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Trois questions à Jos Dings - Fédération européenne pour le transport et l’environnement

« Un début très modeste de politique environnementale »

Propos recueillis par Isabelle Smets | lundi 15 juin 2009

Jos Dings est le directeur de T & E, la Fédération européenne pour le transport et l’environnement, la principale organisation environnementaliste axée sur le secteur des transports.

T & E a qualifié l’ETS d’« opportunité manquée ». Pourquoi ?

Pour l’efficacité environnementale, il aurait fallu des plafonds d’émission plus stricts et un coefficient multiplicateur pour prendre en compte les autres gaz que le CO2. Nous aurions également aimé voir dans la directive une disposition qui ne permette aux compagnies aériennes d’acheter des permis que si elles ont d’abord réduit leurs émissions d’un certain niveau. Tel quel, toutes les études d’impact montrent que le système ne sera que très peu efficace. Il ne permettra pas de réduire significativement les émissions de l’aviation. La proportion de réduction n’atteindra même pas une année de croissance des émissions. Les émissions de l’aviation ont augmenté d’approximativement 4 % par an depuis les années 1990, et telle qu’elle est conçue, l’intégration de l’aviation dans l’ETS ne permettra de réduire les émissions que d’approximativement 3 %, soit neuf mois de croissance. Cela ne peut être considéré que comme un début très modeste de politique environnementale vis-à-vis de l’aviation.

Tout cela est-il vraiment utile ? Selon le groupe d’experts des Nations unies sur le changement climatique (GIEC), l’aviation contribue pour seulement 2 % au total des émissions de CO2 dans le monde...

Oui, mais elle contribue aussi pour moins de 1 % au PIB mondial. L’aviation n’est pas le secteur le plus important au monde et sa contribution au changement climatique est plus bien forte que sa contribution à l’économie. De plus, nous contestons vigoureusement ce chiffre de 2 %. Il y a trois ans, nous avons analysé les études disponibles et notre conclusion est que l’impact global de l’aviation est de 4 à 9 % du total des émissions dans le monde. La marge dépend de l’impact des nuages cirrus, qui n’est pas encore tout à fait connu aujourd’hui. Mais même si la contribution de l’aviation au changement climatique n’atteint pas les deux chiffres, l’importance économique de ce secteur en fait un secteur très « sale » en termes relatifs. Il nécessite des quantités effroyables de carbone, émet des quantités effroyables de CO2 pour produire des profits économiques. Et si un tel secteur ne se voit rien imposer, alors c’est l’excuse parfaite pour que les autres secteurs ne fassent rien non plus. On ne doit pas faire la fine bouche dans la lutte contre le changement climatique. Tout le monde doit contribuer.

Vous aviez plaidé pour que le système fonctionne essentiellement sur le mode des enchères. Cela n’a pas été retenu...

Les enchères ne sont pas la chose la plus importante pour l’efficacité du système. Mais elles se justifient pour éviter que les compagnies aériennes ne tirent profit du système sur le dos des passagers. Cela n’a aucun sens non plus d’avoir des permis gratuits pour une question d’efficacité économique. La gratuité des permis est une manière très inefficace de s’attaquer à la pollution parce que cela rend les gouvernements responsables, plutôt que les compagnies aériennes, de décider de combien de permis chaque compagnie a besoin.

Si le secteur aérien ne se voit rien imposer, alors c’est l’excuse parfaite pour que les autres secteurs ne fassent rien non plus

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