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SOCIAL / Formations européennesImprimer l'article | ![]() TRIBUNE LIBREFormer les étudiants à la pratique et les praticiens aux nouvelles procéduresPar Daniel Guéguen (*) | lundi 17 janvier 2011
Les affaires européennes sont - par excellence – un domaine où la pratique l’emporte sur la théorie. Oui, mais voilà, le Traité de Lisbonne change tout. Ou en tout cas rend tout plus compliqué. Dès lors, les universités doivent ajouter des cas pratiques à leur cursus ; tandis que les professionnels doivent réapprendre avec humilité les fondamentaux juridiques de l’Union européenne post-Lisbonne. Quand je recrute un jeune diplômé pour un stage ou un emploi, j’ai tendance à lui dire abruptement « d’oublier tout ce qu’il a appris » ! L’âge venant je me garde de le dire, mais ces mots portent en eux une part de vérité. Certes les universités - en tout cas les meilleures – offrent aux étudiants une bonne maîtrise des « fondamentaux » avec un bon niveau linguistique (voire multi-linguistique, ce qui est un plus) ; une connaissance très convenable des nouvelles technologies de l’information (recherches internet, utilisation des tableurs et autres outils informatiques) ; une compréhension globalement claire de comment fonctionne l’Union entre la Commission, le Parlement et le Conseil. Pour les étudiants, trois lacunes : trop de juridisme, un déficit de communication et peu d’idées personnelles. Le lobbying européen n’est pas du droit. Au mieux du droit en action. Un lobbyiste européen n’applique pas le droit, il l’utilise pour la défense de son dossier. Il se sert de sa connaissance des procédures pour identifier les acteurs, comprendre l’enchaînement des étapes, fournir à chacun l’argument pertinent au bon moment, au bon endroit. A cela, bien sûr, l’université ne prépare pas. Pas plus qu’à la communication. C’est toujours une surprise de lire les premiers écrits de mes jeunes collaborateurs : toujours des textes très savants, très longs, sans titre, ni sous-titres, ni message. De l’académique à l’état pur ! Aujourd’hui la communication fait partie intégrante du lobbying : il faut parler simple, parler clair, adapter son message à l’interlocuteur, être concret. Les tout jeunes collègues donnent aussi (sauf rares exceptions) dans le consensualisme le plus absolu. Surtout pas - ou peu - d’idées personnelles et une conviction quasi générale que « ça ne va pas si mal et que ça ira mieux demain ». De toute évidence, les grandes universités sont désormais conscientes de la nécessité de renforcer leurs cursus par des cas pratiques confiés à des professionnels. Ces cas font intervenir les nouvelles technologies (video-conférences, correction des exercices on line) ; obligent les étudiants à choisir leur camp (défenseur d’une ONG ou d’une industrie) ; les conduisent à identifier les acteurs, bâtir une stratégie et la présenter avec un souci de communication professionnelle. Que ce soit pour des universités prestigieuses ou pour des plus modestes, c’est toujours une immense satisfaction de voir combien les jeunes étudiants maîtrisent rapidement une nouvelle méthodologie et dissèquent avec brio un cas de lobbying. Ils sont mûrs pour entrer dans le job. Pour les professionnels, l’expertise ne suffit pas Bruxelles, capitale de l’Union européenne, fourmille d’experts. Il en existe par milliers et ils couvrent toutes les compétences communautaires. Connaître le « what » est évidemment indispensable quand on veut influencer le législateur européen, mais ça ne suffit pas. Il faut également maîtriser le « how to ? », la façon de procéder, le tour de main, la procédure. Et c’est à ce niveau-là que les difficultés commencent. A quoi sert, en effet, de connaître chaque détail technique d’un projet de directive sur l’étiquetage alimentaire si l’on ignore la différence entre une directive et un règlement ; entre un acte délégué et un acte d’exécution ? Chaque réforme des traités européens a ajouté une couche de complexité au processus de décision communautaire. Mais ce n’était rien à côté du Traité de Lisbonne qui bouleverse en profondeur l’architecture communautaire et l’équilibre des pouvoirs. Tout connaître d’un dossier technique, mais ne pas comprendre comment il sera proposé, adopté et exécuté correspond à avancer sans lumière dans un tunnel noir. Quasi chaque semaine je reçois des appels de professionnels expérimentés avec ce message : « Je connais tout du dossier, mais je suis perdu dans le processus de décision ». Il importe dès lors à chacun - et en premier lieu à l’auteur de ces lignes – de se remettre humblement au travail, d’analyser les textes fondamentaux, en premier lieu le Traité de Lisbonne sous ses différents volets et de comprendre (avec toute l’énergie voulue) la comitologie réformée. A Bruxelles, l’influence repose sur la compétence et cette compétence désormais repose sur trois piliers : expertise technique du dossier ; connaissance très fine de la procédure ; excellence en communication. Comme pour les jeunes étudiants, c’est par la méthode des cas que ces nouvelles compétences peuvent être acquises. N’oublions jamais qu’en lobbying on apprend en faisant (learning by doing). Seuls des cas concrets peuvent ici faciliter la compréhension car ils ramènent toujours à la réalité, au concret. Toujours des faiblesses en communication, anticipation et leadership Participant récemment à un programme d’une université de premier plan, je vous livre les conclusions de deux jours de débats entre étudiants et professeurs. De l’avis général les cursus universitaires ne forment pas assez à l’Europe et pas assez au leadership. Et ils préparent mal les diplômés à la remise en cause des idées reçues, à l’anticipation et à la communication. Que vous soyez débutant ou ancien dans le métier ces conclusions interpellent, n’est-ce-pas ? (*) Président de European Training Institute |
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