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Politiques externes / Défense & Sécurité 2009Imprimer l'article | ![]() Théâtres d’opérationsL’UE a pris la tête de la lutte contre les pirates somaliensPar Paul Ames | mercredi 18 novembre 2009
![]() Au premier abord, la lutte contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique semble être une tâche toute désignée pour l’OTAN puisqu’il faut de gros navires et des armes de gros calibre et qu’il faut aussi que les États-Unis et la Turquie acceptent d’utiliser leurs forces navales déjà présentes dans la région. Mais les choses se sont passées autrement. En effet, c’est l’UE qui a pris la tête de la lutte contre les pirates somaliens qui terrorisent les navires circulant dans les eaux de la région pour des transports commerciaux de première importance entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Si la mission européenne Atalanta a pris la tête des opérations de lutte contre la piraterie, selon les fonctionnaires de sécurité de l’UE, c’est parce que l’UE peut étayer ses opérations militaires par des pouvoirs civils relevant d’accords juridiques conclus avec les pays de la région pour veiller à ce que les pirates capturés soient jugés et que l’état de droit soit respecté pour résoudre le problème de la piraterie. Depuis le début de sa mission, il y a près d’un an, l’UE a capturé plus de 70 pirates qui, dans une grande majorité, ont été envoyés au Kenya pour y être jugés conformément à un accord négocié par les services juridiques de l’UE et financé par le budget communautaire. Un accord similaire est en voie de finalisation avec l’archipel des Seychelles dans l’océan Indien : les navires européens seront autorisés à y envoyer aussi les pirates appréhendés pour y être jugés voire incarcérés. L’UE souligne que la mission de lutte contre la piraterie n’a jamais été une opération militaire classique, mais plutôt une mission de police internationale visant à lutter contre la criminalité en haute mer. Toutefois, en l’absence de navires garde-côtiers capables d’opérer aussi loin de leur port d’attache, ce sont les navires européens qui prennent la relève. « Il ne s’agit pas de lancer des torpilles ou des missiles sur qui que ce soit, mais d’arrêter des criminels », a déclaré un haut fonctionnaire européen impliqué dans la mission. COLLABORATION AVEC D’AUTRES PAYSL’UE considère sa collaboration avec le Kenya et les Seychelles comme une sorte de « partage des tâches » puisque ces nations ont aussi un intérêt dans la lutte contre la piraterie mais n’ont pas de navires capables de circuler sur les océans pour appréhender les pirates. Ils disposent néanmoins de tribunaux et de prisons. Grâce à ses services juridiques puissants et aux fonds communautaires, l’UE a pu conclure un accord pour lequel 1,7 million d’euros ont été débloqués afin de veiller à ce que les suspects envoyés au Kenya soient détenus dans des conditions humaines et bénéficient d’un jugement équitable. L’accord stipule que le Kenya n’appliquera pas la peine de mort aux pirates qui lui sont envoyés par l’UE. Avec le financement de l’UE, les observateurs des Nations unies garantissent que les suspects bénéficient des services d’un avocat et d’un interprète. L’accord prévoyant d’envoyer certains prisonniers aux Seychelles devrait soulager le système pénitentiaire kényan, selon les fonctionnaires européens. En outre, l’UE ne livre les pirates que si elle détient des preuves pouvant mener à une condamnation. Il arrive souvent que les suspects soient renvoyés chez eux après la saisie de leurs armes. L’opération Atalanta a été lancée à la fin de l’année 2008 en réponse à la menace croissante posée par les pirates qui, aux larges des côtes somaliennes, s’attaquent à tous les types de navires : des yachts de luxe, des bateaux de pêche, des pétroliers et, de manière plus significative, un cargo ukrainien chargé d’armes. FLUIDIFIER LE COMMERCEFace à la menace croissante pour la navigation, les États membres ont décidé de lancer une mission. Atalanta n’a pas eu à souffrir de la recherche de fonds qui marque généralement le lancement des grandes missions militaires européennes. Jusqu’à présent, 19 États membres participent à la mission, plus la Norvège et la Croatie. Les capitales européennes ont vu un intérêt national direct au fait d’assurer la fluidité du commerce entre l’océan Indien et la Méditerrannée et ont estimé que la mission était relativement sans risque et obtiendrait un large soutien public. Mais la tâche est loin d’être aisée. La zone concernée est vaste, plus de 1,4 million de miles nautiques, incluant la partie sud de la mer Rouge, le Golfe d’Aden, la côte sud de la Somalie ainsi que l’océan Indien entourant les Seychelles. FLOTTE MULTIPLELa force navale EUNAVFOR possède dix frégates, auxquelles s’ajoutent trois patrouilleurs navals, des hélicoptères et un sous-marin français. Le coût annuel de cette force a été estimé à environ 400 millions d’euros. L’UE n’agit pas seule dans la lutte contre la piraterie. Les bâtiments des forces navales de 20 pays opèrent dans les eaux est-africaines. Certains de ces navires évoluent sous le pavillon de l’OTAN, d’autres dépendent d’une coalition menée par les États-Unis, d’autres encore battent pavillon chinois, russe ou indien.Des réunions de coordination sont organisées régulièrement pour minimiser les sources de double emploi. Selon les fonctionnaires de l’UE, la collaboration, avec l’OTAN du moins, se passe bien. Des navires de guerre européens ont escorté les bateaux du Programme alimentaire mondial qui transportaient 279 300 tonnes de nourriture à l’attention des Somaliens appauvris, mais le succès de la mission sur une échelle plus vaste est difficile à évaluer. « Comme de nombreux navires de guerre patrouillent dans le Golfe d’Aden et que les capitaines respectent les recommandations et prennent des mesures préventives efficaces pour lutter contre la piraterie, le nombre d’attaques réussies dans le Golfe d’Aden a chuté de manière significative », précise le Bureau maritime international dans un rapport du mois dernier. ATTAQUES EN HAUSSEMais il montre aussi une hausse sensible des tentatives d’attaques au cours des neuf derniers mois et d’aucuns s’inquiètent de ce que les pirates, devenant plus désespérés, aient davantage recours à la violence. L’UE reconnaît que, bien que réussie, la mission maritime n’appréhende que les symptômes et pas les causes du problème.Il est bien plus difficile d’instaurer la stabilité et l’état de droit dans un pays qui, depuis plus de vingt ans, est en proie à la guerre civile, à la violence entre clans, à la pauvreté extrême et aux conflits religieux. Comme le pouvoir du gouvernement somalien de transition ne s’étend qu’à quelques bastions et à deux grandes régions côtières (Somaliland et Puntland) qui réclament l’indépendance ou une grande autonomie, les fonctionnaires européens jugent que le simple fait de trouver des homologues pour discuter des missions de développement et de sécurité est déjà un vrai « cauchemar ». La sécurité n’étant pas assurée dans le pays, il n’est pas prudent d’y envoyer des missions européennes. Un fonctionnaire européen a déclaré : « Les pirates n’auraient plus à parcourir les océans pour trouver des otages, nous les leur enverrions. » Toutefois, l’UE ne reste pas inactive. Elle donne la priorité au lancement d’une mission de formation des forces de sécurité qui sont loyales au Gouvernement fédéral de transition. Dans la mesure où il est trop risqué d’opérer dans le pays, la mission sera probablement organisée en Ouganda ou à Djibouti, sur le modèle d’un programme français de formation qui est organisé actuellement dans l’État côtier de la mer Rouge. Une centaine d’officiers européens devraient participer à la mission de formation et les États membres n’hésiteront pas à participer, comme le précisent des fonctionnaires européens. Un problème se pose quant à la sélection de candidats fiables étant donné le risque que les combattants changent de camp dans le cadre de la guerre civile qui a de multiples facettes en Somalie. À plus long terme, l’UE travaille avec les Nations unies pour faire en sorte que les communautés vivant le long des côtes somaliennes accèdent aux droits de pêche.Le but est de proposer des revenus alternatifs aux Somaliens qui pourraient, autrement, être tentés de recourir à la piraterie comme moyen de subsistance. Le rapport stratégique conjoint pour la Somalie pour 2008-2013 alloue 215,8 millions d’euros sur le Fonds européen de développement, pour la gouvernance, l’éducation et le développement rural. L’UE offre aussi son soutien à l’AMISOM (mission de l’Union africaine pour le maintien de la paix en Somalie) dans le domaine de la planification et de la construction de capacités. L’UE n’agit pas seule dans la lutte contre la piraterie. Les bâtiments des forces navales de 20 pays opèrent dans les eaux est-africaines. |
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