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Politiques sectorielles / Défense & Sécurité 2009Imprimer l'article | ![]() Entretien avec Veronika Wand-Danielsson, Ambassadrice de la Suède auprès de l’OTAN« L’OTAN a besoin de l’UE et inversement »Par Paul Ames | mercredi 18 novembre 2009
![]() Veronika Wand-Danielsson, Ambassadrice de la Suède auprès de l’OTAN depuis 2007, est bien placée pour discuter de la coopération civile-militaire et des relations UE-OTAN. Elle a dirigé le département de la Politique commune en matière de sécurité et de défense à la représentation suédoise auprès de l’UE et a été fonctionnaire à la direction de la Commission européenne pour le développement. Il lui arrive aussi de discuter des relations UE-OTAN à la table du petit-déjeuner puisque son mari, Christian Danielsson, est le représentant permanent de la Suède auprès de l’UE. La coopération civile-militaire est promue par la Suède depuis longtemps. Pensez-vous que ce concept reçoit enfin la prééminence qu’il mérite ? C’est une période très intéressante. Au cours des huit ou neuf dernières années, nous avons évolué en matière de coopération civile-militaire, mais il n’empêche qu’il reste beaucoup à faire, selon moi. L’avantage aujourd’hui est qu’il existe une conscience, une compréhension et un engagement forts pour que l’accent soit mis sur la coopération civile-militaire dès le stade de la planification. Mais, même si l’on en parle beaucoup, on n’a pas encore trouvé les outils idéaux pour la mettre en œuvre. La réflexion reste encore trop séparée entre le militaire et le civil, mais ces deux parties doivent se rencontrer. Le militaire le comprend parfois même mieux que le civil, même dans un pays comme la Suède qui est un donateur d’aide relativement progressiste, actif et engagé dans les opérations de gestion de crise. L’Afghanistan est un bon exemple de la nécessité d’une approche civile-militaire dans l’engagement, surtout à une époque où nous allons renforcer notre engagement civil. Nous aurions pu nous trouver dans une situation très différente aujourd’hui s’il n’y avait eu que la force militaire, avec la partie civile se trouvant à la traîne et devant convaincre les pays de traiter cet aspect avec plus de sérieux. Du côté de l’UE, si l’on observe les préparatifs du nouveau Service d’action extérieure, l’un des grands avantages sera que la force militaire sera incluse dans la force civile dès le stade de la planification et je pense que cela donnera une impulsion plus que nécessaire en termes d’approche plus globale des futures opérations de gestion de crise. En quoi se rejoignent les approches de l’UE et de l’OTAN en matière de coopération civile-militaire ? Si vous analysez les dernières évaluations du Commandant de l’ISAF, le général américain Stanley McChyrstal, la nouvelle approche proposée et farouchement défendue même par un général américain est que l’intervention militaire ne fonctionnera pas si l’on ne relance pas le soutien civil. On a donc aujourd’hui un commandant militaire de l’opération ISAF qui place un accent particulier sur les besoins en construction de capacités et d’institutions ainsi qu’en bonne gouvernance comme prérequis de la présence militaire et prérequis de la stratégie militaire de transition et non de sortie. Il est très clair à tous les niveaux, OTAN ou UE, qu’il faut poursuivre un engagement civil-militaire vraiment global. Même si l’UE peut affirmer avoir une meilleure capacité à long terme parce qu’elle a accès à des instruments divers, au dialogue politique, aux instruments civils, aux instruments militaires pour les opérations de la PESD, je pourrais prédire que l’OTAN va étudier les moyens de renforcer ses capacités civiles. Le problème ne réside-t-il pas en partie dans le fait que les acteurs civils, notamment les organismes d’aide humanitaire et au développement, craignent de travailler en trop étroite collaboration avec les militaires ? Dans de nombreux pays, il faut intensifier les actions destinées à vendre le message à nos propres circonscriptions. Dans le contexte suédois, notre agence d’aide bilatérale, SIDA, devra s’ouvrir davantage au travail et à l’engagement avec le militaire, dans des lieux comme l’Afghanistan, où la Suède est présente tant sur le front du soutien civil que militaire. C’était une question très sensible dans le passé. Il ne s’agit pas de mélanger les rôles, mais de travailler ensemble côté à côte, conscients de la nécessité de diviser clairement les tâches, mais dans le cadre d’une écoute mutuelle, afin de comprendre le rôle de chaque partie et la façon d’y contribuer. Je pense que la situation en Afghanistan est relativement unique. On n’aura sans doute jamais plus une telle situation que l’on aborde avec une opération militaire de grande envergure sans avoir élaboré une stratégie politique globale plus claire qui combine les instruments politique, civil et militaire. Qu’en est-il de l’UE ? Elle a été critiquée pour n’avoir rien fait en Afghanistan, pour avoir utilisé son « pouvoir doux » en soutien de l’opération militaire. Cela change-t-il ? Outre notre présence dans la KFOR, c’est en Afghanistan que notre présence militaire à l’étranger est la plus importante, sous le commandement de l’OTAN. Néanmoins, dans le contexte de l’UE, nous n’avons jamais fait de l’Afghanistan une initiative politique de haut niveau. Les autres grands contributeurs européens de forces militaires ne l’ont pas fait non plus et c’est pourquoi nous avons commencé très tard. Aujourd’hui, nul n’ignore la nécessité du soutien politique et nous avons donc pu présenter et avaliser le nouveau plan d’action relatif à l’engagement de l’UE en Afghanistan et au Pakistan. La Suède a vraiment mis tout son poids dans la balance et je peux vous dire que la tâche n’a pas toujours été facile. La première réaction fut de nous dire : « L’Afghanistan est une opération de l’OTAN, l’UE a d’autres priorités.” Nous n’avons pas accepté cette réponse et le Premier ministre suédois ainsi que son collègue aux Affaires étrangères ont œuvré pour un engagement plus marqué de l’UE en Afghanistan et au Pakistan. Ce point fut une priorité importante de la Présidence suédoise de l’UE. La coopération UE-OTAN est l’otage de la situation chypriote depuis plusieurs années. Comment contourner le problème, comment améliorer cette situation ? La coopération UE-OTAN est l’une des quatre priorités de mon ministre de la défense. Dans le domaine de la PESD, l’UE a besoin d’alliés majeurs comme les Turcs et les Américains. Aujourd’hui, dans la situation telle qu’elle est, une grande partie du travail se fait de manière informelle. Nous essayons de trouver des moyens informels d’amener les personnes, les pays et les organisations à se réunir. Là où il était possible de prendre de petites mesures pragmatiques, nous avons vraiment essayé de le faire. Il y a aujourd’hui davantage de contacts informels et d’échanges d’informations, ce qui est une bonne chose. Là où les parties prenantes peuvent et acceptent de prendre des mesures pour faire évoluer les choses, nous devrions suivre cette voie le plus loin possible. Si l’on ne se rencontre pas du tout, ce qui a été le cas pendant longtemps, on s’enfonce plus profondément encore dans les tranchées. L’Afghanistan illustre tellement bien les cas où l’OTAN a besoin de l’UE et inversement. L’aide civile, l’observation électorale, la sécurité du personnel de l’EUPOL comptent parmi les raisons pour lesquelles nous devons travailler ensemble. Lors de mes voyages en Afghanistan, j’ai néanmoins été satisfait de constater que l’on trouve, sur le terrain, des moyens pragmatiques de collaborer. L’Afghanistan illustre bien les cas où l’OTAN a besoin de l’UE et inversement // Le Service d’action extérieure de l’UE aidera à une approche plus globale dans la gestion de crises |
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