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Entretien avec Anne-Sophie Parent, directrice de la plateforme européenne des personnes âgées (AGE)

« La réflexion ne doit pas se limiter à des profils-types »

Par Sophie Petitjean | lundi 05 juillet 2010



PourAGE Platform Europe , qui représente les intérêts des personnes de 50 ans et plus à travers l’Europe, il est indispensable de restaurer la confiance après une crise abyssale. De bonnes intentions ne sont pas suffisantes, il faut des actions concrètes qui protègent les droits des personnes âgées actuelles et futures, y compris les plus vulnérables, plaide AGE. L’association demande, notamment, un revenu de vieillesse adéquat et un meilleur équilibre entre régimes publics et régimes par capitalisation privés. L’Europe devrait également disposer de compétences accrues.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce Livre vert et, plus généralement, de l’Union européenne ?

Pour l’instant, on a surtout l’impression que la Commission lance un grand chantier mais qu’elle ne sait pas trop où elle va aller. L’UE a des compétences indirectes : elle a pas mal à dire sur le déficit budgétaire des Etats membres, ce qui fait qu’indirectement, elle force les États membres à trouver des solutions pour rendre leurs systèmes de pensions et de soins de longue durée beaucoup plus légers pour les dépenses publiques. En 2001, l’Union européenne s’était fixée des engagements assez forts dans le cadre de la stratégie de Stockholm et si le contexte a changé, elle doit continuer à chercher des systèmes de protection sociale adéquats, et viables financièrement.

Parmi les principaux travaux lancés par ce chantier, la question de l’adéquation et de la viabilité des pensions. Quelle est la position d’AGE ?

Pour nous, c’est la clé du problème. Et si adéquation et viabilité peuvent être envisagées ensemble, il faut nuancer car ce n’est pas tout de couper ou diminuer l’aide, il faut également assurer à ceux qui perçoivent des petites pensions de pouvoir continuer à vivre décemment.

La question de l’adéquation peut, selon nous, être envisagée en cherchant d’autres sources de revenu. Il faut permettre aux gens de travailler plus longtemps, y compris après l’âge de la retraite, et ne pas avoir peur que cela raréfie l’emploi des jeunes ; ce n’est pas un vase communicant. Ce débat autour des pensions est indissociable du débat sur l’emploi : la plupart des personnes âgées d’aujourd’hui n’ont pas eu accès à des formations tout au long de la vie et il faut aider les gens à se former et à rester sur le marché du travail.

Cette réflexion sur l’adéquation et la viabilité des retraites ne doit pas se limiter à des profils-types, soit le pensionné moyen, de sexe masculin, au revenu moyen et à la carrière complète. Aujourd’hui, il faut parler en termes de carrières interrompues, avec des gens qui n’arrivent pas au nombre d’années de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite pleine.

AGE met un point d’honneur à défendre les personnes les plus marginalisées. Quelles sont ces personnes les plus à risque ?

A l’heure actuelle, on compte de plus en plus sur les systèmes par capitalisation et de moins en moins sur le système public par répartition. Cette tendance est de plus en plus défavorable aux femmes. Du fait qu’elles ont des carrières interrompues et moins longues, ainsi que des revenus moindres (15 % de moins à travail égal), elles ne peuvent donc pas investir dans une pension complémentaire privée. Parmi les autres groupes à risque, on trouve les travailleurs migrants, pour lesquels les règles minimums de durée, de contribution, etc. ne sont pas favorables en termes d’accès aux pensions. (...) Avec la crise, on remet encore plus qu’avant les risques sur la personne, et de facto, sur la famille. Si on continue comme ça, on va droit dans le mur. C’est là où l’on espère que ce livre vert va prendre une approche holistique.

Les systèmes par répartition sont-ils plus durables ?

A ce sujet, les avis sont partagés. Certains disent que si tout le monde travaillait jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite et qu’on trouvait d’autres sources de revenus qui soient plus équitables, on aurait les moyens de maintenir un système par répartition qui serait plus adéquat pour tout le monde.



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