Analytique, complet, indépendant |
|
Politiques externes / Mission en GéorgieImprimer l'article | ![]() La situation sécuritaire demeure instablePar Nicolas Gros-Verheyde | lundi 22 décembre 2008
En Géorgie, plus de deux mois après la guerre du mois d’août, la situation reste tendue et les incidents courants. Sur le terrain, la tension est très palpable. Par rapport à la situation qui a perduré en Géorgie, depuis la première guerre d’Abkhazie et d’Ossétie dans le début des années 1990, certains témoins pourraient juger que ce n’est qu’un retour à la normale. Mais par rapport au premier mois de la mission des observateurs européens (EUMM), il y a eu une accélération des incidents mortels. Le premier mois (octobre) avait été « assez calme », de l’aveu de tous. Quelques incidents, des « tirs » et « explosions » entendues. Mais rien de particulièrement sérieux. En revanche, « depuis novembre, il y a davantage d’incidents», explique un observateur. Et certains sont « sérieux ». Certains sont sans conséquence sur les vies humaines. Mais d’autres visent clairement à tuer ou à semer la peur de la population. Les observateurs utilisent une grille pour classer les incidents, pas seulement selon leur gravité en soi, mais aussi leur contexte. 1er type d’incidents : ils concernent des échanges de tirs entre forces de police. Cela ressemble d’ailleurs plutôt à de la provocation rituelle entre forces armées qui se font face à face, qu’à une réelle confrontation. 2e type d’incidents : ils visent à limiter la liberté de mouvement de la population, mais aussi à entretenir un sentiment de peur. C’est davantage le cas le long de l’Abkhazie, avec la destruction d’un pont, d’un transformateur à Mushava. Mais aussi le long de l’Ossétie comme ce pont qui a sauté à Artsevi. 3e type d’incidents : des actes avec volonté délibérée de tuer. Deux incidents sérieux ont eu lieu, coup sur coup, début novembre. Des engins explosifs improvisés (IAD) ont été « déposés sciemment avec l’intention de tuer » : un drapeau ossète planté en plein champ, piégé avec des explosifs a ainsi tué deux policiers ; un drone piégé a explosé une semaine plus tard, faisant 2 morts et 8 blessés. TENSION DES DEUX CôTÉSCôté ossète, abkhaze et russe, il y a une véritable volonté – au besoin par la force - de rendre « bien visible» et « intouchable » la nouvelle réalité d’une frontière infranchissable. Côté géorgien, la volonté de revanche semble toujours animer le gouvernement, qui a entrepris le réarmement et le rééquipement de l’armée géorgienne, ainsi que la reconstruction des casernes, avec le soutien américain essentiellement. Les Etats-Unis entretiennent d’ailleurs à Tbilissi une ambassade démesurée par rapport à la taille du pays. Construite à la sortie de la ville, c’est une véritable « base » qui s’étend sur plusieurs hectares et compte près de 500 agents ! Dans la population, cette volonté de revanche ne semble pas aussi clairement exprimée. C’est plutôt la lassitude qui prévaut, après 15 ans de tension larvée et deux guerres ouvertes (1992-1993, 2008). Même chez les habitants de la « buffer zone » et les policiers rencontrés, il y a plutôt l’envie d’en finir avec des années de conflit et de mauvaise situation économique et sociale. L’adhésion à l’Otan compromise Véritable chiffon rouge pour la Russie qui perçoit l’adhésion à l’Otan de la Géorgie comme une atteinte à sa sécurité nationale, cette question n’est pas encore réglée. Si les dirigeants géorgiens défendent toujours leur adhésion à l’Otan, l’Alliance atlantique est divisée. Plusieurs Etats membres de l’UE (Allemagne, France, Italie, Belgique, Espagne, notamment) sont persuadés que cette adhésion doit être différée. Non seulement pour des raisons géostratégiques ou politiques, mais aussi tout simplement car les conditions organiques d’adhésion à l’organisation euro-atlantique ne sont pas remplies. L’Etat de droit ne fonctionne pas parfaitement, explique un diplomate en poste à Tbilissi. Il y a environ 300 prisonniers qu’on peut qualifier « d’opinion » dans les prisons géorgiennes. La justice est assez aléatoire. La liberté de la presse est une façade ; la télévision et la presse en géorgien reproduisent fidèlement la parole du pouvoir. Certains décès d’opposants demeurent mystérieux et non élucidés. La torture et les mauvais traitements restent pratiquées sans véritable sanction. La brutalité policière reste de mise. Le rapport d’Amnesty international est éloquent sur ces points. La réunion du Conseil atlantique des 2 et 3 décembre ne pouvait donc que confirmer le report de la signature par la Géorgie du plan d’action pour l’adhésion (MAP). Même si les Etats-Unis, par la voix de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ont laissé entendre que d’autres voies que le MAP étaient possibles pour l’adhésion. |
|



La situation sécuritaire demeure instable -
