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Politiques sectorielles / SolanaImprimer l'article | ![]() Pages plus : Entretien avec Javier SolanaLe temps où un pays pouvait résoudre seul une crise est révoluPar Nicolas Gros-Verheyde | jeudi 19 mars 2009
![]() Le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune Javier Solana a bien voulu confier ses réflexions sur l’évolution internationale en cours, à quelques journalistes réunis pour un séminaire de formation sur l'Europe (1). Europolitique était présent.
• La France a annoncé officiellement sa décision de réintégrer les commandements de l’OTAN. Son président Nicolas Sarkozy le justifie comme une avancée pour l’Europe de la défense. Vous partagez ce point de vue ? Javier Solana – Cette réintégration va renforcer la confiance tant avec les Etats membres de l’UE qu’avec ceux de l’OTAN, et les doutes concernant un soi-disant « agenda caché » de la France seront balayés. Cela va permettre de clarifier les relations avec les Etats membres de l’OTAN qui ne sont pas membres de l’Union et aussi d’avancer sur des dossiers de l’Europe de la défense. Par ailleurs, nous avons un autre élément positif côté américain. Une secrétaire d’Etat américaine (Hillary Clinton) qui passe trois jours à Bruxelles pour rencontrer tous les interlocuteurs, c’est nouveau. Tout cela crée une nouvelle dynamique. En Afghanistan, dans les Balkans, au Moyen-Orient, sur les questions du changement climatique et de l’énergie, il faut que nous trouvions une solution globale avec les Etats-Unis, la Chine, la Russie. • S’il n’y avait qu’un point à retenir pour 2009 sur lequel vous voudriez des avancées, ce serait quoi ? Je souhaite voir la situation progresser au Moyen-Orient. Ce n’est pas facile. Il y a encore des problèmes intrapalestiniens, inter-arabes. Et côté israélien, il faudra voir la politique que mènera le nouveau gouvernement. Mais j’ai quelques espoirs. Il y a eu une réunion importante à Riyad, avec la Syrie, l’Égypte (le 11 mars). Et la Ligue arabe se réunit à la fin du mois. C’est important. Au Moyen-Orient, la paix n’est pas une affaire de jours, il faut donc persévérer, travailler sans relâche, pour avancer résolument vers une solution. • En Afghanistan, l’Europe est engagée avec les Américains. Que peut-elle apporter de plus ? Des forces militaires ? Une autre solution ? L’Afghanistan est une grande responsabilité de chacun et nous devons tous agir de manière constructive. Les Américains sont réalistes. Ils savent parfaitement que les Européens ne pourront pas multiplier par deux les forces militaires que nous avons déjà envoyées sur le terrain. Mais il y a d’autres aspects sur lesquels nous pouvons travailler de manière plus coordonnée pour faire que les choses changent réellement. La réforme de la police, la construction d’un système judiciaire, la reconstruction du pays, voici quelques-unes des tâches où l’Europe a un rôle important à jouer. • Nous ne pouvons pas rester indéfiniment. Quelle peut être la porte de sortie ? Nous devons nous fixer des objectifs plus réalistes que de créer un Afghanistan suisse. Il faut faire de l’Afghanistan un pays stable, capable de vivre avec ses voisins, avec des éléments de démocratie suffisants. Ensuite, Il faut laisser les Afghans choisir la manière dont ils veulent vivre leur avenir. L’important est d’avoir cette stabilité et des élections libres. Pour cela, nous devons engager toute la région. Nous nous retrouverons tous à La Haye, fin mars, pour une première réunion. • Cette réunion de La Haye, c’est une première à tous les niveaux d’ailleurs ? C’est la première fois que tous les acteurs régionaux et internationaux seront présents. Non seulement les pays de l’Union européenne et de l’OTAN, mais aussi tous les pays de la région : ceux d’Asie centrale, l’Inde et le Pakistan, l’Iran, la Russie et la Chine. Cette réunion fera le tour des problèmes : la sécurité, le trafic des stupéfiants, la question des frontières, du gouvernement central. Il faut se préparer pour les élections et pour l’après-élections. Il faut inciter tous les pays qui ont des relations historiques avec l’Afghanistan à œuvrer de manière constructive pour. Le Pakistan est fondamental. Sans stabilité au Pakistan, il n’y aura pas de stabilité en Afghanistan. • N’y a-t-il pas un risque d’être entraîné vers le Pakistan ? Il faut ajouter des pays à la solution, pas au problème. La situation du Pakistan est différente de celle de l’Afghanistan. Le Pakistan est un État très complexe mais structuré. La discussion autour de l’Afghanistan, de nature régionale, pourrait être aussi l’occasion pour l’Inde et le Pakistan d’essayer de régler des problèmes historiques de manière constructive. Nous avons aujourd’hui deux possibilités : soit les laisser seuls, soit essayer de voir ensemble quelles sont les possibilités de trouver une solution. Moi je n’en vois qu’une : s’engager. Si l’Inde et le Pakistan avancent, ne serait-ce qu’un peu, ce sera un pas important pour la stabilité de la région. Si la Chine s’engage, il sera plus facile d’agir. Il est là l’enjeu. • La Russie, la Chine, vous n’arrêtez pas de dépasser les cadres des frontières… Oui car nous sommes confrontés à des problèmes de nature horizontale, qui exigent que l’on dépasse les frontières. Par exemple, le changement climatique ou la crise économique – où on a besoin de la Chine ; le désarmement et les accords nucléaires – on a besoin de la Russie. Cette année 2009 sera importante pour la question des armements. Les accords Start se renouvellent d’ici la fin de l’année. Les négociations doivent commencer le plus rapidement possible. Nous devons faire avancer ce dossier. Les problèmes étant aujourd’hui de nature globale, les solutions le sont aussi. Un seul pays ne peut pas régler tous les problèmes du monde. L’époque où un seul pays pouvait régler les problèmes du monde est révolue. • Cela implique une nouvelle ère de relations internationales ? Il faut changer les mentalités, mieux partager nos décisions avec les pays émergents avec lesquels jusqu’ici, il faut le reconnaître, nous avons eu des relations de moindre intensité. Au G20 de Londres, début avril, il n’y aura pas de solution possible à la crise économique si les autres pays ne s’engagent pas. Le monde se transforme et le monde occidental ne représente plus aujourd’hui qu’à peine un sixième de la population mondiale. Dans vingt ans, cette proportion sera encore moindre. Le monde change et il est indispensable de s’adapter. • Autre sujet, le Soudan. En rétorsion à son inculpation par la Cour pénale internationale, le président soudanais Bechir a expulsé les ONG du Darfour. Du coup les populations se retrouvent sans aide. Et le président renforcé. Ne va-t-on pas à l’encontre de notre objectif ? La Communauté internationale n’est-elle pas désarmée ? Notre position est claire, nous condamnons fermement l’expulsion des ONG. Et nous soutenons le travail de la Cour pénale internationale (CPI). L’Union européenne a été à l’initiative de la création de la CPI. Nous pensons et continuons à penser que c’est une bonne chose. Nous devons être fiers d’avoir travaillé pour cela. Cependant, les décisions de justice peuvent avoir des conséquences politiques… • C’est-à-dire ? Il faut faire en sorte que les citoyens du Soudan n’en paient pas le prix. Il faut parvenir à rendre compatibles le droit et la politique. • L’Union africaine et la Chine ont cependant demandé le report de la décision ? Cette décision va-t-elle, doit-elle être revue ? C’est le Premier chef d’État en exercice à être inculpé par la Cour internationale, ce n’est pas une situation facile, c’est logique. Mais il faut maintenir la décision de la Cour. Selon ses statuts, seule une résolution du Conseil de sécurité, à l’unanimité, peut obliger la Cour à suspendre les poursuites. Et actuellement cette unanimité n’existe pas. Il faut maintenir la pression. • Revenons à nos « petites » affaires européennes. Le Traité de Lisbonne n’est toujours pas ratifié. Et cependant l’Europe avance. En quoi ce nouveau Traité changera-t-il vraiment la donne ? Est-il toujours aussi nécessaire ? Bien sûr. Nous n’avons pas attendu le Traité de Lisbonne pour avancer et je crois que nous avons plutôt bien travaillé compte tenu des instruments dont nous disposons. Mais avec le Traité de Lisbonne, il est clair que nous serions dans une situation bien plus avantageuse. En politique étrangère, le nouveau traité va nous permettre de travailler de manière beaucoup plus efficace et cohérente. Il apporte deux avancées essentielles : une présidence stable du conseil des Ministres des Affaires étrangères et un service commun d’Action extérieure. Combien d’interlocuteurs européens aura eu George W. Bush durant ses huit années au pouvoir ? Avec le Traité, l’UE sera plus crédible et mieux représentée sur le plan extérieur. C’est pour cela que je dis qu’il faut le ratifier. • Avez-vous bon espoir pour ce référendum irlandais auquel chacun est suspendu ? Je suis confiant. Selon toute probabilité, le référendum en Irlande pourrait avoir lieu en octobre. Et j’ai confiance dans les Irlandais. Si tout va bien, nous pourrions donc compter sur une entrée en vigueur au 1er janvier 2010. • Vous êtes un optimiste par nature ? Je suis réaliste, mais je ne perds jamais l’espoir.
(1) Le quotidien régional Ouest-France a lancé il y a six ans une initiative originale consistant à faire venir l'ensemble des membres de sa rédaction (environ 500 personnes), par vagues successives, à Bruxelles et Strasbourg, 4 jours pour un séminaire d'initiation au fonctionnement européen durant 4 jours. Se sont joints à cette initiative d'autres quotidiens français (Nord-Eclair, Dernières nouvelles d'Alsace, La Croix). |
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