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Tribune libre : GRAHAM WATSON, PRéSIDENT DU Groupe ADLE AU PARLEMENT EUROPéEN

La Présidence française et la question irlandaise

mercredi 02 juillet 2008

Une fois encore, alors que les dirigeants européens essaient désespérément de recentrer leurs efforts sur les questions pratiques qui concernent la vie des citoyens (les prix du carburant et des denrées alimentaires, l’immigration et la délinquance), ces mêmes citoyens contrecarrent leurs efforts en rejetant le dernier outil de réforme permettant d’offrir une réponse plus efficace à ces problèmes. Même si Bruxelles était prête à approuver le Traité de Lisbonne et passer à l’étape suivante, et tout particulièrement les Français qui avaient de grandes ambitions quant à leur Présidence, il semble que l’on va encore méditer pendant au moins une année encore sur le sort du Traité de Lisbonne.

Il est trop tôt pour prévoir quelle sera l’issue de la crise, mais l’histoire nous montre que l’Union européenne ne semble faire des progrès que lorsqu’elle doit trouver des solutions à des situations de crise. Le problème de la défunte Constitution et de l’actuel traité de Lisbonne réside peut-être dans le fait que nous nous sommes octroyé le luxe de pouvoir trop réfléchir et nous préparer (presque sept ans depuis le Conseil de Laeken) sans convaincre le public du besoin urgent de changement.

Le monde a considérablement changé depuis 2001, les problèmes de terrorisme international et de changement climatique ne sont pas les moindres, et la capacité des États membres d’agir seuls pour affronter ces deux questions est clairement limitée. Il est donc important d’améliorer la coordination et l’efficacité des priorités de politique étrangère parmi les 27 États membres et de s’accorder sur une stratégie commune relative à des discussions globales sur le problème climatique pour remplacer le protocole de Kyoto en 2012. Consolider le rôle des « grands chefs » de la politique étrangère du Conseil et de la Commission, créer un service d’action externe commun et adopter un système de vote à double majorité au Conseil aurait certainement apporté quelques améliorations. Mais il n’est guère surprenant que de tels changements institutionnels n’ont pas réussi à déchaîner les passions en Irlande le 12 juin dernier. Les gens sont inquiets au sujet du prix du pétrole et des pâtes, mais pas au sujet du fonctionnement interne des institutions européennes.

De nombreuses raisons sont à l’origine du « non » irlandais, mais aucune d’elles ne remet en question la légitimité de l’Union européenne à aborder des questions globales pressantes. Le Traité de Lisbonne n’a pas vraiment été valorisé et les opposants ont, avec succès, joué sur les craintes des citoyens pour les persuader de rejeter les réformes en faveur d’autre chose – sans même proposer une alternative. Le « non » a plongé L’UE dans des difficultés considérables et dans une nouvelle introspection, au moins tout aussi sérieuses que celles qu’elle a éprouvées il y a trois ans au sujet de la Constitution. Mais cela aura également mis en péril la bonne volonté et la réputation dont l’Irlande a joui au cours de ces dernières années au sein de l’UE en tant que modèle de croissance et de renouveau économiques.

Ceci ne veut pas dire que le ciel va maintenant nous tomber sur la tête. Ce ne sera pas le cas. Même sans le Traité de Lisbonne, l’UE pourrait continuer à fonctionner, mais avec moins d’efficacité pour relever ces nouveaux défis. C’est le paradoxe du « non » des Irlandais. Ceux-ci ont rejeté les réformes précisément destinées à faire face aux problèmes de l’isolement et de la bureaucratie de l’UE.

En attendant, nous ne pouvons pas rester les bras croisés et attendre une solution à la question irlandaise. Les priorités de la Présidence française restent les mêmes : finaliser le paquet sur le changement climatique, traiter l’immigration via un pacte global sur l’immigration et l’asile, développer la Politique européenne de Sécurité et de Défense en devenir et présenter des propositions pour une réforme à long terme et la durabilité de la Politique agricole européenne.

Le paquet « climat « de la Commission, lancé en janvier de cette année, doit être bouclé avant les élections du Parlement européen l’été prochain, si l’UE veut disposer d’un mandat cohérent et ambitieux pour les négociations sur le successeur de Kyoto, à Copenhague en décembre 2009. Le paquet « énergie» avec une nouvelle proposition sur les renouvelables, devrait aussi être finalisé dans les mêmes délais. Les deux vont soulever, pour les Etats membres, des questions hautement sensibles et potentiellement controversées. La France devra déployer tout son arsenal diplomatique et ses capacités de pression pour arracher un accord dans les six mois. M. Sarkozy devrait peut-être prendre exemple sur Angela Merkel s’il veut réussir sa première Présidence de l’UE.

La France hérite aussi de l’explosif cocktail combinant, à l’intérieur, des prix record du pétrole et, dans nombre de pays en développement, la hausse des prix alimentaires provoquant privations et famine. La crise financière et des crédits due aux «sub-primes» sur le marché hypothécaire américain a débouché sur ce que certains ont appelé la « tempête parfaite». Il serait aisé de verser dans le populisme et de couper dans les taxes sur les carburants pour alléger la pression à court terme, mais le risque est que cela ait l’effet inverse de stimuler encore la demande et donc de pousser davantage les prix à la hausse.

A la lumière du référendum irlandais, l’indication que la Présidence française souhaite s’attaquer au manque d’information ou de sympathie de ses citoyens à l’égard de l’Europe au moyen d’une série de débats régionaux, au moins en France,  est une démarche positive qui mérite d’être soutenue et reproduite ailleurs. Le « non » français à la Constitution a brutalement réveillé le monde politique en France. Il y a une certaine justice à ce que celui-ci doive aujourd’hui formuler une réponse à une réaction similaire des Irlandais. Brian Cowen doit maintenant se lancer, tardivement, dans un exercice similaire de communication dans son propre pays puisque la plupart des Irlandais ont confirmé, dans un récent sondage Eurobaromètre mené par Gallup quelques jours après le référendum, que leur principale objection au Traité de Lisbonne était le manque d’information.



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