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UE/Etats-Unis

Des frictions commerciales assombrissent le ciel transatlantique

Par Brian Beary à Washington | mercredi 02 juillet 2008

L’élection du président français pro-américain Nicolas Sarkozy a été saluée avec soulagement en 2007, car d’aucuns ont cru y voir la fin d’une phase délicate dans les relations franco-américaines. S’il est vrai que le climat s’est amélioré, une série de différends commerciaux pourraient assombrir les relations transatlantiques. M. Sarkozy s’est montré ouvert à un partenariat avec Washington sur les questions militaires, mais il ne donne pas l’impression de vouloir lever les obstacles réglementaires.

«  Du point de vue politique, nous sommes en phase à bien des égards. L’économie sera le grand défi », analyse un fonctionnaire américain. La politique de l’UE sur les substances chimiques (le règlement REACH) est source de préoccupation pour les Etats-Unis, qui se plaignent de l’échéance du 1er décembre pour l’enregistrement des produits chimiques auprès de la nouvelle Agence européenne. «  Toutes les sociétés ne pourront respecter cette échéance. Le secteur des produits de soin (savons, crèmes, etc.) sera particulièrement touché. Nous allons en discuter avec la présidence française », indique le fonctionnaire.

Washington compte aussi faire pression sur la présidence pour que soit levé l’embargo sur les exportations de volailles américaines lavées dans des bains chlorés, plutôt qu’à l’eau claire. Or la France est un des Etats membres qui ont le plus insisté pour le maintien de l’embargo. Selon les associations professionnelles, l’embargo coûte aux exportateurs américains de 120 à 180 millions de dollars l’an en pertes de potentiel de marché. REACH et l’embargo sur les exportations de volailles chlorées sont des dossiers prioritaires pour le Conseil économique transatlantique (CET), l’instance créée en avril 2007 pour éliminer les obstacles réglementaires au commerce. « Nous sommes satisfaits du travail du CET et nous voulons qu’il se poursuive dans le cadre du prochain gouvernement », souligne un fonctionnaire du département d’Etat.

QUE PEUT FAIRE LE CET ?

Un point d’interrogation demeure quant à l’intérêt de la présidence française pour le CET, né à l’initiative de la chancelière allemande Angela Merkel, quand l’Allemagne présidait l’UE en 2007. Selon Sally McNamara, analyste en relations transatlantiques à la Heritage Foundation de Washington, «  M. Sarkozy est très différent de Mme Merkel. Le CET sera en 74ème place sur sa liste de priorités ». Mme McNamara, ancienne assistante de l’eurodéputé britannique Roger Helmer (Non inscrits), n’est pas convaincue de la position pro-américaine de Nicolas Sarkozy. «  Il a rejeté les discours anti-américains, mais la politique étrangère de la France n’a pas changé. En matière de politique commerciale, il est protectionniste », estime-t-elle. La Commission européenne est officiellement à la tête du CET ; en pratique, le vice-Président de la Commission, Günter Verheugen, qui le co-préside, a besoin du soutien de la présidence de l’UE pour faire évoluer les dossiers les plus litigieux sur le plan politique. M. Verheugen a été soutenu par Mme Merkel ce qui ne fut pas le cas des présidences portugaise et slovène. D’aucuns commencent à douter de la capacité du CET à produire des résultats.

A propos des questions militaires, Mme McNamara estime que le souhait de la présidence française de forger une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) - pilier majeur de son agenda - est en parti motivé par un désir d’exclure l’Amérique des décisions militaires de l’UE. Selon elle, «  les Etats-Unis ne prennent pas cette menace au sérieux. La secrétaire d’Etat Condoleezza Rice est favorable à une plus grande intégration européenne en matière de défense, mais en réalité il n’y a pas eu plus de troupe ou d’argent avec la PESD ». Une analyse que ne partage pas John K. Glenn du Fonds Marshall allemand (GMF). Selon lui «  il n’est plus question de politiques rivales. Tout le monde a compris qu’il faut privilégier la complémentarité ». « Il m’est très difficile de croire en une défense européenne qui aurait la possibilité d’isoler ou d’exclure les Etats-Unis », ajoute-t-il. L’arrivée d’un nouveau président à la Maison Blanche en 2009, quel qu’il soit, ne changera pas cette dynamique, prédit M. Glenn.

POLITIQUE DE DÉFENSE

Le gouvernement américain actuel semble favorablement disposé à l’égard des projets de la France sur la PESD. «  Le poids de l’opinion américaine a évolué sur cette question. Nous n’avons aucune raison de nous inquiéter. Le travail ne manque pas et rien n’empêche les Etats-Unis d’apporter leur soutien aux missions de l’UE. Tout est affaire de coordination », explique un fonctionnaire du Département d’Etat, citant l’exemple du Tchad et du Kosovo. Le vrai défi, selon lui, a été d’amener l’Europe à augmenter sa capacité de défense. Les Etats membres de l’UE consacrent en moyenne 1,3 % de leur PIB aux dépenses de défense, contre 4 % environ pour les Etats-Unis.

Plus loin sur la scène internationale, l’Iran devrait continuer de justifier une activité diplomatique transatlantique, car Washington pousse l’UE à adopter des sanctions plus fermes contre Téhéran. Jusqu’à présent, M. Sarkozy s’est montré plus proche que son prédécesseur Jacques Chirac de la position de fermeté des Etats-Unis à l’égard de l’Iran. L’UE et les Etats-Unis devraient continuer à coopérer harmonieusement dans le dossier bosniaque et intensifier leur coopération en Afghanistan, où l’UE a déployé récemment une mission de formation policière. De même, ils devraient s’exprimer d’une même voix à propos de la Géorgie, notamment pour promouvoir l’intégrité territoriale de ce pays et s’opposer aux velléités sécessionnistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

A propos du dossier climatique, le remplacement du gouvernement Bush en 2009 par un gouvernement McCain ou Obama, sans doute plus proche des politiques de l’UE, rend improbable tout grand bouleversement durant la présidence française. Un dossier, cependant, devrait être marqué par le départ imminent du président Bush : le programme d’exemption de visa. M. Bush partira sans doute en ayant eu soin de garantir l’exemption de visa aux alliés des Etats-Unis d’Europe de l’Est.

«  La politique étrangère de la France n’a pas changé. En matière commerciale, par exemple, M. Sarkozy est protectionniste »   

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