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Politique commerciale/Présidence suédoise

L’accord de libre-échange UE-Corée : priorité commerciale

Par Sébastien Falletti à Séoul | mercredi 01 juillet 2009



La conclusion d’un accord ambitieux de libre-échange avec la Corée du Sud sera la priorité commerciale de la présidence suédoise. Stockholm, l’une des capitales européennes les plus favorables à la libéralisation, espère conclure l’accord de libre-échange (ALE) le plus ambitieux jamais négocié par l’UE. Avec la Commission européenne, la présidence devra d’abord convaincre plusieurs États membres qui hésitent à accepter un compromis sur les questions non résolues. Stockholm devra mener une rude bataille pour promouvoir son agenda de libéralisation car nombre de gouvernements et d’électeurs européens craignent les conséquences d’une nouvelle ouverture du marché européen sur fond de crise économique. Dans ce contexte, la deuxième priorité de la présidence sera de donner un nouvel élan aux négociations commerciales de Doha à l’OMC.

La Suède voit une nouvelle occasion de conclure ces négociations commerciales controversées entamées en mai 2007. Passées les élections européennes, la ministre du commerce Ewa Björling et la commissaire au Commerce Catherine Ashton veulent à présent supprimer les dernières pierres d’achoppement avant l’été. Les deux femmes craignent que la conclusion de l’accord soit retardée par les élections allemandes de septembre et la mise ne place de la nouvelle Commission européenne. En outre, la Corée du Sud reprendra sans doute prochainement ses négociations commerciales avec les États-Unis, ce qui pourrait faire passer au second plan les négociations avec l’UE. Les négociations sont bloquées depuis mars sur les questions sensibles que sont la ristourne des droits de douane (voir encadré) et les règles d’origine. Plusieurs États membres, Allemagne en tête, pensent que la Commission accorde trop à Séoul, surtout dans le secteur automobile. «  Je pense que nous pouvons résoudre les derniers problèmes et conclure un accord qui sera profitable à de nombreuses industries européennes », a assuré Mme Ashton lors d’une rencontre avec Mme Björling en mai dernier à Stockholm.

Selon le scénario le plus optimiste, l’UE pourrait parapher un accord en juillet, lors de la visite du président sud-coréen Lee Myung en Europe. Mais la Commission et la Corée doivent d’abord rédiger un compromis acceptable par toutes les capitales européennes. Le 10 juillet, les États membres et la Commission en débattront à l’occasion d’une réunion du Comité 133, au cours de laquelle ils feront le point sur la situation, après une rencontre entre Mme Asthon et le ministre du commerce Kim Jong hoon, le 26 juin à Paris. La Commission espère que l’Allemagne «  cédera » ce jour-là, précise un diplomate à Europolitique.

RELANCER « DOHA »

Une autre priorité de la Présidence suédoise sera de donner un nouvel élan aux négociations de Doha, actuellement bloquées, afin de lutter contre la crise économique internationale. «  La valeur du cycle de Doha est renforcée par la récession actuelle, et un accord représenterait le meilleur moyen de stimuler l’économie mondiale », ont souligné Mmes Björling et Ashton. Mais elles sont toutes deux conscientes que les chances de relancer les négociations internationales, qui ont échoué l’été dernier à Genève, sont limitées. Malgré diverses tentatives lors de sommets successifs du G20, le nouveau gouvernement américain s’est montré jusqu’ici peu enclin à relancer Doha et le renouvellement de la composition de la Commission reportera la conclusion de ces négociations jusqu’en 2010, estiment plusieurs experts. Toutefois, certains signes positifs sont apparus début juin suite à une rencontre organisée par le groupe de Cairns (réunissant des pays agro-exportateurs) ce qui augmente les chances d’un regain d’activité à Genève cet été. Les négociateurs tenteront de progresser autant que possible cette année afin de préparer le terrain pour la conclusion des négociations en 2010.

PROTECTIONNISME

Pour Stockholm, la libéralisation commerciale est le moyen essentiel de relancer l’économie européenne. La Suède compte inviter les États membres à résister à la tentation du protectionnisme et promouvoir un agenda proactif de libéralisation commerciale. Mais Ewa Björling devra faire face à la résistance de grands pays comme la France, l’Allemagne ou l’Italie qui hésitent à ouvrir davantage les portes de l’UE alors que le chômage est en hausse. Les discussions sur les questions sensibles que sont l’antidumping ou la politique commerciale à l’égard de la Chine risquent d’être sources de dissensions car plusieurs grandes capitales européennes ne partagent pas l’enthousiasme de la Suède pour la libéralisation.

Outre l’ALE UE-Corée, Stockholm et la DG Commerce veilleront à faire progresser plusieurs questions bilatérales. Ils espèrent réaliser des progrès décisifs avec l’Amérique centrale, les pays andins et tenteront de relancer les discussions en cours avec le Conseil de coopération du Golfe. Ces discussions ont échoué durant la présidence française, en 2008. Les chances de faire évoluer les négociations stratégiques d’un ALE avec l’Inde et l’ANASE, entamées il y a deux ans, sont limitées. La négociation avec le bloc du Sud-Est asiatique est gelée depuis mai et la Commission teste une approche bilatérale, alors que les négociations avec New Delhi progressent lentement. La Présidence devra également relever le défi de l’Accord de partenariat économique avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Repère

L’obstacle majeur à l’ALE UE-Corée reste la question du remboursement des droits de douane. Par ce système, la Corée du Sud autorise la ristourne des droits à l’importation aux entreprises qui utilisent des matériaux importés pour construire des produits destinés à l’exportation. Selon Séoul, ce système est permis par l’OMC et il est appliqué par les concurrents directs de la Corée (Japon et Chine). Jusqu’à présent, l’UE a refusé d’inclure ce système dans les ALE qu’elle a négociés avec d’autres partenaires commerciaux.



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