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Institutions / Référendum irlandaisImprimer l'article | ![]() L’Union européenne suspendue au verdict du peuple irlandaisPar Célia Sampol | mardi 10 juin 2008
![]() A J-1 du référendum tant attendu sur le Traité de Lisbonne, les camps du «oui» et du «non» en Irlande mettent leurs derniers efforts dans la campagne. Les résultats définitifs seront connus le lendemain (vendredi 13 juin dans l’après-midi) et en fonction de ceux-ci la prochaine présidence française de l’UE orientera son mandat de six mois. A la tête des tenants du «non», on retrouve ainsi le parti des travailleurs du Sinn Féin (4 sièges sur 166 au parlement irlandais), soutenus par la Plateforme «Libertas» fondée par un riche businessman de 40 ans et rassemblant des hommes d’affaires influents, des avocats, des professeurs de tendance libérale et néoconservatrice. On compte aussi une partie des Verts, des ONG d’extrême gauche et quelques mouvements politiques à la marge. Ils défendent le « Non pour une Europe plus forte», sans hésiter à attiser des arguments quelquefois faux. Les citoyens penchant pour le «non» sont en premier lieu des agriculteurs qui craignent que l’importation en Europe de boeuf brésilien ne vienne concurrencer leurs propres élevages. Le Premier ministre Brian Cowen, leader du Fianna Fáil (centre-droit), a bien donné des gages en disant qu’il mettrait son veto en cas d’accord inacceptable pour l’Irlande à l’Organisation mondiale du commerce sur la libéralisation de l’importation de viande et de lait. Mais certains continuent d’y voir une promesse biaisée. Malgré tout, une partie des agriculteurs pourraient voter «oui» car ils savent que l’essentiel de leurs revenus proviennent de fonds européens depuis 1973. D’autant plus que la principale organisation d’agriculteurs ainsi que le parti d’opposition dont ils sont majoritairement électeurs (le Fine Gael, chrétiens démocrates) appellent à voter «oui». «NE SOYEZ PAS UNE DINDE VOTEZ NON»D’autres personnes craignent que le Traité de Lisbonne ne conduise à une harmonisation de l’impôt sur les sociétés, ce qui entraînerait une hausse de la taxation des entreprises irlandaises qui est à l’heure actuelle très basse (de l’ordre de 12%). Même si le gouvernement s’attache à expliquer que toute décision en matière fiscale requiert l’unanimité des vingt-sept Etats membres et que l’Irlande dispose d’un droit de veto, les inquiétudes demeurent. Le ralentissement économique du Tigre Celtique après quinze années de croissance n’est pas pour réconforter cette catégorie de citoyens. Certains croient ensuite les propos du Sinn Féin quand il insiste sur la prétendue perte de neutralité de l’Irlande. Un argument qui fonctionne énormément, même s’il s’avère faux puisque le texte européen stipule noir sur blanc qu’il n’affectera pas cette position historique irlandaise. Libertas rappelle de son côté aux électeurs le refus de perdre le commissaire irlandais car le Traité prévoit que le collège européen soit réduit aux deux tiers du nombre de pays de l’UE - les commissaires de chaque Etat siégeant selon un système égal de rotation. C’est effectivement inscrit dans le Traité mais ce sera à partir de 2014 et cette clause sera adoptée à moins que le Conseil européen ne décide à l’unanimité qu’il en soit autrement. Une frange d’Irlandais est également persuadée que l’avortement - aujourd’hui interdit en Irlande par la constitution - pourrait être légalisé. Or un protocole assure que la constitution irlandaise ne sera pas affectée sur ce point. L’Eglise catholique elle-même a appelé à voter «oui». S’ajoutent enfin les indécis qui sont peu informés sur l’UE et qui ne voient pas l’intérêt de modifier les traités européens vu que tout fonctionne bien. Ces arguments sont attisés par la presse tabloïd britannique présente dans la petite Irlande. De nombreuses affiches ont également envahi les rues des villes avec des slogans tels que « Ne soyez pas une dinde, votez non». «PAR DEVOIR PATRIOTIQUE VOTEZ OUI»En face, le camp du «oui» dispose aussi de ses armes d’attaque. Sur les affiches, on peut lire «Élargissez vos opportunités, votez oui» avec un torse d’homme nu et musclé, répondant à l’idée du maire de Londres (« Votez pour moi et vos femmes auront de plus gros seins»). Les trois grands partis au parlement font front uni dans la campagne en faveur du texte. Ils ont soutenus par les principaux syndicats, les chambres de commerce, les fédérations patronales, etc. Les députés européens sont revenus en Irlande pour plaider la cause du Traité. Le Premier ministre lui-même, qui s’est personnellement engagé dans la bataille, a rappelé ses concitoyens à leur « devoir patriotique» et à voter «oui». Dans ce contexte, rien n’est encore joué. Le dernier sondage Red C du 8 juin a fait repasser le «oui» en tête mais celui publié le 6 juin dans le quotidien Irish Time (sondage TNS MBBI), donnant pour la première fois le «non» gagnant à 35% des intentions de vote contre 30% au «oui», a suscité des inquiétudes partout en Europe. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est sorti de sa réserve en déclarant que les premières victimes d’un «non» seraient les 4 millions d’Irlandais eux-mêmes. La Commission européenne tremble mais ne veut pas se prononcer pour ne pas augmenter la pression sur l’Irlande. Le rejet en 2005 par la France et les Pays-Bas du projet de Constitution européenne est dans les mémoires, comme celui du «non» irlandais en 2001 au Traité de Nice. Il avait été suivi d’un «oui» un an plus tard sur un texte amendé mais aujourd’hui la situation a changé. En cas de «non», la France, qui prendra tête de l’UE au second semestre 2008, devra gérer la crise, réorienter son programme et trouver une solution. Il faudrait décider soit d’abandonner le Traité et de continuer avec Nice, soit de poursuivre les ratifications en excluant l’Irlande ou en la faisant revoter sur un autre texte. Verdict le 13 juin. Les précédents référendums La consultation de l’électorat sur de grandes questions touchant à l’Europe n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire. Au cours des 36 dernières années, des référendums ont été organisés sur l’adhésion à l’UE, l’euro et des changements dans les traités, spécialement dans les pays où les amendements à la constitution doivent faire l’objet d’une consultation publique. Adhésion à l’UE La France a été la première, avec un referendum en avril 1972 sur l’entrée de nouveaux pays dans la Communauté économique européenne. Résultat: 60% pour. Depuis lors: Mai 1972: Irlande. 83% pour Sept 1972: Norvège. 53.5% contre Oct 1972: Danemark. 63.3% pour Juin 1975: Royaume-Uni (maintien dans la CEE). 67.2% pour Février 1982: Groenland (maintien dans la CEE). 52% contre Juin 1994: Autriche. 66.4% pour Oct 1994: Finlande. 56.9% pour Nov 1994: Suède. 52.2% pour Nov 1994: Norvège. 52.5% contre Mars 2003. Malte. 53.6% pour Mars 2003: Slovénie. 89.6% pour Avril 2003: Hongrie. 83.7% pour Mai 2003: Lituanie. 89.9% pour Mai 2003: Slovaquie. 92.4% pour Juin 2003: Pologne. 77.4% pour Juin 2003: République tchèque. 77.3% Sept 2003: Estonie. 66.8% pour Sept 2003: Lettonie. 67% pour. Euro Sept 2000: Danemark. 53.2% contre Sept 2003: Suède. 56.1% contre. Traités-Acte unique Février 1986: Danemark. 56.2% pour Mai 1987: Irlande. 70% pour. Traité de Maastricht Juin 1992: Danemark. 50.7% contre Juin 1992: Irlande. 67.0% pour Sept 1992: France. 51% pour Mai 1993: Danemark. 56.8% pour. Traité d’Amsterdam Mai 1998: Irlande. 61% pour Mai 1998: Danemark.55.1% pour. Traité de Nice Juin 2001: Irlande. 54% contre Oct 2002: Irlande. 60% pour. Traité constitutionnel Février 2005: Espagne. 76.7% pour Mai 2005: France. 54.6% contre Juin 2005: Pays-Bas. 61.5% contre Juillet 2005: Luxembourg. 56.5% pour. |
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Une initiative franco-allemande en cas de «non» en Irlande -
