu reluisant. Aucune des six régions du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP), dont quatre sont sur le continent africain, n’a été en mesure de conclure un APE. Pour sauver les meubles et éviter des poursuites à l’OMC, la Commission européenne se mobilise depuis des semaines pour arracher des accords dits «intermédiaires», limités à la libéralisation du commerce des biens, et elle a repoussé à 2008 la conclusion d’APE complets. Même revue à la baisse, la barre demeure difficile à franchir. Pour l’heure, seule l’Afrique de l’Est et une partie de l’Afrique australe ont accepté de répondre aux demandes de libéralisation des négociateurs européens. L’Afrique du Sud et surtout les régions de l’Afrique de l’Ouest et Centrale ont déjà dit non aux propositions de Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce. LA COMMISSION EN ÉCHECCe front du refus révèle les réticences du continent à l’ouverture économique, mais aussi les disparités d’intérêts et de niveaux de richesses entre les pays, autant de freins à une intégration régionale présentée pourtant comme la panacée par l’UE. Pretoria ou le Nigeria, grâce à leur influence ou leur rente pétrolière, se désintéressent d’un accord avec l’UE, alors que les pays les moins avancés sont indifférents car ils sont assurés du maintien du régime commercial favorable dit « tout sauf les armes ». Abdoulaye Wade, le président du Sénégal, a clamé haut et fort qu’il ne voulait pas d’APE. Restent sur le carreau des pays à revenu intermédiaires comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Cameroun, qui risquent d’être confrontés à une hausse brutale de droits de douane dans l’UE au 1er janvier 2008, si rien n’est signé. Pour éviter le pire, ils négocient des accords bilatéraux de dernière minute. Une impression de bricolage qui sonne comme un échec pour l’UE, qui a fait des APE le fer de lance de sa nouvelle stratégie de développement en Afrique. L’idée maîtresse étant que l’intégration dans l’économie mondiale est la clé pour sortir de la pauvreté, en prenant pour modèle la réussite des pays asiatiques. Tournant le dos à 40 ans de régime commerciaux préférentiels qui ont vu la part de l’Afrique dans les échanges mondiaux se réduire, l’UE, sous la pression de l’OMC, plaide pour une « libéralisation encadrée » et s’engage à d’aider ses partenaires sur le chemin de l’ouverture. Elle a promis 5,6 milliards d’euros pour construire des marchés régionaux et 2 milliards d’euros annuels sous forme d’aide au commerce. L’AFRIQUE DIVISÉE« Seule la croissance, parce qu’elle est productrice de richesse, permet de lutter efficacement et durablement contre la pauvreté », affirme Louis Michel, le commissaire européen au Développement. C’est une révolution dans la stratégie d’aide de l’Union, qui désormais met l’accent sur le soutien à la croissance économique. Cette approche inquiète la société civile, qui fait valoir que c’est la survie de petits producteurs, notamment agricoles, qui est en cause. Elle est aussi franchement dénoncée par certaines ONG internationales, qui accusent l’UE de défendre d’abord l’intérêt des entreprises européennes. « Il faut en finir avec l’approche caritative », assume Louis Michel. Pourtant, les chiffres de la croissance (au-dessus de 5 %), des réussites comme celles du Rwanda ou de la Tanzanie, ou encore les convoitises chinoises et indiennes prouvent le potentiel d’un continent qui recèle d’immenses ressources naturelles. Une partie de l’Afrique est entrée de plein pied dans la mondialisation, attire les investissements et sa part dans les échanges mondiaux remonte depuis 2003. Ce constat est tempéré par Frederik Erixon, qui attribue cette hausse à l’explosion des cours des matières premières. Le directeur du European Centre for International Political Economy, estime que « l’Afrique perd du terrain face aux autres pays en développement ». De nombreux Africains ont le sentiment d’être poussés, contre leur gré, au grand saut dans la mondialisation. Une inquiétude qui traverse les opinions et que certains dirigeants seront tentés de jeter à la face de leurs anciennes puissances coloniales à Lisbonne. |
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« Apprenez à traiter l’Afrique comme une entité ! » -
