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Politiques externes / Sommet UE/AfriqueImprimer l'article | ![]() Entretien avec Mahamat Saleh Annadif, Ambassadeur de l’Union africaine auprès de l’UE« Apprenez à traiter l’Afrique comme une entité ! »Propos recueillis par Sébastien Falletti | mercredi 05 décembre 2007
Le Tchadien Mahamat Saleh Annadif, Ambassadeur de l’Union africaine (UA) à Bruxelles, explique à Europolitique pourquoi il est dans l’intérêt de l’Europe de saisir l’opportunité du Sommet de Lisbonne pour appuyer le processus d’intégration du continent africain. Qu’attend l’Afrique du Sommet de Lisbonne ? Toute l’Afrique attend une redéfinition de nos rapports. L’UE est le premier partenaire de l’Afrique de par l’histoire. Comment, face à nos opinions et aux autres acteurs du monde donner une spécificité à cette relation ? Je vous parle dans une langue européenne, tous les pays africains écrivent une langue européenne, l’arabe mis à part. Ce n’est pas une relation virtuelle. C’est une relation culturelle, qui est dans le sang. Prenez la migration : pourquoi les jeunes fuient-ils en masse vers l’Europe? Parce que culturellement, ils se sentent proches. Cette relation, du côté africain on a l’impression qu’elle a été diluée, banalisée. Il faudrait qu’elle retrouve ses lettres de noblesse. L’UE affirme vouloir casser la relation de dépendance pour bâtir un partenariat égalitaire. Les Africains y sont-ils prêts ? Du côté africain, j’en suis sûr. Côté européen, je dis que jusque là cela se présente bien. Mais cela passe part une position claire. Qu’ils affirment une bonne fois pour toute qu’il y a un continent africain et qu’ils ne cherchent pas à le fragmenter. Pour nous c’est le premier test. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, à la Commission européenne, l’Afrique du Nord dépende de la commissaire aux Relations extérieures et l’Afrique sub-saharienne de son collègue au Développement ? Apprenez à traiter l’Afrique comme une ! Nous aimerions que dans la déclaration de Lisbonne, il y ait un signal fort pour dire que désormais l’Europe traite l’Afrique comme une entité et essaie d’adapter ses instruments de coopération, aussi bien financiers que juridiques, pour aller vers l’intégration. On en discute encore. Malgré les progrès récents, l’Afrique est elle et mûre pour cette nouvelle relation ? Nous ne disons pas que l’Afrique est intégrée. Elle a un agenda d’intégration. Il faut que l’UE s’implique avec nous pour réaliser cet objectif et elle a un rôle extrêmement important à jouer. Nous avons entamé depuis un an un dialogue sur la stratégie et le plan d’action commun. Il y a un nouvel état d’esprit. Je ne suis pas naïf, le partenariat est déséquilibré, mais au moins au niveau des discussions, nous sentons qu’un certain nombre de nos préoccupations sont prises en compte. Le meilleur service que l’UE peut rendre aux populations africaines et donc européennes, c’est de favoriser cette intégration qui est la clé de notre développement. A moins qu’on veuille nous maintenir dans une situation de dépendance. Il a fallu attendre 7 ans pour organiser ce Sommet. La responsabilité principale incombe-t-elle aux Européens ? Il n’y a pas de doute. La balle se trouvait dans leur camp. Nous avons toujours dit que nous étions prêts. Nous n’avons pas de leçons à recevoir. La question du Zimbabwe concerne un pays, alors que nous dialoguons de continent à continent. Est ce que l’Europe n’a pas de problèmes ? On ne peut pas dire que tout est rose au niveau européen. Mais ce n’est pas aux Africains de venir dire quel pays aurait le droit ou non de participer à une réunion. Il y a des problèmes au Zimbabwe : l’Afrique et la sous-région sont en train de s’investir pour trouver des solutions. C’est une situation interne. S’il y a un problème entre la Grande Bretagne et le Zimbabwe, il faut en discuter. Mugabé vient et dit ce qu’il pense et la Grande Bretagne également. Vous n’êtes pas convaincu par l’attitude de Gordon Brown... La politique de la chaise vide n’est pas souhaitée, ni souhaitable. Nous aurions vraiment aimé le voir parmi nous débattre et discuter. Parce que c’est un partenariat! Nous n’allons pas venir défendre bêtement Mugabé. S’il y a des problèmes, discutons en ! Nous y sommes prêts. Certains affirment que c’est la montée en puissance de la Chine qui explique le réveil Européen... Je crois que dans le subconscient de l’Africain il y a une relation spécifique avec l’Europe. Ça ne veut pas dire que nous en sommes prisonniers. Nous sommes ouverts, nous avons des relations politiques tous azimuts. Mais l’Europe est en train de prendre du retard. Et nous espérons que le Sommet ne sera pas seulement une opération médiatique, pour dire «nous avons tenu un Sommet comme la Chine». Si cela s’arrête là, ce sera la grande déception. Lisbonne ne doit pas être une fin en soi, mais le point de départ d’une nouvelle relation. Craignez vous que les Accords de partenariat économique (APE) ne plombent le Sommet ? Nous pensons que cela ne doit pas être le sommet des APE. Les APE se négocient malheureusement à travers des régions. Tout ce que nous disons, c’est qu’il ne faudrait pas qu’ils appauvrissent l’Afrique. Il y a des interrogations. On va en parler, ce n’est pas un sujet tabou. |
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« Apprenez à traiter l’Afrique comme une entité ! » -
