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Social / RomsImprimer l'article | ![]() Entretien avec Michael Kocáb, ministre tchèque des Droits de l’Homme et des Minorités ethniques« Nous essayons, à petits pas, de surmonter les préjugés »Propos recueillis par Chris Johnstone à Prague | mercredi 18 novembre 2009
![]() Michael Kocáb est le ministre tchèque des Droits de l’Homme et des Minorités ethniques depuis janvier 2009. Il est confronté à des violences extrémistes dans son pays que tentent de quitter de nombreux Roms tchèques pour le Canada. Ottawa a réagi en imposant des restrictions de visa aux Tchèques. Rock star, M. Kocáb est entré en politique à l’été 1989, devenant un intermédiaire majeur entre les dissidents et les communistes à l’heure où le régime s’effondrait. Il a ensuite contribué à superviser le départ de l’armée soviétique. Combien de Roms vivent en République tchèque, combien sont sans travail et combien d’enfants vont à l’école secondaire ? Il semble que l’on ne dispose pas de chiffres précis. Un recensement en 2001 indiquait qu’il n’y avait que 30 000 Roms environ. Un chiffre manifestement faux. Nous estimons qu’ils sont environ 150 000 mais certaines évaluations sont de 200 000-250 000. De sorte que le chiffre de 180 000 doit être proche de la réalité. La plupart d’entre eux mènent une existence paisible dans la société en tant que minorité normale. Nous estimons que dans les lieux où s’exerce la pire exclusion sociale comme Litvinov, Chanov et Most, entre 60 et 80 % des habitants sont Roms. Dans les districts ayant les plus graves problèmes de chômage, nous estimons que 80 % des personnes sont d’origine rom. Mais dans pratiquement tous les cas, ils ont une forme ou l’autre de travail non déclaré, au noir. Mais sur ce point, nous n’avons pas de chiffres fermes, ce sont surtout des estimations. Quelle est votre approche générale du problème ? Nous fournissons une stratégie, une conception. C’est à d’autres ministères - Education, Affaires sociales, Santé et Logement - d’élaborer des programmes spécifiques. Beaucoup de journalistes font l’erreur de croire qu’il nous appartient, à ce ministère, de mettre les programmes en œuvre. Mais non. Quant aux besoins, environ 12-15 milliards de couronnes sont nécessaires à un nouveau stock de logements sociaux. Le problème est que les logements sociaux n’existent plus, les autorités municipales et régionales les ont privatisés. La Banque mondiale a cité, en 2007, le montant de 10,6 milliards de couronnes pour traiter le problème du logement. Il faut que l’État traite de ce problème s’il veut véritablement s’attaquer au problème des ghettos roms. Pour le Ministère de l’Intérieur, il y a toute une série de questions telles que l’usure, des gens profitent de la pauvreté des Roms pour s’enrichir. Et aussi le problème de la prostitution et de la drogue. Tout dégénère dans un environnement de ghetto. Puis le problème de ce qui est finalement de l’esclavagisme, l’employeur profitant de leur situation pour les engager pour une journée et les payer, ou ne pas les payer. Nous travaillons sur des projets complexes pour traiter de ces problèmes (son ministère a préparé une vaste politique d’intégration des Roms sur laquelle le gouvernement tchèque devra se prononcer, ndlr). Quel regard portez-vous sur la situation des Roms vingt ans après la chute du communisme ? Comparé à cette époque, certaines choses sont meilleures, d’autres pires. Le programme d’assimilation forcée dans la communauté que les communistes ont appliqué a été, à bien des égards, une bonne solution. Les Roms avaient les mêmes droits, l’État ne les distinguait pas comme Roms. Aujourd’hui, il y plus de liberté, mais pour beaucoup - je parle des couches les plus basses de la population – ils n’utilisent pas vraiment cette liberté. Pour certains, les temps sont meilleurs, pour d’autres ils sont pires. Je ne connais pas à fond la situation des Roms sous le communisme, je ne suivais pas ce dossier à l’époque. Mais beaucoup de Roms disent que la situation a empiré. Une chose qui va mieux, c’est l’approche du gouvernement et du parlement. À part quatre membres du parlement qui ont des idées quasi-fascistes, le gouvernement et le parlement sont ouverts, accessibles, et recherchent des solutions. Une forme de discrimination positive en faveur des Roms est-elle à l’ordre du jour ? Les gens ici n’aiment pas ce terme de « discrimination positive ». Mais je crois qu’il faut une sorte d’intervention publique pour résoudre les problèmes, notamment si les parents [roms] n’envoient pas leurs enfants à l’école. Nous devons veiller à ce qu’une politique de ségrégation comme celle qui a prévalu aux États-Unis n’existe pas ici. Les écoles ont peut-être appliqué ce type de ségrégation. Nous avons toujours un taux d’environ 30 % d’écoliers roms avec des difficultés d’apprentissage, alors qu’en proportion de la population cela devrait être 2 ou 3 %. La Tchéquie n’a-t-elle pas comme problème fondamental une perception majoritairement négative des Roms ? La perception majoritaire n’est pas bonne, elle est même hostile. Mais le problème existe dans les deux sens. Notre société véhicule beaucoup de stéréotypes et de xénophobie qui génèrent la peur. Il n’y a pas d’acceptation à grande échelle d’une société multiculturelle. Cela ne vaut pas seulement pour les Roms, mais aussi pour d’autres minorités. Dans certains domaines, comme en musique et en culture, ces préjugés ont été surmontés. Des Roms sont des superstars ici, comme Gypsy.cz (qui ont représenté le pays au concours Eurovision de la chanson). Ces problèmes existent ici depuis 700 ans. Ces préjugés sont fortement enracinés. Il faudra longtemps pour les surmonter. Nous essayons, à petits pas, mais c’est un travail de peut-être un siècle. La problématique des Roms incombe-t-elle aux gouvernements nationaux ou au niveau européen ? Nous avons, pendant notre présidence de l’UE, porté ce problème au niveau européen. J’ai présidé pendant un semestre le Conseil Emploi, Politique sociale, Santé et Consommateurs. Nous avons inscrit les Roms à l’ordre du jour et ils y sont restés. Peut-être qu’à l’avenir nous aurons une directive, mais il est très difficile d’obtenir un consensus vu les différences d’approche des États membres. La plupart des États de ce qui était l’ancien bloc soviétique, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, ont une approche en faveur d’une politique d’inclusion. L’Allemagne et la France en ont une autre. Elles estiment que le problème a été résolu. Le dossier est à l’ordre du jour européen, mais le problème relève surtout des gouvernements nationaux. Je pense que de tous les pays de l’ex-bloc soviétique, nous sommes peut-être dans la meilleure position concernant les Roms. La Hongrie pourrait être meilleure, mais elle a des problèmes avec des extrémistes qui y ruinent une partie de son bon travail. Nous avons dans une certaine mesure mis un couvercle sur l’extrémisme. En Slovaquie, il existe des osady, villages ou colonies, où la population est complètement séparée, et dans un état catastrophique. Le problème des visas avec le Canada survient en partie parce que les Roms ont ici un niveau général (éducation, etc.) plus élevé. Cela demande une certaine organisation d’arranger un vol en avion, et organiser tout pour émigrer n’est ni une plaisanterie ni une mince affaire. En Roumanie, les Roms n’ont pas de passeports ou ne savent même pas où en obtenir un. Je pense que la Hongrie nous suivra bientôt avec ces problèmes de visas. Est-il difficile ici de trouver des interlocuteurs de la communauté rom ? Il y a beaucoup de personnes compétentes et qualifiées ici - certains feraient même de très bons ministres. Mais nous n’avons que 200-300 roms diplômés des universités. J’en connais un qui est diplômé de trois universités, mais qui reste chauffeur de taxi à défaut de trouver un autre emploi. Comment s’explique l’absence de Roms aux hauts postes en politique ou dans l’administration ? Parce que nous sommes dans une société xénophobe. “Nous devons veiller à ce qu’une politique de ségrégation comme celle qui a prévalu aux États-Unis n’existe pas ici” |
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Des discriminations sociales aggravées par la crise -
