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Institutions / Présidence tchèqueImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Libor Roucek, chef de la délégation cSSD (sociale-démocrate) au PSE

Le problème de la Tchéquie : ses dirigeants eurosceptiques

Propos recueillis par Célia Sampol | lundi 05 janvier 2009



La Tchéquie est le deuxième nouvel Etat membre à prendre la présidence. A-t-elle des leçons à tirer de l’expérience slovène ?

La Slovénie a montré il y a six mois que les petits pays, nouveaux membres, peuvent avec succès remplir leur mandat. Toutefois, la Tchéquie fera face à plusieurs difficultés et pas seulement parce que le contexte international a changé et que nous avons connu plusieurs crises. La principale différence entre mon pays et la Slovénie, c’est l’attitude des dirigeants en place vis-à-vis de l’UE. Ils sont eurosceptiques. Le plus extrême est le chef d’Etat, mais aussi le gouvernement tenu par l’ODS. La coalition au pouvoir n’est pas stable. Sa majorité est très mince, elle doit se battre sur chaque pièce de la législation. Nous succédons à la France qui a mis la barre très haut. Si nous souhaitions collaborer, cela pourrait être une réussite. Je pense que la Tchéquie n’est pas pleinement préparée. Le niveau administratif sera prêt mais le problème se situera au haut niveau de l’Etat. Par exemple notre gouvernement tient des déclarations très anti-russes, dans un conflit comme celui de cet été avec la Géorgie vous imaginez ! Je ne serais pas surpris si les Russes disaient « Mais qui êtes-vous ? Nous ne voulons pas parler avec vous ».

Pour la ratification du traité, l’ODS vous fait-il du chantage avec le radar ?

Le Premier ministre tchèque Mirek Topolánek a signé le traité de Lisbonne comme ses vingt-six collègues et a promis de mener la ratification à son terme avant fin 2008. Mais lors du Congrès de l’ODS, début décembre, une résolution a été adoptée. Elle prône d’abord la ratification du traité avec les Etats-Unis sur le déploiement du radar anti-missile et ensuite, seulement ensuite, la ratification du traité de Lisbonne. Donc l’ODS lie deux questions qui n’ont rien à voir entre elles. Nous ne voulons pas accepter ce radar car nous pensons qu’il devrait y avoir une grande discussion au niveau européen sur cette question. Nous sommes en revanche pour le traité de Lisbonne. Le problème est que M. Topolánek et son parti veulent le radar mais pas le traité… Ils pensent qu’ils peuvent nous faire du chantage pour avoir le radar. Nous nous y opposerons.

Mais du coup, le traité risque d’être rejeté...

… (pause) Nous ne pouvons pas dire oui à ce radar si nous pensons que c’est une absurdité. Il s’agit d’un système qui coûte des millions de dollars et qui ne marche pas. L’administration Bush avait dit qu’il était dirigé contre l’Iran mais l’Iran n’a pas de telles armes. Le projet a donc inquiété les Russes car ils ont pensé que ce radar était directement tourné contre eux. Donc j’espère vraiment que Barack Obama fera ce qu’il a dit durant sa campagne, c’est-à-dire qu’il regardera au millimètre près chaque ligne du budget. Les projets qui ne marchent pas, il les annulera ou les gèlera. Ce radar antimissile n’apporte pas plus de sécurité, au contraire il ne fait qu’empirer nos relations avec la Russie. Ce que nous comptons faire à présent, c’est reporter la ratification, comme l’ODS l’a fait avec le traité de Lisbonne. Nous demanderons à la Cour constitutionnelle de vérifier s’il est conforme à la Constitution d’avoir des troupes étrangères sur notre sol. Cela entraînera trois, quatre, cinq mois de retard. En parallèle peut-être que Barack Obama gèlera le projet et le gouvernement tchèque ne pourra plus insister. Mais du coup je ne peux pas avancer de date pour la ratification du traité de Lisbonne.

Les sociaux-démocrates comptent-ils soutenir la coalition gouvernementale durant la présidence ?

Personne ne souhaite un échec. Nous la soutiendrons sur des questions sensibles mais pas dans sa tactique concernant le traité de Lisbonne. Nous, nous voulions le texte le plus tôt possible, c’est pourquoi nous avons demandé une séance extraordinaire de la Chambre basse le 9 décembre. Mais l’ODS a dit : soit vous acceptez de reporter le vote, soit nous tuons le traité tout de suite. Et comme nous ne sommes pas sûrs des votes des uns et des autres, nous ne pouvions pas courir le risque. L’UE sur cette question ne doit rien attendre de la République tchèque. Les eurosceptiques continuent à espérer que les Irlandais diront « non » une nouvelle fois.

La situation politique interne influera-t-elle sur la présidence de l’UE ?

Sans aucun doute car quand vous ne savez pas ce qui se passera le mois suivant… Mirek Topolánek a été confirmé à la tête de l’ODS, lors du congrès, mais le président Vaclav Klaus a quitté ce parti qu’il a cofondé il y a dix-huit ans. Les rumeurs prétendent qu’il voudrait créer un nouveau parti eurosceptique lié à Libertas. Ce départ pourrait diviser l’ODS mais du coup que va-t-il se passer durant la présidence? Si deux ou trois députés seulement quittent l’ODS pour rejoindre le parti de Klaus, la coalition n’aura plus la majorité.

L’opinion publique est-elle eurosceptique ?

L’opinion publique n’est pas eurosceptique car les Tchèques aiment le principe de voyager sans frontières, etc. Mais sur le traité, ils sont influencés par ce que dit le président et 55 % d’entre eux sont contre le texte. M. Klaus utilise les mêmes méthodes que les nonistes en Irlande, avec leur référence à l’avortement. Sauf que, lui, il dit : si vous ratifiez ce texte, cela va rouvrir la question de la restitution des Sudètes à l’Allemagne. C’est une absurdité ! Dans le temps, les communistes utilisaient cette peur d’une revanche des Allemands. A présent, ce sont les eurosceptiques de droite et d’extrême droite.



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