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Business & compétitivité / Paquet TélécomImprimer l'article | Imprimer cet article

Les opérateurs de télécom face à la montée en puissance d’Internet

Par Nathalie Vandystadt | mardi 02 septembre 2008

C’est dans un contexte global de communication galopante où dominent Internet et ses géants que s’inscrit la vaste réforme en cours de la réglementation européenne des télécoms. Communiquer grâce à la Toile est devenu une « commodité », un geste quotidien, voire une dépendance. L’UE et ses opérateurs télécoms doivent donc se préparer à une « transition de la voix vers la connectivité », analyse Julien Salanave de l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (IDATE). « Aujourd’hui, 40 % du temps passé en ligne sert à la communication », précise l’expert. Des tendances qui devraient se confirmer au cours des cinq prochaines années, à travers les connexions haut débit et l’érosion des services classiques comme la voix.

De fait, la téléphonie mobile, longtemps moteur de la croissance de l’industrie européenne, est en perte de vitesse. C’était déjà vrai avant les initiatives de la Commission européenne visant à abaisser les frais de terminaison mobile (facturés par un opérateur à un autre pour acheminer un appel) et d’itinérance internationale (prix des appels et messages à l’étranger ou « roaming »), note l’analyse de l’IDATE. Le marché du mobile est, en effet, saturé - près de 112 % de pénétration, selon les chiffres de la Commission - et, de surcroît, férocement concurrentiel.

C’est pourquoi les experts sont un peu pessimistes pour les services mobiles : ils leur arrivent la même chose qu’à la téléphonie fixe il y a cinq ou six ans avec l’entrée de Skype sur le marché (téléphonie gratuite via Internet). Sauf que cette industrie est bien plus prompte à réagir, à l’instar des opérateurs américains (Verizon, AT&T et T-Mobile USA), qui ont introduit le « flat rate », un nombre d’appels illimités à un prix fixe par mois. Il n’empêche, « nous ne voyons pas dans les prochaines années les opérateurs mobiles entraîner la croissance européenne comme ils l’ont fait dans le passé », tranche M. Salanave.

Le secteur doit trouver son succès ailleurs. Et d’abord dans la forte demande de communication en ligne : emails, forums, messageries instantanées, blogs, etc. Les opérateurs peuvent aussi améliorer les services aux consommateurs, les inciter à appeler davantage, étendre le champ de la connexion à des réseaux sensoriels ou à des connexions de machine à machine. Les internautes sont aussi de plus en plus friands des vidéos sur Internet, tant à la maison qu’au travail. Bref, les occasions ne manquent pas.

« Aujourd’hui, les gens communiquent davantage via ce type d’outils en ligne qu’à travers la téléphonie ». Comment en faire un business ? Alors même que ces services comme You Tube, racheté par Google, ou les messageries instantanées comme MSM Messenger de Microsoft, sont complètement contrôlés par les géants du Net, les opérateurs télécoms se partageant des miettes. Même chose pour les blogs. «  Ils ont d’énormes opportunités », rétorque M. Salanave.

TROIS MODÈLES

En fait, les opérateurs de télécom auraient tout intérêt à se spécialiser. Selon l’IDATE, il existe trois modèles. British Telecom au Royaume-Uni ou Sprint aux Etats-Unis, par exemple, en plus d’avoir un bon coût-efficacité, présentent les infrastructures les plus développées, offrent des connexions et laissent leurs concurrents accéder à leurs réseaux pour développer d’autres services. La panacée pour les nouveaux entrants ! Ces derniers, et ils constituent le deuxième modèle, veulent se focaliser sur les services, parfois très ciblés. C’est le cas de 3G au Royaume-Uni ou en Italie et d’E-plus en Allemagne. Ils fonctionnent peu ou prou comme Skype, en ne s’embarrassant pas d’infrastructures. Et puis, il y a les ex-monopoles, pour la plupart du moins, soucieux de conserver leur modèle - leurs infrastructures et leurs propres services - et d’investir dans de nouveaux réseaux à très haut débit, comme la fibre optique.

De manière générale, tous les opérateurs doivent - sans arrêt - améliorer l’efficacité de leurs coûts. Ici, la réglementation européenne est le plus souvent accusée, par les opérateurs historiques, de ralentir les capacités d’investissements, alors que les opérateurs alternatifs la réclament pour ses vertus concurrentielles. En réalité, les investissements ont légèrement augmenté, pour passer de 47 milliards d’euros en 2006 à plus de 50 milliards d’euros en 2007, selon les données de la Commission. S’ils augmentent sans interruption depuis 5 ans, leur faible croissance s’explique par le fait que la téléphonie mobile a atteint une certaine limite. En revanche, il est vrai que la croissance du secteur est, elle, en net ralentissement : +1,9 % en 2007, selon la Commission contre 2,4 % en 2006, 3,4 % en 2005, 5,2 % en 2004 et 6,2 % en 2003 (chiffres de l’IDATE).

Les experts sont un peu pessimistes pour la téléphonie mobile 

Les ratés de la convergence

Pour être compétitifs, les opérateurs télécoms fixes, mobiles, les câblo-opérateurs, les satellitaires font tout. C’est la « convergence ». La téléphonie fixe fait du mobile même si elle n’avait pas les réseaux au départ. Les opérateurs mobiles tentent de concurrencer la téléphonie fixe avec des offres fixes et mobiles. Ou encore les câblo-opérateurs s’invitent dans l’univers de la téléphonie avec la voix fixe sur Internet. Des évolutions dues, notamment, à la diffusion du haut débit, la forte concurrence des câblo-opérateurs dans certains pays - Belgique ou Pays-Bas -, ainsi qu’à l’accès obtenu par les nouveaux entrants à la boucle locale des réseaux historiques, bien mis en œuvre en France, par exemple. Mais il y a aussi les ratés ou les semi-échecs, comme la télévision sur Internet. Les opérateurs fixes ont bien essayé de la développer, les revenus n’ont pas suivis : les consommateurs ne vont pas payer pour voir la même chose qu’à la télévision traditionnelle, et avoir du contenu exclusif coûte cher. Même chose pour l’impact du câble sur la téléphonie. Dans les deux pays où le câble est le plus développé - USA et Pays-Bas - l’impact sur la téléphonie est marginal. Le succès de la convergence entre le fixe et le mobile est tout aussi relatif : le seul avantage pour les consommateurs est de disposer des deux services dans un même package à moindre prix, mais il y a des concurrents redoutables, comme Skype, gratuit entre ses utilisateurs, et « abordable pour les téléphones fixes et mobiles du monde entier », se vante l’opérateur en ligne.



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