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Institutions / Référendum irlandaisImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Brian Crowley, eurodéputé irlandais UEN (Fianna Fáil) pour le «oui»

« La majorité des partis soutiennent le texte »

Propos recueillis par Célia Sampol | mardi 10 juin 2008



Le «oui» a-t-il toujours une chance de passer?

Je suis confiant. Mais si la participation est faible, le «non» peut gagner. Plus le taux de participation sera élevé, plus le «oui» aura des chances de l’emporter. Vous savez, c’est seulement dans les dernières semaines que les gens se sont sentis vraiment concernés par la question du référendum. C’est dû aux nombreuses questions politiques externes au traité que le gouvernement a dû gérer, comme les difficultés avec les pêcheurs suite à la hausse du prix du pétrole ou les problèmes des agriculteurs par rapport aux négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Heureusement, les grandes organisations d’agriculteurs ont finalement décidé de pencher en faveur du traité. C’est un signe positif. Si vous regardez bien : les quatre principaux partis au parlement irlandais sont pour le texte, les confédérations d’employeurs sont pour, les chambres de commerce sont pour, les agriculteurs sont pour, tous les principaux syndicats sont pour, etc. Tout fait pencher vers un résultat positif.

La campagne d’information du Premier ministre Brian Cowen a-t-elle réellement fonctionné ? 

Oui, il a fait lui-même une très grande campagne sur le terrain dans tout le pays. Il s’est engagé directement auprès des votants, dans la rue, et n’a pas seulement organisé de grands rallyes ou des événements dans les médias. C’est aussi ce que j’ai fait ces dix dernières semaines, aller frapper à la porte des citoyens pour les informer et répondre à leurs questions. Car le gros problème est qu’ils ont l’impression de ne pas comprendre de quoi l’on parle. Ils connaissent l’Europe mais pas dans les détails. Je pense que parce qu’il n’y a rien de grand dans ce traité, il est dur à vendre. Avec l’Acte unique européen nous avions la création du marché commun, avec le Traité de Maastricht la monnaie unique, avec Nice c’était l’élargissement. Ici il n’y a pas de grandes idées. C’est pourquoi les défenseurs du «non» ont pu trouver des arguments contre le traité. Mais ils restent infondés! Et quand vous dites et redites des mensonges aux oreilles des gens, ils commencent à y croire. Donc notre rôle sur le terrain était de prouver que ces mensonges étaient faux.

Pourriez-vous préciser en quoi ces arguments sont faux ?  

Tout d’abord, la légalisation de l’avortement est un faux argument car le traité de Lisbonne prévoit de ne pas interférer sur ce point avec la constitution irlandaise. Mais il y a toujours des gens en Irlande qui croient que l’Eglise catholique a perdu son chemin en soutenant le traité car ils craignent que le texte autorise l’avortement. La hausse de la taxation : j’essaie d’expliquer qu’il faut l’unanimité des Etats membres pour prendre des décisions en matière fiscale. C’est le cas dans les traités existants et ça le restera avec le traité de Lisbonne. Enfin pour la neutralité et la clause de non-alignement en matière de défense, la constitution irlandaise inclut une déclaration civile qui reconnaît notre neutralité et le fait que nos troupes ne peuvent pas être envoyées à l’étranger, sauf sous un mandat de l’ONU. Nous avons déjà servi au Tchad par exemple sous un mandat Onusien au sein d’une force européenne. Mais les gens ont peur d’être contraints de s’engager.

Quelle est la différence par rapport au référendum de 2001 sur le Traité de Nice ?

La grosse différence est qu’aujourd’hui les partis politiques sont très actifs dans la campagne. En 2001, ce n’était pas le cas car ils pensaient que les gens voteraient «oui». Les arguments des différents partis se sont rejoints ces dernières semaines pour faire un front unique en faveur du traité. Le but était de lancer un message très fort : la majorité des partis supportent le texte et ils représentent 97% des votes exprimés lors des élections générales.

Quel serait le Plan B en cas de « non»?

Ce traité est déjà un plan B, un plan B au rejet par la France et les Pays-Bas du projet de Constitution. Il faudra voir ce que les pays diront en cas de «non» irlandais. L’Irlande ne sera pas renvoyée de l’Union quoi qu’il arrive, mais ce sera très difficile de trouver des raisons pour continuer à être impliqué. L’Irlande a toujours été favorable à la création d’institutions renforcées en Europe. Si aujourd’hui il y a tant de doutes, je pense que c’est dû à un manque d’intérêt pour le débat européen. Vous pouvez donner toutes les informations que vous voulez mais si les gens ne sont pas intéressés, ils ne les absorberont pas. Je pense que si tous les pays membres étaient dans la situation de l’Irlande, ils auraient les mêmes difficultés pour convaincre les gens. Car il y a une certaine jalousie entre les gouvernements nationaux et les institutions européennes en ce qui concerne qui doit faire quoi et où. Donc, après ce vote et ce traité, le prochain débat devrait être de demander aux gouvernements de prendre leurs responsabilités pour expliquer à leurs citoyens pourquoi l’Europe est importante. Mais c’est un plan Z car il ne faut pas anticiper..n.



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