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Environnement et sécurité

Kopernikus, le « Big Brother » de l’Europe

Par Anne Eckstein | lundi 27 octobre 2008

La nécessité pour l’Union européenne de s’appuyer sur une politique spatiale digne de ce nom repose sur le constat que, pour faire face aux crises d’origine naturelle ou humaine, elle doit pouvoir compter sur les informations les plus fines et les plus fiables possibles. Disposer de moyens d’observation de la terre combinant capacités spatiales et structures au sol devient donc stratégique. Le système de surveillance mondiale de l’environnement et de la sécurité (GMES), dénommé Kopernikus, répond à cette exigence.

Comme le notaient dans un rapport conjoint, en mars 2008, le Haut Représentant pour la politique extérieure et la sécurité, Javier Solana, et la Commission européenne, les risques générés par le changement climatique ne sont pas seulement d’ordre humanitaire. Ils sont aussi politiques et sécuritaires et les conflits liés à l’accès aux ressources (eau, ressources halieutiques et agricoles), associés aux pressions démographiques, constituent un cocktail détonnant. Dans ce contexte, si l’UE veut peser sur les événements, elle doit utiliser tous les instruments dont elle dispose : ceux relevant de la Politique européenne de défense et de sécurité et de la Politique étrangère et de sécurité commune comme ceux liés à la prévention et à la gestion des crises ou aux politiques de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique.

L’UE doit, dans cette optique, améliorer ses connaissances (recherche, analyse, surveillance et systèmes d’alerte), évaluer et renforcer ses capacités de réaction (protection civile, instruments de prévention et de gestion des crises, tant civils que militaires), évaluer région par région les risques sécuritaires, renforcer la coopération en matière de détection et de suivi des menaces à la sécurité et promouvoir le développement de plans de sécurité au niveau régional. Kopernikus constitue, à cet égard, un outil essentiel.

Observation spatiale et terrestre

Fruit d’une initiative conjointe de l’UE et de l’Agence spatiale européenne (ESA), Kopernikus a été mis sur rails en 2004. Il devient opérationnel comme prévu en 2008 puisqu’il propose – en une phase dite pré-opérationnelle - ses services depuis le 17 septembre. Ceux-ci portent en premier lieu sur l’environnement (état et gestion des ressources naturelles, liens avec le changement climatique, la gestion du territoire). GMES Atmosphere Service est spécialement dédié à la qualité de l’air et un nouveau service de même type fournissant des informations sur le suivi des paramètres du climat devrait être mis en place sous peu. Kopernikus fournira aussi un support aux situations d’urgence et à la sécurité en cas de catastrophes naturelles ou de crises humanitaires : système d’alerte précoce, travaux de modélisation avancés afin d’aider à mieux comprendre les facteurs du changement climatique (prévention), en soutien à l’aide humanitaire (réaction).

Le volet spatial repose sur l’utilisation des satellites existants et la préparation de la prochaine génération de satellites (programme de l’ASE) avec un support du 7 e programme cadre de recherche de l’UE et en connexion avec le système Galileo (radionavigation par satellite) et le programme INSPIRE (infrastructure pour l’information géographique en Europe). Le volet terrestre ou observation in situ concerne d’une part tous les réseaux de sondes déployés sur terre, en mer, sur les plans d’eau et dans l’atmosphère en vue de mesurer et de fournir une description complète du système terrestre et, d’autre part, toutes les études visant à collecter des données économiques, sur l’occupation et l’utilisation des sols, la géologie, l’état du sol, la biodiversité, l’altitude, les limites administratives, les réseaux de transport et de services publics, etc.

A terme, Kopernikus réunira toutes les informations provenant de sources diverses et les présentera sous forme utile. Un réseau unique intégrera l’ensemble des réseaux non encore connectés entre eux, permettant ainsi une centralisation et une gestion plus efficace des données.

Un financement stable

Le financement des infrastructures et des technologies de base nécessaires à la première série de services est assuré conjointement par l’ESA (composante spatiale) et le 7e programme-cadre de recherche de l’UE. Le budget est complété par la mise en commun des ressources aux niveaux communautaire, national et régional pour les composantes in situ et de gestion des données du fait des responsabilités dispersées dans ces domaines. Un apport financier doit également être fourni par la mise en place de partenariats entre le secteur public et le secteur privé. À terme, les services GMES devraient être financés par les utilisateurs. En termes de gestion, les responsabilités sont réparties entre l'UE (définition des priorités), l'ESA (composante spatiale) et les États membres (coordination et mise en œuvre au niveau local).

Concrètement, le financement de Kopernikus est assuré jusqu’en 2010. Selon le commissaire Günter Verheugen (Entreprises et Industrie), la Commission devrait présenter, avant la fin de cette année, une communication sur l’avenir du programme, sa gouvernance et son financement et présenter sur ce dernier point une proposition de décision pour 2011 et 2012. En tout état de cause, le financement de Kopernikus se doit d’être « stable et durable », comme l’a précisé le Conseil de l’UE, le 26 septembre 2008. Les Vingt-Sept, qui ont à cette occasion confirmé leur volonté de doter l’UE d’une véritable politique spatiale, ont insisté sur la nécessité de lui assurer des « schémas financiers adéquats (…) qui devront prendre en compte deux spécificités : le secteur industriel dont la compétitivité doit être confortée et la nécessité de trouver des financements à long terme pour les infrastructures spatiales, en particulier dans le domaine de l’observation ».

[R] + photo (Grégoire) 

 

 



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