Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques externes / Défense SécuritéImprimer l'article | Imprimer cet article

 

Les opérations passées et en cours de la PESD

 Par Nicolas Gros-Verheyde | lundi 27 octobre 2008

A ce jour, une vingtaine d’opérations ont été déployées ou sont en passe de l’être, en Europe, Afrique, Asie et Moyen-Orient, militaires ou civiles, de différentes sortes : observation-surveillance (Balkans, Indonésie, Géorgie), postes frontières (Rafah-Palestine, Moldavie-Ukraine), formation et renforcement de la police (Afghanistan, Bosnie, Congo, Palestine), réforme des forces de sécurité (Congo, Guinée), Etat de droit (Irak et Kosovo). Ces missions sont d’importance variable, en volume d’hommes, en durée et intensité d’action. Si l’UE s’est reposée au départ davantage sur les moyens de l’OTAN ou d’autres organisations, elle devient aujourd’hui plus autonome et, surtout, déploie des effectifs plus importants sur des durées plus longues.

9 opérations terminées

• Mission d’observation « Eumm » Balkans (décembre 2000-décembre 2007). Mission de la PESD avant la lettre, « Eumm » est chargée de veiller à la stabilisation de la région, en concentrant ses efforts sur trois aspects : les frontières, le retour des réfugiés et les questions ethniques. Elle succède à la première mission de surveillance des CE présente dans la région depuis juillet 1991 (en premier lieu en Croatie). Basée à Sarajevo mais rayonnant sur tous les Etats de la zone (Albanie, Bosnie, Macédoine, Montenegro, Serbie-Kosovo). Forte de 120 observateurs internationaux (militaires non armés) et 75 personnels locaux, elle a été dirigée successivement par le diplomate irlandais Antóin Mac Unfraidh puis la Française Maryse Daviet.

• Opération militaire « Concordia » Fyrom (mars-décembre 2003). Première action militaire de l’UE, Concordia prend la relève de l'opération de l'OTAN "Allied harmony", à partir du 18 mars 2003, dans le but de garantir la sécurité nécessaire à la mise en oeuvre de l'accord d'Ohrid. Elle rassemble 400 militaires provenant de 26 pays (dont 13 européens) sous le commandement de l’amiral allemand Feist, en tant que D-Saceur (commandant adjoint des forces de l’OTAN en Europe). Le commandement de la force est assuré d’abord par le général français Maral puis par le général portugais Dos Santos (au titre de l’Eurofor).

• Opération militaire « Artémis » Congo (juin-septembre 2003). L’Ituri, province à l'est du Congo, s’embrase en 2003. La ville de Bunia est assiégée. En attendant une force des Nations unies plus conséquente et prenant la relève des 750 casques bleus, l’UE met en place une force de 2200 militaires, l’essentiel provenant de France (1700 hommes) et de Suède. Il s'agit de la première opération hors d’Europe, autonome, sans recours aux moyens de l'OTAN.

• Mission de police « Eupol Proxima » – Fyrom (décembre 2003-décembre 2005). Prenant le relais de l’opération militaire Concordia, elle vise à la stabilisation de la situation, à la consolidation de l’Etat de droit par le développement d’une police professionnelle aux normes européennes, dans quelques domaines prioritaires (frontières, ordre public, lutte contre la corruption et le crime organisé). Comprenant environ 200 policiers, elle était dirigée par le policier allemand Jürgen Scholz. Une mission de moindre envergure, environ 30 personnes lui succède, « Eupat », jusqu’à juin 2006.

• Mission Etat de droit « Eujust Thémis » – Géorgie (juillet 2004-juillet 2005). A l’initiative de la Lituanie, cette mission est destinée à soutenir la réforme du système judiciaire géorgien, pour mettre aux normes occidentales les structures hérités du système soviétique. Elle était dirigée par la magistrate française Sylvie Pantz. L’action s’est poursuivie ensuite jusqu’à aujourd’hui par la constitution d’une petite équipe de soutien chargée d’assister les autorités sur les questions d’Etat de droit et de contrôle des frontières, au bureau du représentant spécial de l’UE en Géorgie.

• Mission de police « Eupol » Kinshasha Congo (février 2005-juin 2007). Etablie pour soutenir le processus de réforme de la police congolaise, elle a notamment formé une unité de police spécialisée - l’unité de police intégrée (UPI) -, chargée de protéger les acteurs de la transition, et contribué aux efforts d’assistance internationale à la sécurisation des élections de 2006.

• Mission de soutien à l’Union africaine, AMIS – Darfour (juin 2005-décembre 2007). Forte d’une cinquantaine de personnes (militaires, policiers), cette action civile et militaire visait à soutenir les forces de l’Union africaine, déployées au Darfour. L'UE – comme l’OTAN – a également fourni une aide en matière de transport stratégique. Elle était placée sous la direction de l’envoyé spécial au Souda, Torben Brylle. La mission hybride ONU/Union africaine a pris le relais (Minuad).

• Mission d’observation « AMM » – Aceh Indonésie (septembre 2005-décembre 2006). Après l’accord d'Helsinki, entre le gouvernement indonésien et le groupe rebelle du GAM, qui met fin à un conflit vieux de trente ans, l’UE déploie une mission d’observation chargée de veiller au bon déroulement du processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration. Forte de 250 observateurs, elle était dirigée par le diplomate néerlandais Pieter Feith (actuellement chef de l’Office civil de l’UE au Kosovo).

• Opération militaire Eufor RD Congo (avril-novembre 2006). Deuxième opération militaire dans le pays, après Artémis, elle vise à assurer la sécurité des élections électorales. Rassemblant environ 500 militaires, essentiellement français, allemands et espagnols, l’opération était dirigée par le major-général allemand Karlheinz Viereck, du quartier-général, situé à Potsdam (Allemagne) et par le général français Christian Damay, à Kinshasa.

14 opérations en cours

MISSIONS CIVILES

• Mission de police « MPUE » Bosnie-Herzégovine (janvier 2003-décembre 2009). Relevant la mission de police des Nations unies (IPTF) dans le pays, elle vise à la création d’une police bosnienne, « unifiée, indépendante et dépolitisée, ainsi qu’au renforcement des compétences professionnelles des policiers (hauts responsables, formation et recrutement), notamment en matière de lutte contre la criminalité organisée et la corruption, grâce à la création d’une agence gouvernementale spécialisée sur ces questions. Elle compte 400 personnes (dont 180 experts européens) et est dirigée par le policier allemand Stefan Feller qui a pris la relève le 1 er novembre de son collègue italien Vincenzo Coppola.

• Mission réforme de la sécurité « Eusec » RD Congo (juin 2005-juin 2009). Venant en appui de la réforme de l’armée congolaise et du processus de réconciliation nationale, elle mène plusieurs projets : réforme de la chaîne de paiement des militaires - pour assurer plus efficacement le versement de salaires, un élément clé dans la lutte contre la corruption -, recensement biométrique des troupes (avec carte d’identité infalsifiable à la clé et vérification des grades), organisation d’une force de réaction rapide. La reprise des hostilités dans la province du Nord Kivu (près du Rwanda) complique la mission. Elle compte une quarantaine de personnes et est dirigée par le général français Jean-Paul Michel.

• Mission Etat de droit « Eujust Lex » Irak (juillet 2005-juin 2009). Créée dans le cadre du programme de l’UE pour l’Iraq présenté en novembre 2004, la mission a pour objectif de former les personnels irakiens de police, judiciaire et pénitentiaire, soit dans le pays, soit dans des États membres de l'UE. Elle a jusqu’ici formé environ 1750 personnes. Comptant une trentaine d’experts, à Bruxelles et Bagdad, elle est dirigée par le Britannique Stephen White.

• Mission de surveillance aux frontières « Eubam » Moldavie Ukraine (novembre 2005-novembre 2009).. Même si elle n’est pas formellement une mission de la PESD, cette mission de formation et de restructuration des garde-frontières y ressemble fortement. De par son mandat - former et restructurer les douanes et garde-frontières de ces deux pays, marquées par leur histoire commune au sein de l’ex-URSS - et également de par le contexte. La mission est notamment déployée le long de la frontière entre l’Ukraine et la Transnistrie, la partie Est de la Moldavie, qui a fait sécession en 1992 et s’est proclamée indépendante, sans être reconnue par aucun Etat au monde, même par la Russie qui y maintient un contingent de « forces de paix ». Le risque d’un « trou noir » où s’engouffrent mafias et trafics en tous genres était donc réel. « Eubam » compte 200 personnes (dont 130 experts de l’UE) et est dirigée par le major-général hongrois Ferenc Banfi.

• Mission de surveillance aux frontières « Eubam Rafah » (novembre 2005-novembre 2008). Mise en place à la suite des accords entre Israël et l’Autorité palestinienne, cette mission de surveillance du point de passage de Rafah a subi très vite le changement politique après la victoire du Hamas aux élections en janvier 2006 et le boycott de Gaza par Israël. Entre juin 2006 et juin 2007, le point de passage – fermé en temps normal – a pu être ouvert à plusieurs reprises de façon exceptionnelle. Ce qui avait permis à 165 000 personnes de transiter. Depuis juin 2007, la mission est suspendue jusqu’à nouvel ordre. L'UE est « prête à redéployer son personnel au point de passage de Rafah, dès que les conditions le permettront ». Dotée de 27 personnes, elle est dirigée par le général italien Pietro Pistolese.

• Mission de police « Eupol Copps » Palestine (janvier 2006-  ). Mis en place dans le cadre des efforts de l’UE pour aider la Palestine à se structurer comme Etat, elle était au départ destinée à renforcer la police palestinienne, dans l’organisation au niveau local comme central, pour le maintien de l’ordre public, avec formations et équipements à la clé. Depuis mai 2008, la mission est peu à peu étendue à la « justice pénale » (juridictions, parquets et système pénitentiaire). Elle compte une trentaine de personnes (policiers et experts civils), sous la direction du Britannique Colin Smith.

• Mission de police « Eupol » RD Congo (juillet 2007-juin 2009). Prenant le relais de la mission « Eupol Kinshasa », elle vise à développer une unité « Grande criminalité » et la mise en place d’un centre de commandement dans la capitale pour faciliter l’interaction entre la police et la justice. Eupol compte une quarantaine d’experts de la justice pénale – de neuf Etats membres, Suisse et Angola – et est dirigée par le Portugais Adilio Custodio.

• Mission de police « Eupol » Afghanistan (juin 2007-juin 2010). Inscrite dans l’effort de la communauté internationale pour stabiliser l’Afghanistan, la mission vise à renforcer la police afghane dans le cadre de l’Etat de droit (enquêtes pénales, formation, gestion des frontières). Elle poursuit le travail entamé par l’Office allemand pour le projet de police (GPPO) et compte 230 personnes, chiffre qui devrait être augmenté à 400 selon la décision des ministres de la défense en mai 2008. Elle est dirigée par le policier danois Kai Vittrup qui a pris le relais, en octobre 2008, du général allemand Jürgen Scholz.

• Mission Etat de droit « Eulex » Kosovo (février 2008 – février 2010). La mission doit prendre le relais de la Mission des Nations unies (Minuk) dans les différentes tâches de l’Etat de droit (justice, police, douanes) à un moment délicat : l’indépendance de l’ancienne province serbe. L’hostilité de la Serbie et de la Russie ont retardé le déploiement. Mais celui-ci a repris durant l’été 2008 et devait être terminé à la fin de l’année. A terme, Eulex devrait compter environ 3000 personnes (1900 de l’UE et 1100 personnels locaux) : des policiers (1400 environ, dont 4 à 500 chargés du maintien de l’ordre), des magistrats (200 à 300), une petite unité de douanes (environ 20 personnes). C’est donc la plus grosse mission civile de l’UE. 26 Etats membres y participent ainsi que 4 pays tiers (Suisse, Norvège, Turquie, Etats-Unis). Elle est dirigée par l’ancien général français Yves de Kermabon.

• Mission réforme de la sécurité « Eu SSR » Guinée-Bissau (juin 2008-juin 2009). La mission vise à aider au processus de réforme du secteur de sécurité (police, justice, armée), entamé par le gouvernement avec le soutien des organisations internationales. Composée d’une quarantaine de personnes (21 spécialistes internationaux + 18-19 locaux), elle est dirigée par le général espagnol, Juan Esteban-Verastegui.

• Mission d’observation « Eumm » Georgia (octobre 2008 – octobre 2009). Mise en place dans l’urgence, après les accords de cessez-le-feu signés entre la Russie et la Géorgie, sous l’égide de l’Union européenne - le plan en six points Medvedev-Sarkozy -, la mission s’est déployée en un temps record, fin septembre, afin de remplacer les troupes russes dans la « zone de sécurité », sur territoire géorgien, aux limites de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie (provinces de Géorgie autonomes de fait depuis1992, proclamées indépendantes durant le conflit, mais pas reconnues sauf par la Russie et quelques pays). La mission a une durée d’un an. Elle compte 240 personnes et est dirigée par le diplomate allemand Hansjörg Haber.

OPERATIONS MILITAIRES

• Althéa - Bosnie-Herzégovine (décembre 2004- ). L'UE a pris le relais de la force de l’OTAN Sfor, présente dans le pays depuis décembre 1996, à la suite des accords de Dayton. Prévue pour rester « sur place aussi longtemps que nécessaire », elle a progressivement diminué ses effectifs – de 7000 à 2500 aujourd’hui – et la clôture de la mission est débattue au niveau des Etats membres. Mettant en oeuvre l’accord « Berlin Plus », le quartier-général d’opération est assuré par l’OTAN (Shape) à Mons. La force est dirigée par le général espagnol Ignacio Martin Villalain, qui a succédé au contre-amiral allemand Hans-Jochen Witthauer.

• Eufor Tchad – République centrafricaine (15 mars 2008-15 mars 2009). Mise en place pour protéger les camps de réfugiés et déplacés dans l’est du Tchad et le nord de la République centrafricaine, en prélude au déploiement de Casques Bleus de l’Onu, la force européenne compte 3500 personnes. Dirigée par le général irlandais Pat Nash (commandant d’opération basé au Mont-Valérien) et le général français Jean-Philippe Ganascia (commandant de force), elle a dû surmonter plusieurs difficultés politiques, logistiques ou de sécurité.

• Eufor Naval Somalie (décembre 2008-décembre 2009). Face à l’augmentation des cas de pirateries touchant les navires marchands ou de pêche, l’Union européenne a décidé de mettre en place ce qui constitue sa première opération navale. Devant les difficultés juridiques et politiques, il a été décidé de mettre d’abord en place une cellule de coordination, « Eu Navco », de petite dimension (quelques officiers), au sein de l’Etat-Major de l’UE à Bruxelles, afin d’assurer la liaison avec toutes les parties intéressées (armateurs et organisations de marins, programme alimentaire mondial et ONG, coalition militaire CTF 150 dirigée par les Américains). Décidée en novembre, l’opération militaire devrait démarrer officiellement en décembre, pour une durée d’un an. Elle est dirigée par le contre-amiral britannique Philip Jones, basé au QG britannique de Northwood.



Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover