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Politique commerciale

Paris vise un ALE avec la Corée du Sud et les pays du Golfe

Par Sébastien Falletti | jeudi 10 juillet 2008

Sur le plan commercial, la priorité de la présidence française de l’UE sera de nouer des relations économiques bilatérales plus étroites avec plusieurs grands partenaires de l’UE. Paris espère conclure des négociations de libre-échange avec la Corée du Sud et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et prévoit de jeter les bases de négociations avec le Canada. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, la France devra s’entendre avec le commissaire au Commerce, Peter Mandelson, avec qui elle a souvent été en désaccord, et convaincre certains Etats membres et pays partenaires hésitants à accepter des compromis sur des questions sensibles.

CORÉE DU SUD

La conclusion d’un accord de libre-échange (ALE) avec Séoul est une priorité de la présidence. La France et Peter Mandelson aimeraient conclure le premier des ALE proposés en 2006 par la Commission dans un document stratégique «Global Europe», qui se concentre sur les opportunités commerciales pour les entreprises européennes sur les marchés émergents. Pour le président français Nicolas Sarkozy, le Sommet UE-Corée du Sud, qui se déroulera en Asie en octobre, sera une occasion de prouver sa capacité à défendre les intérêts offensifs de l’UE et à traduire en actes son concept de «réciprocité» en matière de relations commerciales. Quant à Peter Mandelson, il est impatient de signer un accord avant la fin de son mandat. « C’est faisable», souligne une source française.

Mais le commissaire et la présidence vont devoir résoudre les problèmes que posent encore les dossiers sensibles (automobile, services, règles d’origin. Les négociations ont débuté en mai 2007 à Seoul et la dernière session s’est tenue en mai dernier à Bruxelles. Les deux parties ont reconnu des divergences persistantes sur l’automobile.

L’UE voudrait amener Séoul à adopter des normes automobiles internationales, afin de faciliter l’accès des constructeurs européens au marché coréen. En retour, la Corée demande une suppression rapide des droits de douane européens sur les véhicules automobiles. L’UE accepterait de supprimer ses droits de 10% sur une période de sept ans, mais Séoul voudrait ramener cette période à trois ans. « C’est pour la Corée une question de principe, sur laquelle nous ne pouvons revenir», confirme une source coréenne. Si la France veut un accord elle devra convaincre les puissants constructeurs automobiles français et allemands de réduire leurs exigences.

CONSEIL DE COOPÉRATION DU GOLFE

Nicolas Sarkozy aimerait signer l’ALE, qui est en cours de discussion depuis 1990, avec les pays du Golfe. Outre la victoire politique que la conclusion de ces négociations «sans fin» offrirait, la motivation française repose sur l’intérêt grandissant que le président français a montré pour cette région depuis son arrivée au pouvoir. Paris a en effet renforcé ses relations diplomatiques avec le Quatar (qui a joué un rôle dans la libération des infirmières bulgares détenues en Libye) et les autres pays du Golfe, et a ouvert une base militaire française à Abu Dhabi.

La dernière rencontre UE-CCG s’est déroulée le 26 mai dernier à Bruxelles et a confirmé que les deux parties étaient sur le point de conclure un accord qui pourrait être signé dès juillet. Toutefois, étant donné l’historique des négociations, les experts optent pour la prudence. Au cours des derniers mois, les pourparlers ont trébuché sur la question des services et des règles régissant l’établissement des sociétés dans la région du Golfe. La France continue d’espérer un dénouement rapide. « Si un accord n’est pas conclu au prochain semestre, il ne le sera jamais», estime un diplomate français.

CANADA

La France entend tisser un rapprochement économique avec le Canada. Ottawa souhaite ardemment conclure un accord commercial bilatéral avec l’UE et voit en la présidence française une occasion unique de convaincre une Commission européenne hésitante. « Nous voulons un accord de libre-échange de ‘nouvelle génération’ avec l’Europe», a déclaré le ministre canadien du Commerce, David Emerson, qui parle d’une « sous-estimation du potentiel de la relation économique» des deux côtés de l’Atlantique. La France, qui entretient des liens historiques étroits avec le Canada, soutient ces efforts.

Après le gel d’un Accord visant à renforcer le commerce et l’investissement (ARCI), Ottawa et Paris sont favorables à l’ouverture de négociations pouvant inclure les points suivants : questions réglementaires, marchés publics, droits de la propriété intellectuelle et mobilité des travailleurs. M. Sarkozy espère annoncer le lancement de nouvelles négociations durant le Sommet UE-Canada du 19 octobre à Montréal, qui coïncidera avec la célébration du 400ème anniversaire du Québec, province canadienne francophone. « C’est l’option la plus ambitieuse», indique un diplomate français, soulignant qu’il va falloir encore convaincre la Commission et certains Etats membres peu enthousiastes après l’échec de l’ARCI.

La France surveillera aussi de près les négociations bilatérales avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, l’Inde ou le Mercosur bien qu’aucun résultat ne soit attendu en 2008 malgré les nombreuses rencontres avec l’Inde et le Brésil.

APE

La France va devoir faire avancer la négociation des Accords de partenariat économique (APE) avec les pays du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Il s’agira de trouver un équilibre entre le respect des règles de l’OMC et les préoccupations exprimées par les ACP et les ONG. L’UE signera son premier APE avec les Caraïbes le 23 juillet et elle espère signer après l’été les accords intérimaires conclus fin 2007. Le plus grand défi à relever sera de convaincre les pays d’Afrique de conclure des APE complets. M. Sarkozy a demandé à Christiane Taubira, députée de la Guyane française, de préparer un rapport sur la meilleure façon de faire de cette question une réussite.



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