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Business & compétitivité / SEPA-2010Imprimer l'article | ![]() Une carte de débit européenne pour briser le duopole Visa/MasterCardPar Sarah Collins | jeudi 04 février 2010
L’Européen moyen a au moins une carte de paiement dans son portefeuille, selon la Banque centrale européenne, qui en a recensé 727 millions dans l’UE en 2008, en hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Cela devrait être une raison suffisante pour les banques et les opérateurs d’accélérer le mouvement vers des cartes compatibles avec les règles de l’Espace unique de paiement en euro (SEPA), le projet visant à harmoniser les systèmes et prix des paiements transfrontaliers en euros dans ses 32 pays participants. Mais réaliser un marché unique ne se fait pas sans difficultés. Les commerçants craignent que le passage au SEPA en 2011 - lorsque toutes les cartes nationales deviendront européennes - laissent tout le système aux mains de Maestro (de MasterCard) et de V-Pay (de Visa), ce qui, selon eux, se traduirait par des coûts plus élevés. DUOPOLECe qui dérange les responsables politiques européens et les commerçants ce sont les commissions multilatérales d’interchange (CMI) que les banques se facturent entre elles pour le traitement des transactions. Le coût de cette commission est entièrement répercuté sur les commerçants qui ensuite le répercutent sur les consommateurs, explique Cécile Grégoire, conseillère principale pour les systèmes de paiement chez EuroCommerce, qui représente les détaillants européens. « Comme la Commission l’a souvent répété, c’est une taxe frappant injustement toutes les ventes de détail ». La Commission et la Banque centrale européenne veulent créer une carte de débit strictement européenne pour mordre dans le duopole de fait de Visa et de MasterCard. Norbert Bielefeld, directeur adjoint pour les systèmes de paiement au Groupement européen des Caisses d’épargne, en relève la motivation politique. « Un nouveau système européen est d’abord et avant tout un objectif politique. Quelqu’un a décidé qu’avoir des systèmes régis par les Etats-Unis en vertu de la loi américaine n’est pas bon pour votre santé ». En 2007, la Commission avait décidé que MasterCard devait réduire ses frais pour les transactions transfrontalières - l’entreprise a fait appel de cette décision - et le règlement d’une procédure antitrust contre Visa est imminent. Mais Patrick Poncelet, conseiller principal à la Fédération bancaire européenne, estime que ce sont les consommateurs qui payeront si les CMI sont supprimées. « Il n’y aura plus d’économies d’échelles », dit-il. « V ous allez totalement à l’encontre de l’objectif de faire de l’Europe une économie moderne. Il n’existe pas de modèle alternatif à la CMI ». DES CONCURRENTSOn voit cependant apparaître des systèmes concurrents. Ainsi Monnetest un projet soutenu par les banques françaises et allemandes, notamment Deutsche Bank et Société Générale, qui pourrait être lancé cette année. PayFairest un système axé sur le commerçant actuellement à l’essai dans les supermarchés belges Colruyt. Ce n’est pas une initiative bancaire, ce qui, selon son co-fondateur Dominique Buysschaert, est un avantage. « Vous n’avez pas besoin d’être une banque pour entrer dans le domaine du paiement », explique-t-il à Europolitique. « Nous avons d’abord fait en sorte d’être largement acceptés ». Lancé par un groupe d’experts de la finance, de l’informatique et du commerce de détail en 2007, PayFair est le seul système européen qui fonctionne effectivement, indique M. Buysschaert. Il y a aussi l’ European Association of Payment Schemes ( EAPS), un groupement de cinq réseaux nationaux de guichets automatiques bancaires - comprenant Link au Royaume Uni et Euro 6000 en Espagne - qui se veut un « système de systèmes ». EAPS affirme que les clients utilisant l’une des cartes dans son réseau devraient être en mesure de l’utiliser sur tous les guichets automatiques ou appareils de distribution de monnaie où le logo EAPS est affiché. Mais Mme Grégoire estime que ceci n’attirera pas les banques. « Nous sommes favorables à PayFair et autres initiatives, mais nous craignons que les commissions d’interchange sur Maestro et V-Pay n’entravent leur développement. Elles ne seront pas assez lucratives pour les banques émettrices ». Dominique Buysschaert pense qu’il faudra cinq à dix ans pour que le système de carte soit complètement harmonisé. Mais, selon M. Poncelet, le SEPA ce n’est pas les cartes ni les virements et prélèvements, d’ailleurs. « Ce que nous avons vu du SEPA est très basique et ennuyeux, c’est l’harmonisation des anciens systèmes de paiement. La seconde étape est encore à venir ». À l’avenir, dit-il, vous devriez être en mesure de faire ce qu’on appelle les m-paiements via votre téléphone mobile, qui sera relié à votre compte bancaire. « Le SEPA est utile », conclut-il, « parce que ce sera quelque chose pour toute l’Europe. Il est essentiel d’harmoniser. Un compte bancaire sera toujours la base ». n Il faudra cinq à dix ans pour que le système de carte soit complètement harmonisé |
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Le SEPA : navire amiral ou bateau en perdition ? -
