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Gestion de crises

Sept projets pour renforcer les capacités nécessaires à la PESD

Par Nicolas Gros-Verheyde | jeudi 23 octobre 2008

Sept projets sont actuellement sur la table, afin de renforcer les capacités des armées européennes. Ces projets peuvent paraître bien techniques au regard du projet d’armée européenne souhaité par les uns, vilipendé par les autres. Ils n’en reflètent pas moins des besoins réels, tant au niveau industriel qu’opérationnel (pour les opérations au Tchad, Géorgie, Somalie, par exemple). L’enjeu est clair : les Etats membres de l’UE doivent se doter de certains moyens face aux ambitions qu’ils affichent en matière de politique extérieure et de gestion de crise.

1. LE TRANSPORT STRATÉGIQUE

Le projet « European Air Transport Fleet (EATF) » vise à constituer, autour de l’Airbus A400M qui va équiper la plupart des pays européens, une flotte d’avions communs, permettant de mutualiser certains frais communs (maintenance par exemple). Deux options complémentaires sont envisagées : la constitution d’une unité multinationale, constituée d’avions mis à disposition par les Etats possesseurs d’A400M ; et une prestation en heures de vol fournie par les Etats possesseurs d’A400M (modalités à définir).

Un premier noyau d’Etats volontaires pourrait créer une unité multinationale, proposant des degrés de coopération adaptés au besoin des autres Etats membres, qui souhaiteraient acquérir des aéronefs sans développer une organisation complète (entretien, maintenance…) ou simplement bénéficier d’une prestation, comme client.

Plusieurs pays (Hongrie, Bulgarie, Italie, Allemagne, France, Suède, Roumanie, Espagne et Portugal) « se sont prononcés en faveur de ce projet » basé sur le futur A400M, soit au travers de la cession d'heures de vol, soit par la création d'une unité multinationale.

2. LE TRANSPORT TACTIQUE

L’initiative franco-britannique vise à mettre à niveau les hélicoptères - et les équipages (formation) - qui ne sont pas aptes à être utilisés en opération extérieure, par exemple en zone montagneuse (Afghanistan), désertique (Tchad) ou maritime (Somalie). Cette initiative est originale, par son montage institutionnel et son fonctionnement. C’est l’Agence européenne de défense (AED) qui est chargée de recenser les besoins et offres de chacun. Un « trust fonds » a été mis en place au Shape, à l’OTAN, a recueilli les contributions britannique (7,3 millions d'euros), française (5 millions), danoise (2 millions), luxembourgeoise (500.000 euros) et finlandaise (500 000 euros, montant qui sera doublé, selon Helsinki). La Lituanie pourrait participer. Plusieurs pays - République tchèque, Bulgarie et Hongrie notamment - ont indiqué vouloir rénover leurs hélicoptères.

Un autre projet, à plus long terme, vise à développer un projet d’hélicoptère lourd, capable de combler le vide européen face à l’américain Chinook CH47 ou le russe Mi26.

3. LA COOPÉRATION AÉRONAVALE

Il s’agit non pas de créer un groupe européen aéronaval, mais de développer l’interopérabilité des moyens aéronavals européens, de façon à ce qu’ils puissent être disponibles lors d’une opération. Cette capacité aéronavale sera constituée autour de porte-aéronefs, d’avions de chasse ou d’hélicoptères d’attaque ou de sauvetage pouvant être embarqués, le tout accompagné de bâtiments de surface (frégates) ou sous-marins, en protection (dotés de missiles de croisière…), d’avions ravitailleurs (type Boeing C135), etc. L’initiative vise tout d’abord à assurer certaines tâches préliminaires à l’engagement : entraînements et formations en commun, harmonisation des programmes d’entretien et d’activité des unités, échange de bonnes pratiques… Les premières applications pratiques sont attendues pour début 2009. Autour des quatre Etats membres de l'UE détenteurs d'un porte-avions ou d'un porte-aéronefs (France, Grande-Bretagne, Italie et Espagne), d'autres Etats – comme l’Allemagne – pourraient se greffer, qui disposent de bâtiments complémentaires (frégates, sous-marins, bateaux ou avions ravitailleurs). L’opération militaire en Somalie contre les pirates constitue un premier test grandeur nature pour cette initiative.

4. OBSERVATION SPATIALE

En cas de crise, le renseignement spatial est essentiel pour pouvoir réagir rapidement à la réalité de la situation. « Les récentes opérations militaires ont cependant prouvé que nos capacités de renseignement, en particulier spatiales, sont insuffisantes », assurent les experts européens de défense. Deux initiatives sont donc en cours. L'une vise à accroître les sources d'information militaires du centre satellitaire de l’UE de Torrejon (Espagne) avec la cession d'images provenant des systèmes Helios (français), SAR Lupe (allemand) et Cosmo-Skymed (italien). L'autre tend à développer la capacité spatiale des Etats membres, autour d’un système multinational de nouvelle génération (MUSIS). Ce projet implique déjà six Etats membres (France, Allemagne, Italie, Belgique, Grèce et Espagne ; et d’autres pourraient le rejoindre (Pologne…). L’Agence européenne de Défense doit recevoir, d’ici la fin de l’année, un mandat précis pour la « recherche de synergies dans le domaine des activités spatiales civiles », notamment pour le lancement de l’étude du « segment sol ».

5. DÉMINAGE MARITIME

L’objectif est de lancer, en 2009, dans le cadre de l’AED, des travaux préliminaires pour un projet de coopération. L’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Finlande et l’Italie soutiennent ce projet qui vise à déminer les mers qui recèlent dans leurs fonds de nombreuses bombes non explosées, de la dernière guerre mondiale notamment. La mer Baltique et la mer du Nord sont particulièrement touchées. Par ailleurs, les capacités existantes de déminage maritime doivent être remplacées, à l’horizon 2015/2020.

6. RECHERCHE ET TECHNOLOGIE

Les capacités en matière de recherche et technologie (R&T) demeurent faibles. La présidence française veut engager un débat sur les modalités de financement de la R&T de défense, mettre en place un agenda commun qui « synchronise » les efforts, déterminer l’équilibre à trouver entre le budget opérationnel et les projets ad hoc au sein de l’AED. Une réflexion nécessaire avant l’adoption par le Comité directeur de l’AED, le 10 novembre, d’une « stratégie européenne de R&T de défense » qui comprendra une action dans deux domaines :

- les drones : l’AED mène un projet sur la navigabilité et des projets ad hoc pourraient être développés, comme celui proposé par la Suède (Midcas);

- les communications par radio : un des points clés lors des opérations extérieures, en poursuivant le projet « Essor », la France a proposé un nouveau projet « Corasma » (Cognitive Radio for Dynamic Spectrum Management – gestion dynamique du spectre pour une radio intelligente).

7. RAPPROCHEMENT INDUSTRIEL

Entre l’Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement (Occar), créée en 1998 entre les principaux Etats européens de l’OTAN (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, rejoints ensuite par la Belgique et l’Espagne) et l’AED, il y a un effort à faire pour « rationaliser et optimiser » le dispositif des programmes de coopération. En clair, il faut éviter les doublons et répartir les tâches : à l’AED, de préparer les programmes de coopération, à l’Occar de les suivre et les gérer. L’Occar deviendrait ainsi « l’organisation naturelle » pour l’exécution des programmes de coopération, « sans exclusivité » et de façon entièrement volontaire. Tout Etat membre de l’UE aurait ainsi le droit de participer aux projets gérés par l’Occar. L’accord complet devra être signé le 10 novembre.



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