Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques externes / Service diplomatiqueImprimer l'article | Imprimer cet article

UE/Etats-Unis

Appui de Washington, mais peu d’intérêt pour les détails

Par Brian Beary à Washington | jeudi 09 septembre 2010

La volonté de créer un corps diplomatique européen est soutenue par le gouvernement américain, non pas tant comme une fin en soi, mais plutôt dans le contexte plus large d’une politique étrangère européenne commune que Washington favorise. Le vieil adage attribué à l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger - «  Qui dois-je appeler si je veux appeler l’Europe ? » - est encore souvent cité aux États-Unis. Chaque fois que le sujet des relations transatlantiques est évoqué, le président américain Barack Obama, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ou d’autres responsables américains ont tendance à se montrer positifs sur le traité de Lisbonne, base juridique du nouveau service diplomatique, mais les détails de sa mise en place n’intéressent guère.

Un service diplomatique de l’UE peut aussi favoriser les intérêts américains en contribuant à unifier les positions de l’UE et des États-Unis sur les grands dossiers de politique étrangère. Par exemple, l’administration américaine a été heureuse de la manière dont UE et États-Unis ont travaillé sur de nouvelles sanctions plus sévères - de l’ONU, de l’UE et au niveau national - contre l’Iran pour l’empêcher de développer des armes nucléaires. Washington reconnaît la valeur d’une communauté diplomatique transatlantique parlant d’une seule voix lorsqu’il s’agit de décider ce qu’il faut faire dans les points chauds du monde, des Balkans au Moyen-Orient à l’Afrique. Mais ce fut généralement le cas pendant des décennies et ne devrait pas être considéré comme une nouvelle orientation politique par l’administration Obama. D’ailleurs, dans les dernières années de l’administration de George W. Bush, une présidence généralement considéré comme peu favorable aux relations transatlantiques, le gouvernement s’est montré moins sceptique vis-à-vis de l’embryon de politique de défense commune de l’UE, avec ses missions militaires ou de police, estimant progressivement que ses avantages l’emportaient sur ses inconvénients.

Il reste qu’une bonne partie de la classe politique à Washington - principalement l’aile conservatrice du Parti républicain - se montre critique à l’égard de l’initiative. L’influent think-tank conservateur Heritage Foundation, par exemple, met constamment en garde contre le risque que les relations bilatérales des Etats-Unis avec les différents pays européens soient sapées par l’intégration intra-UE et craint un affaiblissement de l’OTAN, fondement de la coopération transatlantique en matière de défense. Dans une récente interview à Europolitique sur le risque de voir service diplomatique européen rendre redondantes les ambassades nationales, le nouvel ambassadeur de l’UE aux États-Unis, Joao Vale de Almeida, a répondu que cela relevait des États membres, tout en soulignant que l’intégration de diplomates nationaux dans la délégation de l’UE, comme prévu dans Lisbonne, devrait donner une «  valeur ajoutée » aux délégations de l’UE «  en apportant de la fraîcheur. »



Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover