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Politiques sectorielles / Défense SécuritéImprimer l'article | ![]() Tribune libreSystèmes de drones « européens » : Interopérabilité avec l’OTAN ou intégration avec les Etats-Unis ?Par Bertrand Slaski (*) | lundi 27 octobre 2008
Les contraintes opérationnelles ont-elles eu raison des différends qui opposaient l’US Air Force (USAF) et l’US Army au sujet de l’emploi des systèmes de drones MALE (1)? C’est ce que tendent à prouver les travaux menés par ces composantes afin d’aboutir à des concepts d’emploi commun. Et c’est la raison pour laquelle les pays de l’Union Européenne (UE) ont intérêt à lancer leur propre réflexion sous peine de se voir imposer concepts d’emploi, réglementations et équipements américains. Auparavant, l’USAF souhaitait s’assurer de la maîtrise des drones évoluant à plus de 1000 mètres. Elle justifiait sa position en rappelant son expérience unique de la 3ème dimension et son statut de 1er opérateur de drones MALE et HALE (2). Elle avançait également son besoin d’assurer la sécurité des aéronefs pilotés. De son côté, l’US Army défendait son intérêt pour ces drones arguant du besoin de pouvoir répondre rapidement aux demandes des forces au contact et traiter des cibles fugaces. Cette nécessité s’est transformée en acquisition avec le programme (3). Aujourd’hui, l’objectif de l’USAF et de l’US Army n’est pas l’établissement d’une flotte unique de drones. Il porte sur des procédures autorisant le transfert d’un système d’une composante à l’autre selon le caractère d’urgence de la mission, et cela quelles que puissent être les contraintes géographiques. Des arguments financiers ont certainement contribué à cette recherche d’interarmisation. Les composantes s’attendent à devoir faire des choix entre leurs programmes d’équipements respectifs. Or, les drones ne revêtent plus la même priorité pour l’USAF et l’US Army. La 1ère s’intéresse aux systèmes d’information et pourrait se détacher de la 3ème dimension au profit de la 4ème. Enfin, l’USAF demeure engagée dans des acquisitions coûteuses (4). Le besoin d’interopérabilité des forces américaines s’inscrit dans la logique des réflexions de Tsahal (5). Pour limiter les effets du « brouillard de la guerre », certains officiers de l’armée de terre israélienne demandent à bénéficier des capacités des systèmes MALE opérés par l’armée de l’air. Les drones doivent être intégrés à un ensemble d’autres capacités fonctionnant en réseau. Ils permettent de raccourcir la boucle OODA (6)et constituent une réponse au traitement des nouvelles menaces. En Israël, le couple « drone – hélicoptère de combat » aurait été mis en œuvre dès 2004 pour identifier et traiter rapidement des objectifs palestiniens (7). En Irak, la capacité des drones à « tenir sur zone » et à emporter des charges variées (8) permet d’accentuer la pression sur l’ennemi, celui-ci bénéficiant a priori de l’avantage du terrain et de l’effet de surprise. Les drones participent à une reprise en main du tempo opérationnel : à l’insécurité permanente (9)créée par l’ennemi répond la présence de drones, en mesure de renseigner et frapper à tout moment. Outre les procédures communes, reste maintenant à permettre techniquement l’interopérabilité. Les difficultés sont nombreuses. Sans parler de la sécurité du trafic aérien, il faut intégrer les drones dans un champ de bataille devenu numérisé. Or, le spectre électromagnétique est encombré avec un risque de brouillage involontaire accru (10)et les disponibilités en bande passante se font rares. Par ailleurs, les forces américaines doivent prendre en compte le caractère multinational des théâtres d’opérations. Il s’agit de trouver des solutions avec les alliés sous peine que l’efficacité opérationnelle des coalitions n’en souffre. La situation actuelle faisant rimer interopérabilité et intégration paraît difficilement tenable. Opérant des drones MALE à partir des Etats-Unis, les Britanniques pourraient aspirer à réaliser des missions souveraines (11)à partir de leur propre territoire, sans passer par des moyens américains. En Afghanistan, les forces armées françaises, à l’instar des forces américaines, rencontreront vraisemblablement des difficultés dans l’emploi de leurs systèmes. Toutefois, l’expérience acquise permettra à la France de maintenir sa crédibilité opérationnelle et de peser dans l’élaboration des règles encadrant l’emploi des drones. Enfin, si l’interopérabilité avec les Etats-Unis est essentielle, via l’OTAN, elle ne doit pas conduire à l’intégration des capacités militaires de l’UE dans la structure américaine de commandement et de contrôle. A moins que les pays européens n’endossent le statut de supplétifs au détriment de celui de partenaires. Les drones sont une chance pour poursuivre la consolidation d’une Europe de la Défense autonome, il s’agit de la saisir sans tarder. (*) Bertrand Slaski (bslaski@ceis-strat.com) est consultant (1) MALE : Moyenne Altitude Longue Endurance. Pour les Etats-Unis, il s’agit des drones de la famille Predatorde General Atomics. (2) HALE : Haute Altitude Longue Endurance. Il s’agit des drones de la famille Global Hawk de Northrop Grumman. (3) Il s’agit d’un drone armé dérivé du Predator et présenté comme un « Hunter-Killer » (4) Ces avions de combat sont le Joint Strike Fighter (F-35) et le Raptor(F-22). (5) Ces réflexions ont été lancées après les opérations au Liban contre le Hezbollah en 2006. (6) OODA : Observation, Orientation, Décision et Action. (7) En 2006, des drones Hermes 450 et Searcher II auraient transmis des données en temps réel à des avions de combat F-15 et F-16 ainsi qu’à des hélicoptères Apache. (8) Capteurs et armements. (9) Cette insécurité se caractérise notamment par les attentats suicides et les engins explosifs improvisés. (10) En Irak, par exemple, les petits drones américains ScanEagle et britanniques Desert Hawk auraient souffert d’interférences avec le réseau de communication civil irakien. (11) Operations anti-terroristes, lutte contre les trafics, protections de personnalité, acquisition de renseignement. |
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