Ciel unique16 millions de tonnes de CO2 par an pourraient être économisés
Par Isabelle Smets | vendredi 26 juin 2009
Une gestion optimale du trafic et la rationalisation des opérations (diminution des temps d’attente avant les décollages et atterrissages, mise au point de procédures de descente optimale, etc.) permettraient d’améliorer les performances environnementales du transport aérien. Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que 18 % du carburant d’aviation est consommé inutilement du fait d’une infrastructure et d’opérations inefficaces.
Or, la gestion du trafic aérien en Europe n’est pas performante aujourd’hui. Ces quarante dernières années, le système de contrôle aérien n’a que très peu évolué. Et avec l’augmentation constante du trafic, cela se paie sur le plan environnemental.
Au début des années 2000, une réorganisation du trafic aérien a été jugée indispensable au vu de l’augmentation du nombre de vols attendus d’ici 2020. Cette réforme porte le nom de « ciel unique européen ». Elle doit se traduire par des routes aériennes plus directes, donc moins longues, moins gourmandes en carburant, moins coûteuses, moins polluantes. Selon le commissaire Antonio Tajani (Transports), chaque vol Londres-Madrid effectuerait une moyenne de 123 kilomètres superflus par rapport à une trajectoire idéale, ce qui équivaudrait à plus de 1200 kilos de CO2 de trop par vol.
Epine dorsale du ciel unique : la création de ce que l’on appelle des « blocs d’espace aérien fonctionnels » (
Functional Airspace Block ou FAB), qui découpent l’espace aérien sur base des flux de trafic et non suivant les frontières nationales, ce qui est censé supprimer certains « passages obligés »
(1).
« Du fait du morcellement de l’espace aérien, les avions volent en moyenne 49 km de plus que ce qui est strictement nécessaire », estime la Commission.
« Si toutes les routes sont rationalisées et la gestion des aéroports optimisée, les économies pourraient atteindre les 16 millions de tonnes de CO2 par an. »
Certes, les Etats ne se sont pas empressés de mettre en place un véritable ciel unique européen. Mais une toute récente réforme du système prévoit que des objectifs de performance contraignants - sur le plan de la sécurité, de l’environnement, de la capacité, de la rentabilité - s’imposeront à l’avenir aux Etats membres et aux prestataires de services aériens. Les compagnies aériennes, dont l’implication prochaine dans le système européen d’échange des droits d’émission (ETS) pourrait rendre les retards et les détours particulièrement chers, sont en tout cas plus que demandeuses. Selon l’IATA, l’Association internationale du transport aérien, 468 millions de kilomètres de vol inutiles ont été comptabilisés en 2007.
SESAR
Le volet technologique de cette réforme de la gestion du trafic aérien s’appelle SESAR (Single European Sky ATM Research Programme). Ce programme de recherche public-privé associe des entreprises comme AENA, Thales, Airbus, Honeywell ou Alenia Aeronautica pour la mise au point des technologies et procédures opérationnelles qui permettront de gérer le trafic de la meilleure façon dans l’avenir. Les contrats de recherche ont été signés il y a quelques jours, pour un montant total de 1,9 milliard d’euros, et les technologies devraient être mises en œuvre entre 2012 et 2020. En tout, SESAR doit permettre de diminuer de 10 % les incidences de chaque vol sur l’environnement grâce à la réduction de la quantité de carburant utilisée.
(1) Neuf FAB sont prévus en Europe, dont un important « FAB Europe centrale » qui regroupera l’Allemagne, la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse : une superficie de 1,7 million de km2 qui voit passer 55 % des vols en Europe et couvre les aéroports les plus fréquentés.