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Politiques sectorielles / Coopération territorialeImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Marie Vannouque-Digne

« LE GECT ouvre véritablement le champ des coopérations »

Propos recueillis par Isabelle Smets | lundi 16 juin 2008



Marie Vannouque-Digne est Directrice générale des Affaires internationales de la Communauté urbaine de Lille. A ce titre, elle a dirigé la gestation et la naissance du premier GECT européen, l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, basé à Lille.

ll y avait déjà une longue tradition de coopération dans la région. Quelle est la valeur ajoutée d’un GECT dans ce cas-là ?

C’est vrai qu’il y avait déjà quinze années de coopération transfrontalière dans la région. Mais ce qui était en place auparavant, qui regroupait trois intercommunales belges et une française sous le couvert d’une loi d’association française, n’était pas suffisant et se heurtait à des problèmes pratiques, de statuts et de compétences différents de part et d’autre de la frontière. Ces problèmes empêchaient la concrétisation de certains projets, parce que les compétences n’y étaient pas d’un côté ou de l’autre. Donc, nous recherchions une formule qui, institutionnellement, permette d’aller plus loin. Notre GECT, qui associe tous les niveaux de pouvoirs - y compris l’Etat - nous offre la possibilité de traiter de tous les sujets. Il nous permet d’associer, de chaque côté de la frontière, tous les niveaux de compétences : Etats, régions, départements, etc. Il ne faut plus se poser la question de «qui fait quoi». Donc pour nous, la formule ouvre véritablement le champ des coopérations possibles. Nous sommes maintenant quatorze partenaires, contre quatre auparavant. Cela n’a plus rien à voir avec l’ancienne formule.

Pouvez-vous donner quelques exemples concrets de projets qui seront portés par ce GECT ?

Notre structure est née en janvier 2008, elle est toute jeune. On n’a pas encore validé un plan de travail à ce stade. Mais sur base de notre expérience passée, on peut dire que les axes de coopération tourneront autour du transport et de la mobilité, des problèmes que les citoyens rencontrent tous les jours, de l’éducation et de la formation en commun, du développement économique. Comment aider un marché de l’emploi qui profite des deux côtés de la frontière, comment passer des commandes publiques en commun, etc. Nous disposons pour cette année d’un budget d’un million d’euros et nous sommes pour l’instant véritablement en train de passer au stade opérationnel - ce qui implique qu’il y a encore pas mal de problèmes pratiques à régler, comme les questions de statuts du personnel, etc.  Mais l’Eurométropole essaie par exemple déjà de répondre à des appels à projets européens, dans le cadre d’Interreg.

Vous êtes l’exemple «vivant» que l’on peut aller de l’avant même si les Etats n’ont pas encore adopté la législation nécessaire. Au moment où le GECT a été créé, ni la France ni la Belgique ne l’avaient fait. Et cette dernière ne l’a d’ailleurs toujours pas fait...

Mais le règlement européen est directement applicable, même si les Etats doivent parfois adapter leurs législations. Ce qui a facilité les choses, dans notre cas, c’est que l’Etat participe au GECT. Pour pouvoir être mis en place tout à fait légalement, nous avons obtenu une dérogation sur base d’un précédent accord, qui donnait à la région de Lille et à ses partenaires belges un droit d’initiative et d’expérimentation sur la coopération transfrontalière. Et puis, si on a pu aller de l’avant, c’est aussi que le problème de la transposition n’était simplement qu’un problème de calendrier.

Y a-t-il des difficultés particulières auxquelles vous avez été confrontés ?

Le statut du personnel - il faut définir un statut unique, c’est une véritable difficulté - la parité linguistique... Disons qu’on est les premiers à tenter l’expérience, donc on essuie les plâtres. Mais on essaie aussi de faire partager cette expérience. De donner un témoignage, pour que les collectivités intéressées puissent anticiper certaines difficultés et bénéficier de nos premiers pas. On a partagé nos statuts, notre convention, etc. C’est aussi ça la coopération européenne ! Et si ça peut faire gagner quelques mois de travail à d’autres gens...

Avez-vous un conseil à donner à ceux que l’aventure tenterait ?

D’abord, il ne faut pas créer un GECT pour créer un GECT. Le point de départ, c’est de bien analyser les besoins et la volonté politique derrière cela. Bien s’assurer de la logistique technique aussi. Pour se lancer dans une telle expérience, il faut beaucoup de bonne volonté, beaucoup d’ambition et il faut rester flexible sur la manière d’y arriver. Il faut être prêt à faire pas mal de concessions ; c’est ça aussi le partenariat. Et surtout, il ne faut pas avoir peur de mettre les problèmes sur la table. En discuter, ne pas les mettre en sourdine, ne pas croire qu’ils se résoudront d’eux-mêmes. Cela implique d’avoir beaucoup de bonne volonté et beaucoup de respect pour tous les partenaires.



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