Analytique, complet, indépendant |
|
Institutions / Référendum irlandaisImprimer l'article | ![]() Entretien avec Kathy Sinnott, eurodéputée irlandaise indépendante pour le «non»« Il est temps d’abandonner ce traité déjà rejeté deux fois »Propos recueillis par Célia Sampol | mardi 10 juin 2008
![]() Etes-vous confiante pour la victoire du «non»? Le seul sondage auquel je ferai confiance sera celui du 12 juin. Si j’en crois mon expérience et les rencontres faites dans la rue, la plupart des gens disent qu’ils vont voter «non» ou qu’ils ne savent pas. Je serai heureuse que le «non» l’emporte car si c’est le cas cela voudra dire que les Irlandais se sont informés sur le traité. Ce qui continue à me surprendre c’est qu’il y a toujours une telle marge de «oui». Car ce traité est fait pour la classe politique, il est bon pour elle. Donc je pense que les gens en dehors de cette classe politique qui veulent malgré tout voter «oui», ne connaissent pas le contenu du texte. S’ils le connaissaient vraiment, on aurait 90% de «non» et 10% de «oui» représentant la classe dirigeante. Concernant les associations d’agriculteurs, elles ont recommandé de voter «oui» mais les agriculteurs vont voter «non» car ils ne sont pas dupes. Les associations ont eu une sorte de promesse dangereuse de la part du gouvernement disant qu’il mettrait son veto à l’Organisation mondiale du commerce en cas d’accord inacceptable pour l’Irlande. Or, j’ai parlé avec Peter Mandelson il y a plus de deux semaines et il a dit que techniquement un veto était possible mais que personne ne s’aventurerait à le poser vu que l’on travaille sur cet accord depuis des années. Pour Peter Mandelson, un veto serait pire encore qu’un «non» à Lisbonne! Quels sont vos arguments pour voter «non»? Pour moi, le principal argument est que ce traité est un nouveau pas (en fait un pas de géant) vers le problème que nous avons déjà actuellement de manque de démocratie dans les structures européennes. Ce processus a débuté avec la déclaration de Laeken : l’UE a compris que nous manquions de démocratie et a tenté de changer la donne pour redonner le pouvoir aux nations et revenir aux citoyens. Mais cette vision a été piratée par Valéry Giscard d’Estaing et la Constitution européenne a été créée. Nous avons eu à la place moins de pouvoirs pour les nations et moins de démocratie. Mais le Traité de Lisbonne accroît les pouvoirs du Parlement européen qui représente les citoyens... Il faut se rappeler que quand vous élisez vos parlementaires nationaux, ils proposent une législation. En revanche, quand vous élisez les parlementaires européens, ils ne proposent aucune législation. C’est la Commission qui a l’initiative seule. Et ce que font les eurodéputés c’est essayer de changer une proposition, de l’amender, voire de la rejeter, mais malgré tous leurs efforts seulement 20% des amendements seront repris. C’est un problème démocratique sérieux car la Commission écrit toutes les propositions or les personnes qui y travaillent ne sont pas du tout des élus. Même les commissaires ne seront plus nommés dans le futur par les gouvernements, ces derniers ne pourront faire que des suggestions. Donc c’est fou de dire que ce traité apporte plus de démocratie. C’est une erreur. Que pensez-vous des arguments du camp du «non» sur l’avortement ou la neutralité? Je pense que le vrai argument ici est que nous ne savons pas ce que la Cour de justice européenne fera dans le futur. La seule chose que l’on puisse dire est que bien que la Constitution irlandaise ait le mot final sur ces questions sensibles, la Cour de Luxembourg a obtenu un nouvel ensemble de droits sur lesquels elle pourra décider. Donc ça ne veut pas dire que l’on va autoriser l’avortement, l’euthanasie ou que l’on va aller en guerre, mais personne ne peut dire ce qui va arriver. Moi non plus, mais je sais qu’il y a un risque. Je demande donc à mes concitoyens: voulez-vous que ce soit notre Cour constitutionnelle qui décide de notre sort ou la Cour européenne de Luxembourg? Ne croyez-vous pas que l’Irlande se retrouverait isolée en cas de «non»? La France et les Pays-Bas ont-ils été isolés en 2005 ? Non, ils ont ensuite revoté sur le même texte qui était censé être un autre texte. Si l’Irlande vote «non», elle ne sortira pas de l’Europe car elle est très proeuropéenne. Mais ce serait stupide de nous punir pour avoir voté «non» car s’ils veulent que le traité (ou un autre) soit à nouveau ratifié, ils devront revenir vers nous. Et s’ils nous traitent comme des chiens, ce sera un nouveau «non». Donc la seule chose qu’ils devront faire en cas de rejet c’est être en colère mais sourire. Et nous donner ce que l’on a besoin, c’est-à-dire pour certains un meilleur accord dans les négociations commerciales, pour d’autres de meilleures garanties pour les droits des travailleurs, etc. Moi je veux toutes ces choses mais surtout je veux la démocratie. Il faut revenir à la mission initiale de Laeken qui était de réduire le déficit démocratique. Il y avait deux rapports: l’un était la Constitution, l’autre le «Rapport de la minorité» établi par cinq membres de la Convention. Ce dernier document est une bonne base pour un nouveau traité. Le traité de Lisbonne a déjà été rejeté en France et aux Pays-Bas. Il est temps de l’abandonner et d’écouter les citoyens. |
|




Une initiative franco-allemande en cas de «non» en Irlande -
