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Sur le terrain avec les observateurs : l’information nerf de la guerre

Par Nicolas Gros-Verheyde | lundi 22 décembre 2008



Pendant quelques jours, Europolitique a pu suivre la mission d’observation de l’Union européenne en Géorgie (EUMM Georgia) au quotidien, tant sur le terrain qu’au quartier général.

La première tâche des observateurs est de vérifier que les conditions prescrites dans le plan de cessez-le-feu « Medvedev – Sarkozy », conclu le 12 août dernier, sont bien respectées. Depuis le retrait des forces russes de la zone de sécurité, ils veillent surtout au respect de la libre circulation des populations, à l’absence d’armes prohibées dans les rangs des policiers géorgiens, à la présence des militaires dans leurs casernes, et se renseignent sur les différents incidents qui leur sont signalés.

Dans un pays où la rumeur est reine, le seul moyen d’avoir une information est, en effet, d’aller sur le terrain. Chaque matin, près de l’Abkhazie ou de l’Ossétie, dans chacun des Field offices (Zugdibi près de l’Abkhazie, Khaskhuri près de Gori), plusieurs patrouilles partent explorer un secteur, une route, un check point. Depuis le début de la mission, plus de 500 patrouilles ont ainsi été effectuées, de jour comme de nuit. Sur place, les observateurs prennent contact avec les autorités, les responsables des check points, les civils, afin de tirer un maximum d’informations, de pouvoir les recouper et les analyser. Le nombre de véhicules, de patrouilles varie selon l’actualité et les ordres. Une certaine autonomie est laissée à chaque Field Office, et en dernier lieu à chaque chef de patrouille.

Les patrouilles de nuit sont intéressantes à plus d’un titre. «  On peut voir des choses qu’on ne voit pas le jour, faire des observations intéressantes », explique le général Janvier. Comme ce mouvement constaté par des observateurs de l’EUMM, en pleine campagne, une certaine nuit à 23h30, de 7 obusiers de 122 mm géorgiens, en dehors de la zone adjacente, mais pas loin tout de même des limites de l’Ossétie.

PAS ENCORE EN OSSÉTIE

Les forces patrouillent normalement jusqu’au check point géorgien, ou jusqu’à la limite administrative, parfois au-delà pour prendre contact avec le check point russe, ossète ou abkhaze. Vers l’Abkhazie, cette prise de contact est restée pour l’instant limitée. « La première fois que nous sommes arrivés en Abkhazie, ça s’est bien passé. Les Russes étaient un peu surpris de nous voir, mais pas mécontents, nous avons pu pousser 200 mètres plus loin au check point abkhaze. Nous ne l’avons pas refait. » Vers l’Ossétie, les contacts sont plus courants. Régulièrement, les équipes d’observateurs passent de l’autre côté, selon des règles bien établies. Le commandement russe ou l’autorité de facto du ministère de l’intérieur ossète est prévenu auparavant, afin d’éviter tout quiproquo.

Mais les observateurs ne se sont pas enfoncés plus avant sur les routes de la région. Ce qui serait possible techniquement. Car parfois le check point russe ou ossète est plusieurs kilomètres plus bas, pour des raisons de praticité et stratégiques également. Le principe a donc été fixé (en interne, au sein de l’EUMM) : « ne pas s’enfoncer de plus d’un kilomètre dans le territoire ». La prudence est de règle, la situation est très volatile. Comme l’a montré la volte-face des Russes qui tenaient le check point de Perevi (en territoire géorgien), l’abandonnant pour y revenir le lendemain.

De fait si les check points russes sont visités régulièrement, ceux tenus uniquement par les Ossètes le sont moins. «  Les troupes russes sont des troupes régulières, elles sont disciplinées et se tiennent bien (généralement). Avec les Sud-Ossètes, c’est plus aléatoire, surtout après 15-16 h. quand ils ont bu », assure un expert du terrain.

EN ROUTE VERS TSKHINVALI

Le principe est de mélanger les équipes, les nationalités et les profils : un expert civil, des policiers, des gendarmes, et une personne parlant russe (de la mission ou traducteur). Chaque patrouille comporte deux véhicules. À la fois pour assurer la sécurité (si une voiture est touchée ou simplement en panne), et remplir l’objectif de la mission. «  Une patrouille est toujours mixte, au niveau de la nationalité au moins et des expériences également. Et nous allons de plus en plus les mixer. C’est un atout », précise le général Janvier, adjoint au chef de mission. Les véhicules sont blindés, pour parer à tout problème. La situation reste en effet tendue, surtout à proximité de la frontière.

Aujourd’hui c’est une patrouille bulgare-polonaise-française, dirigée par un expert civil (ancien du ministère de la défense), qui monte vers le check point de Tskhinvali. Dans l’ancienne buffer zone, si rien n’est à première vue véritablement traumatisant, pour peu qu’on y prête attention on aperçoit des maisons sans toit, brûlées, derrière les arbres, au minimum 3 ou 4 par village ou hameau.

En vue du check-point géorgien, les observateurs appliquent les strictes consignes de sécurité. Le poste sud ossète russe n’est, en effet, distant que de quelques dizaines de mètres : se garer assez loin du poste, approcher de préférence à pied, avec un signalement très clair, chasuble bleue marquée de l’UE et béret bleu, démarche lente, pour éviter tout quiproquo.

Les « policiers » géorgiens sont là en fonction. Des unités spéciales. Mais au premier coup d’œil, difficile de distinguer qu’ils sont policiers. Habillés tout en kaki, avec casque, fusil M4 américain le plus souvent (l’AK 47 quand il s’agit de policiers plus ordinaires). Les observateurs de l’EUMM peuvent exiger les cartes d’identité des policiers. Pour vérifier qu’ils ne soient pas militaires. Ils peuvent également entrer dans les postes de police pour vérifier qu’il n’y a pas d’armes lourdes.

La conversation roule sur les possibles incidents dans la journée : jets de pierres, explosions au loin (apparemment lié à l’entraînement des Ossètes) tout est consigné, pour être rapporté ensuite fidèlement.

AU QUARTIER GÉNÉRAL

La mission européenne a établi son quartier général sur les hauteurs de Tbilissi, dans un parc résidentiel, et un bâtiment servant aux réceptions officielles auparavant, à deux pas de l’ancienne datcha de Chevardnadze, le premier président de la Géorgie indépendante (et dernier ministre des Affaires étrangères de l’URSS, sous Gorbatchev). Parquet au sol, lustres, grandes baies vitrées sur le parc, la salle opérationnelle paraît démesurée pour la petite dizaine d’opérateurs qui y travaillent d’ordinaire, mais elle est bien pratique pour y étaler les cartes. C’est de là qu’arrivent tous les rapports du terrain et que se fait la coordination des différents Fields Office. Il s’agit aussi d’établir l’information nécessaire pour l’Union européenne.

Tous les jours, un rapport part ainsi à Bruxelles, complété d’une synthèse hebdomadaire et d’une synthèse mensuelle. En cas d’incident grave, un rapport spécial est immédiatement établi. De même, en cas d’accident mettant en cause un observateur, un coup de téléphone est immédiatement passé à la permanence de la Capacité de conduite et de planification civile (CCPC) à Bruxelles et au cabinet du Haut représentant, Javier Solana, pour le tenir au courant. Les observateurs signalent également à l’autorité à l’origine de l’incident (Russes, Ossètes ou Abkhazes, Géorgiens) le problème afin qu’ils puissent agir.

Tous les jeudis, une réunion générale a lieu au quartier général avec tous les ambassadeurs en poste (UE, Etats-Unis, etc.) et les organisations internationales présentes (ONU, OSCE, etc.) pour faire le point. C’est aussi l’occasion de croiser les rapports des autres organisations présentes sur le terrain (OSCE ou Monug).

Repère

Autorisée par les parties au conflit dans l’accord de cessez-le-feu du 12 août, complété par l’accord Medvedev-Sarkozy du 8 septembre, préparée de façon opérationnelle après le conseil des ministres de l’UE extraordinaire du 13 août, la mission des observateurs européens en Géorgie a été décidée au Conseil Relations extérieures du 15 septembre. Elle s’est déployée sur le terrain, à la date prévue, le 1er octobre. Dirigée par le diplomate allemand Hansjörg Haber avec le général français Gilles Janvier comme adjoint, elle comprend environ 200 moniteurs et 340 personnes au total, venant de 22 Etats membres. Son budget est de 35 millions d’euros pour un an.



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