Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques externes / Présidence françaiseImprimer l'article | Imprimer cet article

Elargissement

La France devrait rester ferme à l’égard de la Turquie

Par Joanna Sopinska | mercredi 02 juillet 2008

La France dit ne pas vouloir mettre un frein aux négociations d’adhésion de la Turquie lors de sa présidence du Conseil. Les responsables français indiquent que les travaux se poursuivront et que deux ou trois chapitres pourraient s’ouvrir à la négociation au second semestre 2008. Mais ils précisent que seuls les domaines de négociation qui ne sont pas « directement liés à l’adhésion » auront le feu vert de Paris.

Si cette restriction se concrétisait, cinq nouveaux chapitres, couvrant les questions financières et institutionnelles, pourraient s’ajouter officiellement à la liste des domaines gelés de par le non-respect par la Turquie de certaines obligations à l’égard de Chypre. Un de ces cinq domaines a déjà été bloqué par veto français. Paris a indiqué en 2007 que les négociations sur la politique économique et monétaire ne devaient commencer que lorsque l’UE aura défini ses frontières futures.

Ankara proteste avec véhémence et fait valoir sa « contribution à la stabilité de l’Europe ». A la commission des affaires étrangères du Parlement européen le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a fait valoir l’engagement marqué de son pays dans le processus de paix du Proche-Orient (rôle de médiateur dans les négociations entre la Syrie et Israël), dans le dialogue avec l’Iran et le Liban et dans le processus de stabilisation en Afghanistan et en Irak. Il a aussi souligné la participation de la Turquie aux missions PESD de l’UE et sa volonté d’adhérer à l’Agence européenne de défense.

Autant d’arguments qui semblent laisser Paris de marbre. Selon le président Nicolas Sarkozy, la Turquie – pays à prédominance musulmane – n’est pas éligible pour une adhésion à part entière à l’UE, puisque la majorité de son territoire se trouve en Asie. L’Elysée préconise plutôt d’encadrer les relations UE/Turquie par un partenariat privilégié. Ankara rétorque n’accepter qu’une adhésion intégrale pour la Turquie.

Face à cette fermeté de la France, Ankara tente de jouer la carte de l’Union pour la Méditerranée. Sans la Turquie, perçue comme une pièce maîtresse de la proposition de M.Sarkozy, l’initiative aura peu de consistance et de poids politique. Elle tente donc de tirer parti de cette situation et n’a pas encore donné de réponse à la France quant à sa participation au projet dont elle continue d’ « évaluer » la teneur. Elle a pris d’autres mesures de représailles à l’encontre de Paris, en refusant d’inclure Gaz de France dans le consortium du gazoduc Nabucco qui reliera la mer Caspienne à l’Europe. Ankara crée en outre des difficultés quant à l’utilisation de l’espace aérien turc par des avions de guerre français en mission en Afghanistan. La détérioration des relations militaires avec la Turquie, membre de l’OTAN, pourrait menacer les projets français de renforcement des liens entre l’alliance et l’UE.

Pour contrebalancer l’opposition de la France et se rallier d’autres Etats membres, Ankara a changé de ton à l’égard de l’Arménie et de Chypre. Elle a donné son feu vert à la reprise des négociations entre les communauté chypriotes - grecque et turque - sur la réunification de l’île et s’est dit disposée à un dialogue avec l’Arménie.

NÉGOCIATIONS AVEC LA CROATIE

Contrairement à la Slovénie, la France n’a aucun contentieux bilatéral avec la Croatie. Les négociations devraient donc progresser, d’autant qu’une diplomate française annonce que Paris s’efforcera d’avancer aussi vite que possible et ne prévoit pas de problèmes concernant la Croatie. Paris et Zagreb auront toutefois du pain sur la planche, car à la fin de l’année, la Croatie devra avoir ouvert la négociation de tous les chapitres restants si elle veut adhérer à l’UE en 2011. Faute de quoi son adhésion à l’Union européenne sera remise à plus tard.

Ankara tente de jouer la carte de l’Union pour la Méditerranée   

Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover