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Politiques externes / Défense SécuritéImprimer l'article | ![]() AnalyseLa nouvelle donne de la politique européenne de défense Par Nicolas Gros-Verheyde | vendredi 24 octobre 2008
La crise géorgienne a donné un coup de fouet à la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) et une visibilité qu'elle n'avait pas atteinte jusqu'ici. Pour la première fois depuis des années, le modèle théorique - souvent cité dans les séminaires ou réunions sur la défense européenne - est devenu réalité. Une guerre a éclaté dans un territoire proche de l’UE et les autres organisations internationales ne peuvent pas intervenir : - L’Onu est paralysée par son fonctionnement intergouvernemental, avec l’antagonisme russo-américain et le système de droit de veto au Conseil de sécurité ; - L’Otan est discréditée par son statut de quasi-belligérant. Avec la domination américaine, l’institution est très partiale. Et son intervention serait considérée non comme un acte d’apaisement, mais comme un acte créant une tension supplémentaire ; - Les autres organisations régionales, comme l’OSCE ou le Conseil de l’Europe, n’ont pas vraiment de moyens d’intervention opérationnelle. Seule reste alors en scène l’Union européenne. Son absence d’unité en matière de politique étrangère - si souvent décriée - est ici un gage de sa capacité à intervenir. Certes la dissonance des positions des Etats membres rend plus complexe l’élaboration d’une position politique commune. Mais leur diversité est aussi une garantie d’impartialité et de possibilité d’interposition. Cette Union a prouvé, en outre, qu’elle avait certaines capacités d’intervention : militaire (Tchad), militaro-civile (Kosovo) ou de surveillance des frontières (Moldavie-Ukraine). Quant à sa doctrine de missions de la paix définie à Petersberg, en pleine guerre yougoslave, elle reste pertinente. Mais il manque encore quelques éléments à cette PESD, en matière de capacités, de prévisibilité, de commandement notamment, pour être tout à fait opérationnelle et dissuasive. Du coup, les priorités présentées au début de la présidence française en matière de défense trouvent toute leur pertinence : - Remettre à jour le concept européen de sécurité. - Renforcer la fonction « planification » et « anticipation » à l’Etat-Major de l’UE. - Renforcer et diversifier les possibilités d’intervention, civiles comme militaires. Avec le « Battlegroup » (groupement tactique) militaire, l’Europe n’a qu’un type de réponse rapide aux crises, qui n’est pas toujours adapté (et n’a jamais été utilisé). L’UE doit ainsi renforcer sa capacité de gestion de crise civile, ses capacités militaires maritimes et aériennes, et apprendre à fonctionner en « pool ». Une nécessité d'autant plus importante que les budgets nationaux sont soumis à grande épreuve avec la crise financière. - Renforcer le potentiel technologique et industriel. Développer l’industrie européenne de défense est autant une garantie d’indépendance que d’efficacité. En mettant au point des modèles communs (avions, blindés, transmissions…), on facilite l’« interopérabilité » des armées, c’est-à-dire leur capacité à travailler ensemble. Il ne s’agit pas, en effet, uniquement d’avoir la capacité technique d’intervenir mais aussi d’avoir un instrument crédible au niveau politique, dissuasif. |
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