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Tribune libre

Coopération européenne dans le renseignement, la piste de l’OSINT

Par Axel Dyèvre (*) | lundi 27 octobre 2008

Depuis quelques années, l’Open Source Intelligence (OSINT) a créé un fort engouement au sein des institutions européennes comme de beaucoup d’Etats membres. L’OSINT, c’est le renseignement sur sources ouvertes. C’est-à-dire la capacité pour un analyste de produire du renseignement, avec toute la valeur ajoutée induite à partir d’informations ne provenant pas de sources secrètes mais de sources non classifiées. L’imagerie satellite commerciale achetée pour le Centre satellitaire de Tojerron (EU SatCen) : OSINT ! Les divers systèmes de veille utilisés par la plupart des services pour faire de la recherche d’information sur Internet : OSINT ! Les multiples experts, d’origine académique ou non, s’exprimant sur leur sphère d’intérêt de manière publique ou pouvant être interviewés : OSINT encore !

Avec l’explosion des nouvelles technologies, l’information, vraie, fausse ou, comme souvent, partielle et partiale, se propage maintenant à la vitesse de la lumière. En conséquence, tout un chacun dispose aujourd’hui de moyens d’accès à l’information auparavant réservés aux puissances mondiales. Mais cette apparente facilité cache en fait une réalité : être informé ne suffit pas. Il faut être à même de valider et de mettre en perspective l’information pour être renseigné. C’est un processus qui requiert de la technique, des moyens mais aussi du temps. C’est à ce prix que l’on passe du statut d’ « informé » à celui de « renseigné ».

L’OSINT met intégralement l’homme au cœur de la problématique du renseignement : la différence entre deux évaluations reposera plus sur la capacité d’analyse que sur le niveau d’information. Cette finesse d’analyse repose autant sur la capacité à comprendre les biais de l’émetteur que la fiabilité et la crédibilité des informations diffusées. Et surtout, encore et toujours, à recouper et mettre en perspective ces informations. L’OSINT, c’est donc le retour au premier plan de la capacité d’analyse de l’officier de renseignement. Couramment évalué comme représentant 80% ou plus des besoins d’une organisation, l’OSINT n’est pas en compétition avec le renseignement de nature classifié : il en est le complément indispensable car permettant de concentrer les toujours rares ressources disponibles de renseignement sur les informations les plus complexes à obtenir. Il est en quelque sorte le médecin généraliste par lequel on passe avant d’aller voir, si besoin, un spécialiste.

L’OSINT présente un autre avantage clé pour les institutions européennes. Le renseignement est par nature le sujet identifié comme relevant de la souveraineté des Etats membres : reposant sur des sources ouvertes, non classifiées et donc non conflictuelles, l’OSINT est pour les institutions le moyen d’action parfait pour initier la coopération entre les Etats dans ce domaine sensible, en toute légitimité. Elles ne s’y sont pas trompées et, depuis deux ans, les projets européens se sont multipliés.

L’un des premiers a été la création, par un groupe de passionnés, d’une association, l’EUROSINT FORUM, regroupant acteurs publics et privés. Cette association a multiplié depuis 2006 les échanges et les réunions sur ce thème réunissant plus de 300 personnes en provenance du monde académique, du secteur privé, de différents services des Etats membres, de la Commission européenne, du Conseil et des Agences. Mais, au plan des initiatives publiques, les institutions européennes n’ont pas été en reste.

L’Agence européenne de défense (AED) a ouvert la voie en lançant dès 2006 une étude sur l’intérêt de l’OSINT pour le renseignement militaire, initiative qui a été suivi du lancement de deux programmes. Le premier d’entre eux porte sur la formation : en 2008, trois formations de 2 semaines ont été organisées pour les représentants des Etats membres et des institutions concernés par l’OSINT, civils et militaires. Prévues initialement pour 40 personnes, ces formations ont rencontré un tel succès que 75 personnes les auront suivies en 2008. Devant ce succès, l’AED relance un programme encore plus complet sur l’année 2009 portant non seulement sur une formation généraliste à l’OSINT, mais également à des modules spécialisés par exemple sur la lutte contre prolifération, le contre-terrorisme ou encore des modules spécialisés sur certaines régions du monde. En parallèle, l’AED a également lancé un projet de mise au point d’outils destinés aux analystes du renseignement et basés notamment sur l’OSINT.

Cette dernière initiative rejoint celles lancées dans le cadre des actions du programme européen de recherche en sécurité (PERS) du 7e Programme cadre pour la recherche et le développement technologique (PCRD). Notamment, un « projet intégré » a été lancé dans le cadre du 2), appel (décembre 2008) visant à la mise au point d’une plate-forme d’exploitation des informations en provenance de sources ouvertes (OSINF) pour l’aide à la décision.

La diversité culturelle et linguistique de l’Europe comme ses capacités technologiques lui donnent toutes les armes pour faire de l’OSINT un atout majeur tant dans le domaine de la sécurité intérieure et extérieure que dans celui de la sécurité économique. Elle peut donc légitimement espérer rattraper rapidement son retard sur les Etats-Unis qui, dans les dernières années, ont massivement investi sur ce sujet. C’est ainsi qu’a été créé un centre interagences, l’Open Source Center (OSC) dont Michael Hayden, directeur de le CIA, estimait récemment que les résultats étaient « inestimables ». À quand un OSC européen ?

(*) Axel Dyèvre (adyevre@ceis-strat.com) dirige le Bureau Européen de CEIS, à Bruxelles.



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